FDLR et compagnie
Nous reprenons ici un article
publier en 2002 concernant les FDLR et
RDC
FDLR
et compagnie
26 septembre
2002
L'annonce faite hier par M. Kamerhe, le
commissaire congolais chargé du processus de paix en RDC et des rapports
avec la MONUC, de l'interdiction des activités politiques du FDLR et de
l'expulsion de ses dirigeants, déclarés persona non grata sur le
territoire congolais, aura pris bien des gens par surprise, dont les dirigeants
de ce mouvement et leurs partenaires au sein de l'Alliance
Igihango.
Ce que l'Observatoire de l'Afrique
centrale avait dès le début (septembre 2001) identifié comme une
«pure construction » du régime de Kinshasa et de certains de ses
alliés au sein d'agences européennes de renseignements, vient de toute
évidence d'être jeté à la poubelle (de l'histoire), comme un
vulgaire déchet de table. Les Rwandais qui ont été recrutés
(parfois à leur propre insu) pour donner forme au FDLR n'étaient pas
pour l'essentiel des combattants d'une nouvelle génération
présent en territoire congolais, mais bien de jeunes intellectuels
d'origine hutu, répartis un peu partout sur le territoire européen
(principalement en Autriche, en France et en Belgique). Ce qu'il faut comprendre
c'est que la création du FDLR était absolument nécessaire à
l'émergence d'une autre « construction » politique, l'alliance
Igihango qui devait permettre une poursuite de la lutte contre le régime
militaire rwandais essentiellement dominé par les soit-disant ganda
(anciens réfugiés rwandais en Ouganda) présentement au pouvoir
à Kigali. Nous ne nous attarderont pas sur la nature militariste et
l'autoritarisme qui caractérise le régime en question. Cet aspect de
la réalité a été largement documenté par des sources
compétentes et fiables (Human Rights Watch, Gérard Prunier, André
Guichaoua, etc.). Cependant, l'utilisation de ces informations par des
révisionnistes (rwandais et européens) et des revanchards
(français), sans parler des anciens responsables politiques et militaires
du régime Habyarimana ayant trempé directement ou indirectement dans
le génocide de 1994, qui poursuivent le combat depuis leur fuite en exil
sous couvert de l'Opération turquoise, est tout autre et a fini par
s'inscrire de manière intime dans les méandres du conflit congolais,
plus particulièrement depuis le déclenchement de la deuxième
guerre congolaise en août 1998.
Les FDLR
se sont présentés comme une organisation militaire constituée de
jeunes combattants hutu - trop jeunes pour avoir été impliqués
dans le génocide de 1994- et dont les non moins jeunes dirigeants
politiques avaient décidé de faire passer le combat du terrain
militaire au terrain politique. Colette Braeckman du journal Le Soir (de
Bruxelles) décrivait le parcours de ces personnes (et des combattants de
l'ALIR), comme ayant débuté en 1996-97 dans les camps de
réfugiés rwandais du Kivu, d 'où ils avaient fuit devant
l'avancée de l'Armée Patriotique Rwandaise (APR), pour terminer leur
course Congo-Brazzaville. De là, ils auraient été recrutés,
après août 1998, par le régime de Laurent-Désiré Kabila
lors du retournement de ce dernier contre ses alliés rwandais et ougandais.
Pourtant, à notre connaissance, il n'y a pas de preuves concrètes
concernant l'existence d'un quelconque FDLR doté d'une branche armée
impliquée dans les opérations militaires en
RDC.
Ce qui est connu se limite à leur
apparition soudaine dans le paysage politique congolais à la fin de
l'été 2001, à peu près au même moment où les
pressions internationales en faveur d'un dialogue inclusif entre les parties
congolaises au conflit, les parties politiques et la société civile
s'accentuent. Aucun des dirigeants des FDLR ne résidait alors en RDC; ils
étaient tous réfugiés politique ou résidents permanents dans
les pays européens mentionnés plus haut. Les « combattants »
des FDLR qui seront éventuellement paradés devant des diplomates
étrangers et les responsables de la MONUC, représentaient un peu moins
de 2.000 personnes, souvent des blessés récupérés dans des
hôpitaux de Kinsahsa et de Lubumbashi, et accompagnés de leur famille,
cantonnés sur les bases militaires de Kamina et de Kitona. Dès le
début, le gouvernement de Kinshasa s'est servi de ces « combattants
» à la fois comme gage de sa bonne foi dans le cadre du processus de
paix relié à l'accord de Lusaka, et comme arme de propagande contre le
régime de Kigali. Dès le départ, il fut frappant de constater en
effet, à quel point les revendications du FDLR vis-à-vis de Kigali
étaient similaires aux exigences du dialogue inclusif entre les parties
congolaises armées et non-armées imposées au gouvernement de
Kishasa par l'accord de paix de Lusaka, signé en 1999 par tous les
belligérants africains au conflit.
La
première exigence du FDLR tenait en effet à l'organisation d'un
dialogue interrwandais entre le pouvoir de Kigali et les groupes rwandais
armés et non-armés opposés au régime de Kagame. De plus, le
FDLR exigeait le retrait immédiat des troupes de l'APR du territoire de la
RDC. En échange, le FDLR s'engageait à désarmer ses combattants
et à participer au programme 2D 3R (DDRRR : Démobilisation,
Désarmement, Rapatriement, Réinstallation et Réintégration),
processus de désarmement volontaire qui doit être piloté par la
MONUC et financé en majeure partie par la Banque
Mondiale.
Selon le commissaire
général Vital Kamerhe, la décision du gouvernement congolais de
« larguer » le FDLR découle directement d'une exigeance
américaine formulée par le Président George W. Bush à son
homologue congolais Joseph Kabila, lors de leur rencontre à New York en
marge de la récente réunion de l'Assemblée générale des
Nations Unies. Cela est possible, mais il est probable que la requête
américaine était beaucoup plus précise et concernait les
responsables militaires et politiques des deux véritables groupes
armés rwandais de l'ALIR I et II, plutôt que d'un FDLR fantôche
créé pour les besoin de la cause et qui se fait davanatge remarquer
dans les milieux occidentaux plutôt qu'à Kinshasa. Le larguage des
"dirigeants" du groupe de Kamina ne serait en somme qu'une mesure permettant de
gagner du temps, mais qui permet également de créer un
précédent qui, si la communauté internationale ne réagit
pas, serait accepté comme un fait accompli. Le gouvernement congolais
semble, en effet, avoir fait le pari facile que, dans l'éventualité
où on accepterait (sur la base du principe de « qui ne s'oppose pas
consent ») le départ des responsables du FLDR du territoire congolais,
on pourrait par la suite également exfiltrer les dirigeants des deux autres
groupes armés sur la base du même principe. En d'autres mots on tente
avec un FDLR instrumentalisé de créer les conditions qui permettront
à terme de se laver les mains d'un problème autrement plus grave ;
celui des milice de l'Interahamwe et des militaires des
ex-FAR.
On comprendra donc mieux la
réaction négative presque instantanée de Kigali, pour qui les
dirigeants militaires et politiques de l'ALIR I et II constituent toujours une
menace à la sécurité nationale de l'État rwandais, sinon du
régime en place. Pour Kigali, l'expulsion des dirigeants du FDLR par le
gouvernement de Kinshasa équivaut à une violation directe de l'accord
de Pretoria qui demande à l'ONU d'accélérer le processus de 2D 3R
en passant le plus tôt possible à la phase trois de ce dernier
(l'original de l'article 8.9 de l'accord de Pretoria se lit en effet comme suit
: - 8.9 MONUC should immediately proceed to implement Phase 3 of its DDRRR and
finalise its deployment in the DRC, especially in the eastern part of the
territory.) On remarquera qu'on utilise should (devrait) plutôt que shall
(devra). En d'autres mots, il s'agit-là d'une requête plutôt que
d'une demande ou d'une condition imposée à l'ONU en sa qualité de
tierce partie à l'accord de Pretoria (aux côtés de l'Afrique du
Sud). On comprendra donc que le fait de déclarer persona non grata les
dirigeants du FDLR et de leur accorder 72 heures pour quitter le pays, non
seulement ne correspond à aucune des stipulations du processus 2D 3R mais,
nous le répétons, constitue également un dangereux
précédent. En d'autres termes, Kinshasa pourra éventuellement
évacuer les dirgeants de l'ALIR sous couverture du
FDLR.
Encore une fois ce n'est pas le FDLR
qui importe ici mais le précédent que cela permet de créer. Ce
dernier étant une création artificielle et ses soit-disant combattants
étant déjà désarmés et cantonnés (d'ailleurs,
ont-ils jamais eu des armes et agit en tant que groupe armé
cohérent?). Il faut donc conclure que d'une part l'imposition de l'accord
de Pretoria par les États-Unis (par l'entremise de l'Afrique du Sud et de
l'ONU) transformait le FDLR en boulet au pied du régime et, d'autre part,
qu'on a fait savoir à Kinshasa qu'on n'appréciait pas du tout le petit
jeu auquel servait le FDLR dans le contexte de son affrontement avec Kigali. Les
véritables joueurs visés par l'accord de Pretoria sont les Interahamwe
et les ex-FAR, pas le FDLR.
Maintenant, qu'en
est-il de l'Alliance pour la Démocratie et la Réconciliation Nationale
(ADRN)-Igihango, qui fut créée à Bad Honnef (en banlieu de
Hambourg), le 27 mars 2002? Trois organisations, le FDLR, l'ARENA - Rwanda et le
mouvement " Nation-Imbaga y'Inyabutatu Nyarwanda (le parti monarchiste), ont
constitué cette alliance dont le terme Igihango fait référence au
"pacte de sang" autrefois utilisé dans la société traditionnelle
rwandaise pour unir deux hommes de statut différent (ex: tutsi et hutu)
dans un pacte similaire à celui des "frères de sang" que l'on retrouve
dans d'autres cultures, notamment dans certaines sociétés
amérindiennes. Nous avons déjà évoqué le fait que le
FDLR était une création artificielle. Il faut maintenant rappeler que
la deuxième entité représentée au sein de l'alliance
Igihango se présentait sous l'étiquette d'ARENA. Or, l'ARENA dont il
est question ici n'est pas l'organisation originalement fondée, entre
autres par Messieurs Alexandre Kimenyi, Gratien Rudakubana et Joseph Sebarenzi,
mais celle issue d'une scission de ce partie, maintenant connu sous le nom de
AMAHORO - Congrès du peuple et qui lui s'est accaparé du nom ARENA -
Rwanda. On trouvera ici les détails des péripéties ayant
mené à la création de l'ARENA - Rwanda, tels qu'ils nous ont
été racontés par les acteurs eux-mêmes; on pourra
également consulter le dossier que nous avions publié à
l'époque.
On peut donc constater que le
seul parti politique ayant suivi une trajectoire "normal" (sic) dans cette
alliance dite Igihango est le mouvement " Nation-Imbaga y'Inyabutatu Nyarwanda.
Pourtant, ce portrait désolant n'empêche pas le porte-parole de
l'alliance ADNR - Igihango de continuer à émettre des communiqués
comme si tout baignait dans l'huile. D'une certaine façon, M.
Déogratias Mushayidi a peut-être raison, dans la mesure où les
dirigeants majoritairement hutu du FDLR font partie d'une mouvance de jeunes
expatriés qui estiment ne pas avoir trempé dans le génocide
rwandais de 1994 et qui cherchent à créer une large coalition contre
le régime autoritaire de Kigali. Dans cette perspective, la seule chose qui
aurait changé, serait la séparation induite par la décision de
Kinshasa, entre les dirigeants (exilés en Europe) et la soit-disant branche
armée du FDLR cantonnée à Kamina qui servait de pion au
régime congolais dans sa partie d'échec politique avec Kigali.
Soit!
Mais, il n'empêche que les
commanditaires occultes qui avaient fourni les moyens logistiques pour faciliter
la création et le fonctionnement à la fois du FDLR, de l'ARENA -
Rwanda et de l'ADNR - Igihango, vont en toute probabilité maintenant fermer
le robinet (ou opérer dans l'ombre) puisqu'ils estiment que ces mêmes
créations ne sont plus requises et qu'elles sont devenues gênantes
face aux engagements pris devant la communauté internationale. On assiste
donc ici au même genre de manoeuvres que les Congolais ne connaissaient que
trop bien du temps du Maréchal Mobutu.
Bref, il ne s'agit donc pas d'un simple
recul temporaire. Selon nous, avec la volatilisation de la fiction voulant que
le FDLR soit doté d'une branche armée et d'une aille politique hutu
"propre", allié à un groupe tutsi anti-FPR et un parti monarchiste,
garant éventuel de l'unité nationale et de l'harmonie des rapports
entre les deux principales composantes de la nation rwandaise, on vient
d'assister également à la démonstration de la nature artificielle
et factice de l'alliance Igihango.
Comme quoi
ce qui se passe au Congo a toujours des implications pour les pays voisins et
vice-versa
La rédaction
Posted: Jeu. - Septembre 26, 2002 at 09:09 AM