France - USA : La confrontation annoncée
Suite à la
guerre des nerfs entre la France et les États-Unis concernant une
intervention américaine en Irak, certains analystes commencent à
redouter qu'on en arrive à quelque chose de plus grave que de simples
échanges verbaux.
Suite à la guerre des nerfs entre la France
et les États-Unis concernant une intervention américaine en Irak,
certains analystes commencent à redouter qu'on en arrive à quelque
chose de plus grave que de simples échanges
verbaux.
Le 23 février, dans le
International Herald Tribune on s'interrogeait sur l'éventuel "divorce"
entre la France et les États-Unis, certains diplomates et stratèges
américains soulevant même l'hypothèse d'un transfert du droit de
veto de la France à l'Europe ou même... à l'Inde. De quoi
énerver, sinon braquer l'Élysée qui verra mal comment le principe
de respect du droit international pourrait lui valoir de telles
représailles, ou une telle vindicte de la part de Washington. En ce qui
concerne les Français, leur position en est une de principe. Le "debout
face à l'histoire", du ministre français des Affaires internationales,
Dominique de Villepin et un Jacques Chirac en président de la FIDH, devant
ses paires africains, semblent suffirent en ce moment à la classe politique
française, sinon à l'ensemble des Français (parfois, à
contrecoeur il est vrai...) à se convaincre de la justesse du combat
mené.
Le Herald Tribune, n'est pas
le seul à évoquer la possibilité d'une grave dérive entre
ces deux acteurs occidentaux. Samedi, nous soumettions un article sur le
même sujet au quotidien montréalais de langue anglaise, The Gazette,
qui évoquait la possibilité d'une confrontation beaucoup plus
concrète, par acteurs africains interposés, et plus
particulièrement dans la région des Grands Lacs, entre la France et
les États-Unis.
On peut
évoquer, comme le fait l'article de l'International Herald Tribune, que les
faucons au sein du Pentagon et de la Maison Blanche voudraient voir retirer le
droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l'ONU, que des
représentants de la chambre et du sénat du Congrès américain
voudraient imposer eux, des représailles commerciales et qu'on lance dans
les journaux des appels au boycottage des vins français, il n'en demeure
pas moins que ces menaces sont largement du domaine du symbolique, sauf
évidemment si cela devrait dégénérer dans une guerre
commerciale américano-européenne. Mais dans ce cas de figure on
déboucherait plutôt sur une dépression mondiale potentiellement
plus grave que celle de 1929. Nous y
reviendrons.
Dans l'immédiat, si
l'on tient compte de la dynamique principale qui caractérise la politique
étrangère et intérieure des États-Unis en ce moment, soit,
le recours systématique à la force et à la répression pour
imposer la volonté des faucons de l'administration Bush, force est de
conclure qu'il y aura des conséquences plus immédiates, des coups de
pieds dans les chevilles, si j'ose dire. Or, y a-t-il endroit plus
"approprié" (sic) que l'Afrique pour ce genre de coups
fourrés...
Il est donc
évident que l'Afrique et plus particulièrement l'Afrique centrale
pourraient être le théâtre de coups fourrés de la part des
États-Unis et de la France. La configuration de alliances sur le terrain
est telle qu'une conflagration semble en fait presque
inévitable.
Pour schématiser,
on retrouve d'un côté la France et la Belgique aux côtés du
président Joseph Kabila et de l'autre on a l'Angola et le Rwanda qui sont
en train de consolider leurs liens avec
Washington.
L'équation
pétrolière a toujours été primordial dans les rapport entre
Luanda et Washington, entre autres grâce à la l'intermédiation
des pétrolières américaines qui ont toujours insister pour
demeurer présent en Angola (Allant même jusqu'à tenir tête
au président Ronald Reagan qui voulait en finir coûte que coûte
avec le régime du MPLA au pouvoir à Luanda dans les années 80).
Dans le contexte d'une guerre programmé en Irak, cette dimension est devenu
plus importante que jamais. L'Obsac a déjà abondamment souligné
cette dimension. De plus Luanda qui avait des liens très serrés avec
la France a été particulièrement offusqué par le
déballage des détails de ses contrats d'armements et de manoeuvres
financières occultes sur la place publique et devant les tribunaux
français de l'affaire dite de l'Angolagate. Bref, l'Angola est devenu un
allié pétrolier des États-Unis. Son appui au régime Kabila
n'est plus que rhétorique et un signal de Washington (et certaines autres
considérations plus prosaïques...) pourrait précipiter les
choses.
Du côté du Rwanda, la
problématique est plus prosaïque. L'administration Bush qui
s'était désengager de l'Afrique parce que cette dernière, hors
ses zones pétrolières ne représentait ni un atout, ni un enjeu
stratégique pour les faucons de l'administration Bush, est perçue
depuis le 11 septembre 2001 comme une zone d'instabilité pouvant constituer
un vivier et une source de financement occulte pour les terroristes d'al-Quaeda.
Dans la Corne de l'Afrique des forces spéciales américaines et des
Marines sont déjà déployés depuis Djibouti et
s'apprêtent à frapper des cellules terroristes dans sept pays de cette
région. En Afrique centrale on suspecte les réseaux de contrebande du
diamant de liens avec les financiers du réseau de Ben Laden. Dans ce
contexte, un allié discipliné, capable de donner es garanties quant
aux destinations des flux de diamants et de contrôler les acteurs
impliqués dans ces circuits devient un impératif stratégique de
Washington.
Le président Kagame
qui a toujours conservé des liens positifs avec le Pentagone, correspond de
toute évidence à ce critère de fiabilité. Sa prochaine
visite à Washington lui permettra sans aucun doute d'y chercher un appui
plus ferme de la part de l'administration Bush et permettra à cette
dernière de trouver un allié fiable dans la région pour sa lutte
anti-terroriste.
Dans le contexte
d'affrontements diplomatiques et, compte tenu de la colère avérée
de certains au sein de l'appareil de défense américain envers la
France, la réunion de ces deux pays africains au sein du camp
américain, laisse entrevoir la possibilité d'un renversement
dramatique des rapports de force dans le conflit congolais et d'une sortie
musclée de la présente impasse politique où les parties
congolaises au conflit renaclent à mettre en oeuvre le gouvernement de
transition prévue par l'Accord global et
inclusif.
Ou bien l'ONU et l'Afrique du
Sud imposeront une solution aux parties parties congolaises, présentement
réunies en comités techniques à Pretoria, ou alors il y aura une
très brève et violente reprise de la guerre ou des
événements du genre de ceux qui ont emporté Mzee
Laurent-Désiré Kabila en janvier
2001.
Nous avions senti à Paris,
lorsque nous avons croisé le président Joseph Kabila à sa sortie
de l'Hôtel Intercontinental, où il venait de rencontrer le
président Kagame en présence du secrétaire général de
l'ONU, que le président congolais affichait un visage aussi fermé que
celui qui a fait le tour du monde sur les photos prise lors des funérailles
d'État de son père. Nous avions fait état de cette impression
dans notre compte-rendu de la conférence de presse du président Kagame
(voir la photo et nos
commentaires).
Aujourd'hui, alors que
la confrontation Franco-américaine s'envenime et que la possibilité de
coups fourrés par acteurs interposés devient de plus en plus
plausible, nous croyons que l'Afrique centrale pourrait être le
théâtre d'un premier accrochage entre ces deux pays.
Posted: Lun. - Février 24, 2003 at 11:25 AM