RDC : Des élections trop chères et politiquement impossibles
à tenir
On annonce pour
l'organisation des élections de juin prochain des montants absolument
faramineux : €680 millions pour organiser les élections
présidentielles et législatives qui devraient se dérouler en juin
prochain. Cela représente trop d'argent pour qu'il n'y ait pas des
dérapages à tous les niveaux. Les années de disettes sont
terminés, ce sera la plus grosse fête électoraliste de
l'histoire... À côté de cela le scandale canadien des commandites
paraîtra vraiment comme de la vulgaire petite
bière...
Selon Le Soft, la commission électorale
indépendante a besoin non seulement de €280 millions mais aussi
d’un montant de €405 millions pour assurer la logistique des trois
consultations politiques théoriquement programmé pour le mois de juin
2005, soit un total de €685 millions (!). A ce stade, la Communauté
internationale aurait déjà fourni €170
millions.
C'est cher, très
très cher pour une élection, surtout qu'on ne voit pas vraiment
comment il sera possible de garantir que le recensement des
électeurs sera adéquat et le
dépouillement des urnes honnêtement fait; et s'il l'est que le
résultat n'est pas changé en chemin dans un avion nolisé
appartenant à Kabila ou à Bemba, etc.
La comparaison des coûts
anticipés de ces élections congolaise avec celui de scrutins
démocratiques dans les pays du Nord, ou même dans d'autres pays
africains, par exemple, le coût des élections fédérales
canadiennes de juin 1997 a été de 74 millions de dollars
(canadiens!) pour le recensement des électeurs et de 136 millions pour
les élections elles-même, pour un coût total donc de
210 millions de dollars canadiens, c'est à dire beaucoup moins
(€131,5 millions) que les €170 millions déjà engagés
(ou promis) par la communauté international pour les élections
prévue à la fin juin 2005 en
RDC.
Mais poursuivons cet exercice de
comparaison des coûts des élections congolaises avec d'autres
élections. Sur le site web Ace, on apprend que « les élections de
1995 du Commonwealth de la Dominique ont (...) coûté 10,11 dollars
américains pour chacun des 37 187 électeurs », ce qui à
l'échelle du Congo, en présumant l'existence de 30 millions
d'électeurs éligibles, donnerait 303 millions dollars américains.
La Commission électorale de l'Australie a estimé pour sa part le
coût des élections fédérales australiennes de 1996 à
4,76 dollars australiens pour chacun des 11 655 190 électeurs. Avec un
coût unitaire par électeur à l'image de ceux qui prévalent
en Australie cela donnerait un coût d'à peine 110 millions de dollars
américains!
Sans doute parce que
dans cet immense Congo à peu près totalement dépourvu
d'infrastructures de communication, tout (ou presque) devra se faire par voie
aérienne on en arrive à ce montant faramineux réservé à
la seule logistique. Mais quand même! L'importance des ressources
financières qui devront être coulées dans les élections
présidentielle et législatives en RDC dépassent l'entendement et
seront, de toute évidence, impossibles à soutenir lors de prochains
scrutins pour l'État congolais.
Remarquez, que la fiabilité des
estimés de coûts laisse aussi à désirer, comme si on nous
annonçait à l'avance qu'il ne faut pas trop espérer de la
fiabilité des résultats eux-mêmes. En effet, si le coût
total mentionné par Le Soft se situe à €685 millions, une
dépêche de l'AFP en date du 15 avril 2005 affirmait que « Le
coût global des élections est estimé par la CEI à 431
millions de dollars américains, dont 285 pour l'organisation des scrutins
et 146 additionnels pour la logistique et la sécurisation. A ce jour, 70 M
USD ont effectivement été débloqués par la communauté
internationale, principal bailleur de ces opérations. »
Ce n'est pas exactement la même
chose, pourquoi ces divergences dans les chiffres? Sur un autre site web on
affirmait ce qui suit : Le budget électoral est de 185 millions de dollars,
auxquels s'ajoutent le coût de la logistique et de la sécurisation des
urnes, qui portent le budget prévisionnel total à environ 430 M
USD.
On constate donc qu'il y a une
certaine confusion en ce qui concerne le coût de ces élections. Mais
le véritable problème n'est pas seulement la difficulté de
l'évaluation des coûts, mais bien la capacité et la volonté
politique des dirigeants congolais actuels d'organiser et de tenir ces
élections. Rappelons que, dans deux mois précisément, cela fera
exactement deux ans que les institutions de la transition issues de l'accord
global et inclusif de Pretoria auront deux ans d'existence bureaucratique, sans
avoir été capable de mettre en oeuvre l'agenda convenu au moment de la
signature (la réunification du pays, la réconciliation nationale, la
formation d'une armée nationale et républicaine, etc.), condition sine
qua non pour la tenu des
élections.
Quand bien même la
communauté internationale mettrait sur la table 1 milliard de dollars
américains aujourd'hui, il n'en demeure pas moins que la classe politique
congolaise actuelle serait incapable de livrer la marchandise, et ce même
avec une ralonge promise de six mois supplémentaires. Bref, le vrai
problème n'est pas l'argent, le vrai problème est
ailleurs.
L'Obsac avait écrit en
décembre 2004, de manière prémonitoire (sans doute) ce qui suit,
sous le titre "Transition vers le
chaos":
L'année 2004 se termine comme
elle a commencée : bruits de bottes dans la partie est du pays, avec en
arrière plan des manipulations de la part des acteurs politiques et de la
société "si vile" installés à
Kinshasa.
En ce qui concerne les
élections prévues en juin 2005, il y a très peu de chances
qu'elles puissent se tenir dans ce contexte de guerre larvée, quand bien
même la communauté internationale débloquerait les fonds
nécessaires à leur déroulement. En réalité, il faut
dire que la solution aux deux principales causes du conflit congolais ne sortira
pas des urnes, et ce, quelque en soit la date choisie. En effet sans garanties
de sécurité physique et juridique pour les minorités ethniques
dans l'est du pays, et sans le désarmement des groupes armés rwandais
opérant à partir du territoire congolais, il n'y a pas de paix durable
possible en RDC.
Quant à
l'actuelle transition, comme disait René Dumont de l'Afrique au début
des années soixantes, elle est bien mal partie. Premièrement, les
faiblesses et les contradictions qui caractérisent les institutions de la
transition ne peuvent pas conduire le pays vers un avenir meilleur.
Deuxièmement, le contexte régional et international ne favorise pas
une véritable réconciliation nationale au Congo. Plus
concrètement, on fonce tout droit vers un mur et le choc frontal risque
d'être encore une fois fatal pour la population
congolaise.
Il est tard, mais
peut-être pas trop tard pour la communauté internationale, garante de
l'Accord global et inclusif, d'apporter ou d'imposer des changements capables de
modifier la tendance actuelle; notamment il faudrait retructurer les
institutions de la transition en cours, et impliquer dans ce processus un acteur
important mais qui a été laissé de côté lors des
"marchandages" de Prétoria. Ce dernier est maintenant courtisé de tous
les côtés par ceux-là mêmes qui avaient contribué
à l'évincer : Tshi Tshi devient soudainement incontournable dans le
bourbier actuel.
Il faudra donc, de toute
évidence, trouver une nouvelle formule (du genre 1 + 2 + 1, ou encore
recommencer les négociations à zéro; on voit le drame!). Dans les
deux cas de figure, les deux causes du conflit congolais doivent être
prises en compte et solutionnées en priorité avant tout chose (avant
en tout cas les élections et les distributions ministérielles), sinon
rien n'aura changer et la guerre se poursuivra par d'autres moyens comme c'est
le cas aujourd'hui.
Dans quelques jours
un nouveau remaniement ministériel devrait intervenir pour remplacer les
six ministres "voleurs". Reste à savoir si un simple remplacement
d'individus va apporter des changements dans un système
caractérisé par la corruption et la course effrénée à
l'enrichissement personnel. À ce titre, le président Kabila donne un
"exemple à suivre": après seulement trois ans à la tête du
pays, il est en train de devenir l'homme le plus riche du Congo
(propriétaire de la deuxième compagnie d'avion, de plusieurs
propriétés à l'étranger, sans oublier les avoirs qui dorment
dans les caisses des paradis fiscaux), comme ce fut le cas avec le feu
Mobutu.
D'autres changements important
devraient également intervenir au niveau des médias congolais. Le
peuple congolais mérite mieux que le salmigondis haineux que diffuse la
majorité de la presse écrite et audiovisuelle (ex. Digitalcongo). Non
seulement encourage-t-on les divisions ethniques, mais de plus on berne
l'opinion publique congolaise en ce qui concerne les véritables enjeux
auxquels est confronté la RDC.
En
attendant que les grands de ce monde se décident à faire quelque pour
le peuple congolais, nous profitons de l'occasion pour lui formuler nos
meilleurs voeux de bonheur, de prospérité et de santé pour la
nouvelle année 2005. Ajoutons aussi le célèbre cri de guerre des
anciens combattants de l'ANC sud-africain : Amandla
!
Pierre Bigras et Étienne
Rusamira
Posted: Mer. - Avril 27, 2005 at 10:32 PM