Le Togo coupé du monde. Le monde se coupera-t-il du
Togo ?
Le peuple togolais sera-t-il abandonné par la
communauté internationale ?
Dans
l'après-midi du 24 avril 2005, jour du scrutin présidentiel togolais,
les moyens de communication avec le Togo, Internet, téléphone mobile,
ont été coupés. On ne peut imaginer signe plus clair de la
nécessité pour le pouvoir d'opérer une vaste opération de
fraude nocturne pour sortir « vainqueur » des urnes.
Pour rajouter
à la confusion on apprenait lundi (26 avril 2005) que Gilcrist Olympio et
Faure Gnassingbé avait, sous l'égide du président du Nigeria,
Olusegun Obasanjo, conclu un accord-surprise pour former un gouvernement d'union
national, quel que soit le résultat de la présidentielle de dimanche
(source AFP)Voir aussi
l'article du 27 avril de Patrick de
Saint-Exupéry
:http://www.lefigaro.fr/international/20050427.FIG0068.html
Des témoignages de truquage des
urnes sont parvenus à Paris dans la journée de dimanche, jusqu'à
ce que la possibilité de communiquer avec le Togo ait été
coupée. Ce lundi, il n'est possible de joindre que des postes fixes.
Grâce à l'un de ces postes, nous savons que des militaires ont envahi
des zones favorables à l'opposition, où ils ont brûlé des
urnes. Des affrontements ont suivi, faisant 3 morts et des blessés. À
la fin de la journée électorale, les forces d'intervention rapide,
commandées par le commandant Kadanga, gendre de Gnassingbé
Eyadéma, ont chassé les délégués de l'opposition
présents dans les bureaux de vote, d'où ils ont emporté les
urnes. Ces mêmes forces encadrent la ville. Joint à Lomé, le
représentant de Survie qui s'y trouve récuse l'information selon
laquelle des jeunes opposants auraient tenté de prendre en otage un bureau
de vote. Celui-ci, qui a assisté à la scène, nous informe que ces
jeunes n'avaient de souci que la transparence du
scrutin.
Contrairement à
l'habitude, aucune tendance concernant le résultat du scrutin n'a
été publiée. La CENI (Commission électorale nationale
indépendante) se charge de regrouper les résultats des urnes. Selon la
presse indépendante togolaise, elle serait en train de confectionner un
décompte global, dont la date de l'annonce reste inconnue. C'est ce moment
qui est celui de tous les dangers.
Une source bien informée
signale le truquage du vote anticipé des militaires : majoritairement
favorable à l'opposition, ce vote a été rectifié en faveur
de Faure Gnassingbé. L'officier qui s'est acquitté de la tâche
regretterait de l'avoir fait et se serait mis à l'abri des menaces que ses
regrets auraient suscités. Des cars, occupés par des personnes tentant
de se faire passer pour des électeurs togolais, ont passé la
frontière avec le Niger.
Les jours qui viennent diront
toute l'histoire. Sera-t-il trop tard pour « rattraper » un
scandale immense ?
Comme
lors du scrutin présidentiel de 1998, avec le raz-de-marée en faveur
de l'opposant Gilchrist Olympio, le peuple togolais s'est fortement
mobilisé pour interrompre la dictature. La société civile
(notamment la Ligue togolaise des droits de l'Homme, LTDH) et les églises
chrétiennes ont multiplié les observateurs du scrutin dans tout le
pays. Ils ont agi avec les moyens dont ils disposent : le courage, la
détermination à tourner une page de l'histoire qui les tient en otage,
l'espoir que la communauté internationale ne les abandonne pas. Ils ont
agit en dépit des exactions et des intimidations du régime du
défunt dictateur (dont le fils a hérité), des moyens énormes
dont ce régime dispose : finances sans limites, milices, soutiens
extérieurs – celui de la France en particulier, et du lâchage de
la CEDEAO sous pression française.
Le ministre de
l'Intérieur, François Boko, a mis en garde, dans la nuit du 22 avril,
contre un « processus électoral suicidaire ».
Aussitôt limogé, il s'est réfugié à l'ambassade
d'Allemagne, qui ne partage pas la satisfaction française devant ce
braquage électoral. Que fera l'Allemagne pour muscler les
« préoccupations » de l'Union européenne (UE) face
à cette mascarade ? Bailleur de l'envoi d'observateurs du scrutin de
la CEDEAO, l'UE serait justifiée à demander des comptes à cette
dernière, qui ne semble rien avoir remarqué de particulier. Le
Secrétaire général des Nations-unies s'est félicité de
l'élection présidentielle togolaise tenue dimanche. Que dira-t-il de
ce déni d'établir une démocratie une fois qu'il aura mieux fait
le tour de la situation ? Les États-Unis exprimeront-ils plus que leur
« trouble » devant ce déni ?
Nous avons appelé le
Président de la République (française) à renoncer à
soutenir la dictature togolaise. Nous faisons notre deuil d'une réponse en
ce sens. Nous nous reportons sur le reste du monde, qu'il fasse mieux que le
pays qui n'en finit plus d'oublier qu'il a été perçu comme celui
des droits de l'Homme.
Commentaires de
l'Obsac
Peu importe les déclarations de la présidence
française, peu importe les déclarations de la CEDEAO, nous savons tous
que ce qui vient de se passer au Togo est une autre sinistre farce, une autre
giffle immonde asséné à la face du peuple togolais tout entier.
S'est sans doute pourquoi l'annonce de ce gouvernement d'union nationale qui
vient d'être faite depuis Abuja, décontenance encore plus. La
dernière fois que le pouvoir togolais a fait un compromis avec l'opposition
ça c'est terminé par le bain de sang de la Primature à Lomé.
Faudra-t-il cette fois le sang versé du fils d'Olympio pour assouvir la
soif du pouvoir de Faure Gnassingbé, comme son père avant lui en
versant celui du père de Gilchris? Est-ce un autre trente ans de
démocrature qui se
prépare?
À l'évidence la
mauvaise foi de la France, les tensions entre les différents groupes
fidèles au régime et la faiblesse de l'opposition contribuent tous
à cette solution à la fois bancale pour la démocratie et
dangeureuse pour l'opposition. Les semaines qui viennent ne seront pas faciles
à Lomé et dans le reste du pays.
SUPPLÉMENTAIRE 050427
:
Pendant que nous rédigions les
commentaires ci-dessus, les événements se sont
accélérés à Lomé. Le fameux gouvernement de transition
n'aura vécu que le temps d'une poignée de mains entre les "deux fils",
à savoir Faure Ngassingbé et Gilchrist Olympio. Ce dernier
s'était d'ailleurs rendu seul à Abuja en provenance d'Accra, en
l'absence des autres membres de
l'opposition.
Commençons par dire que
Gilchrist n'était pas le candidat officiel à la présidence,
même s'il était considéré comme le leader historique de
l'opposition. En d'autres termes, dans ce contexte, il n'était pas
habillité à signé une quelconque entente avec la "bande à
Faure". On peut s'imaginer que Gilchrist à agit de la sorte sous la
pression de son pays d'accueil, le Ghana, encouragé lui-même en cela
par le Nigéria. De ce scénario on peut tirer deux autres
hypothèses, surtout quand on sait que les deux pays sont anglophones :
1- la première hypothèse tient au
fait que les deux pays auraient compris qu'ils ne pouvaient rien changer à
la donne de la politique française dans ses anciennens colonies. On sait
bien que la France soutient le "petit" Faure Gnassingbé depuis son (non
moins) petit coup d'état après la mort de son
père.
2- soit, ces pays sont en accord avec
le processus électoral qui vient de se dérouler au
Togo...
Dans les deux cas de figure,
l'issue de cette crise se trouve maintenant entre les mains des manifestants de
l'opposition, dont le leader vient de s'auto-proclamer vainqueur des
élections, un peu comme l'avait fait Marc
Ravalomanana à Madagascar il y a deux
ans.
Pierre
Bigras
Posted: Ven. - Avril 22, 2005 at 06:41 PM