Après plusieurs années passées dans lopposition, les libéraux flamands et francophones[1] gagnent les élections fédérales et régionales de 1999, renvoyant ainsi les sociaux-chrétiens dans lopposition, usés par 41 ans de pouvoir. Lors de la formation du gouvernement fédéral de la majorité arc-en-ciel (libéraux, socialistes et écologistes), Louis MICHEL, vice-premier ministre, prend le ministère des affaires étrangères et lécologiste flamand Eddy BOUTMANS la coopération au développement. Au niveau communautaire, le Parti Réformateur Libéral (PRL) de Louis MICHEL va diriger le gouvernement de la Communauté Française avec Hervé HASQUIN, Serge KUBLA sera le chef de file du PRL dans le gouvernement de la Région Wallonne chargé de léconomie ; Armand DE DECKER (PRL) est perché au Sénat et Richard MILLER (PRL) président du parlement wallon. Louis MICHEL étant celui qui a négocié la formation du gouvernement, les libéraux francophones vont imprégner idéologiquement la politique belge.
Une diplomatie de reconquête
Le monde avancé sest désintéressé de lAfrique sinistrée et la Belgique des années 90 sest distinguée par son désengagement progressif vis à vis de la région des Grands Lacs. Larrivée de Louis MICHEL au ministère des affaires étrangères va amorcer en Belgique un regain dintérêt vis à vis de lAfrique Centrale ; il va dabord insuffler une politique objective très engagée justifiée par une double responsabilité : le devoir de reconnaissance de lancienne puissance coloniale et le devoir de solidarité entre pays riches et pays pauvres.
Dans ses tournées africaines, il va exprimer sa volonté de sensibiliser les pays riches sur les problèmes africains afin darriver à un nouveau partenariat actif et responsable. Conscient des limites de la Belgique, il est persuadé que celle-ci se distingue des autres grands pays par sa connaissance de lAfrique centrale ; le Congo étant le seul pays au monde où la Belgique est considérée comme une grande puissance, les libéraux francophones ont toujours tenu à garder un pied à terre à Kinshasa. Malgré la couleur violette (bleu, rouge et vert) du gouvernement belge, la pensée libérale va imprégner la diplomatie et la coopération belge au Congo ; BOUTMANS est exclu du dossier Congo, léthique écologique flamande étant incompatible avec la conception libérale de la coopération en Afrique centrale.
Cherchant un dialogue apaisé avec le pouvoir de Kinshasa pro-lumumbiste, Louis MICHEL va encourager en 1999 lidée dune commission parlementaire (Commission Lumumba) pour faire la lumière sur lassassinat de léphémère Premier ministre du Congo élu en 1960[2]. Malgré cet appel du pied tactique, Laurent KABILA sera toujours méfiant vis-à-vis de Bruxelles. Les nationalistes congolais vont souhaiter un partenariat basé sur légalité, sans ingérence et avec des avantages mutuels ; les libéraux belges vont poser toutes sortes de conditions favorables aux intérêts des multinationales.
La famille libérale belge arrive au pouvoir au moment où le Congo est déstabilisé par des forces rebelles et subit lintervention militaire des pays voisins, le Rwanda et lOuganda soutenant la rébellion, lAngola, le Zimbabwe et la Namibie secourant le pouvoir de Kinshasa. Le gouvernement belge va encourager sans atermoiement les Accords de paix signés à Lusaka en 1999, qui prévoient le désarmement des différents groupes armés et létablissement dun dialogue intercongolais en vue de la formation dun gouvernement incluant les rebelles. Laurent KABILA va gêner la présence dobservateurs de lONU au Congo et devient, aux yeux de la communauté internationale, un obstacle majeur pour la paix ; le 16 janvier 2001, il est assassiné.
Le jour après le meurtre de Laurent KABILA, Louis MICHEL n'hésite pas à faire une déclaration indécente: «Le choc a peut-être créé un moment propice à la négociation» (Le Soir du 19 janvier 2001). En allant assister aux funérailles de Laurent KABILA, il informe lopinion quil va réclamer des « signes douverture » à Joseph KABILA. Dès son arrivé à Kinshasa et avant les cérémonies, il rencontre le successeur désigné auprès de qui « il a mis les points sur les i ». Après la cérémonie, il va lancer un appel de réconciliation de tous les Congolais dans lesprit des Accords de Lusaka et va prier Joseph KABILA à sorganiser pour la légitimation de son pouvoir. Devant la presse, « jai dis ce que javais à dire » a précisé Louis MICHEL, soulignant que « Joseph KABILA a écouté le message de la Belgique avec une grande attention et un grand intérêt ». Bref, il exhorte le nouveau pouvoir à tourner le dos au nationalisme[3].
Sur le plan politique, Joseph KABILA relance les Accords de Lusaka ; il autorise les partis politiques, collabore avec certaines chancelleries occidentales et permet le déploiement de la MONUC. Sur le plan économique, il tente dattirer des milieux affairistes qui décèlent sa candeur face aux enjeux réels sur le Congo. Des pressions seront exercées sur sa personne et Joseph KABILA va révéler à lopinion quil craignait une mort violente ; on va vite lui faire comprendre que sa survie et la paix du Congo seront conditionnées par des contreparties économiques. Alors que le pays connaît une crise institutionnelle grave, on le contraint à saborder la Loi BAKAJIKA[4] (le sol et le sous-sol appartiennent à lEtat) pour permettre à certains milieux de récupérer leurs titres fonciers coloniaux ou dacquérir les propriétés de grands espaces terriens au Congo[5] ; inspirée par certains milieux étrangers, une loi minière ultra-libérale est promulguée. Ayant trouvé la poule aux ufs dor en la personne de Joseph KABILA qui accepte toutes les conditions favorables à leurs intérêts, certains milieux belges vont sinvestir subtilement dans la crise congolaise pour le légitimer en utilisant largument de lexpertise des affaires congolaises.
Satisfaits de lattitude de Joseph KABILA, des milieux daffaires étrangers vont agir auprès de leur gouvernement respectif pour obtenir leur soutien ; le rapport de lONU sur le pillage des richesses du Congo, biaisé, sera utilisé pour des objectifs politiques, entre autre:
- réduire linfluence du Zimbabwe sur Kinshasa, son dirigeant étant indésirable dans certaines chancelleries avec laffaire des fermiers blancs ;
- affaiblir certains pays des Grands Lacs qui soutiennent les forces rebelles ;
- renforcer politiquement Joseph KABILA face à son entourage qui la fait roi et autres chefs de guerre.
Nhésitant pas à utiliser des méthodes cavalières, Louis MICHEL sera le maître duvre qui adaptera sa stratégie au besoin du moment, à chaque pallier de problèmes, en obtenant le soutien de la Wallonie, de la Belgique, de la France, de lUnion Européenne, de lAfrique du Sud, de lUnion Africaine et de lONU ; certains africains « franchisés » seront utilisés comme rempart dans sa politique en Afrique centrale, quelques uns seront mêmes casés dans le noyau du pouvoir à Kinshasa. Les cercles internationaux de décisions seront convaincus et embarqués dans ce processus dont lobjectif inavoué est la légitimation de son homme de paille, Joseph KABILA. Pendant que la classe politique congolaise ségare dans ses turpitudes, Louis MICHEL va organiser subtilement et méthodiquement la recolonisation humanitaire du Congo.
Lagencement de lordre michelin
- Première étape : il tient à imposer Joseph KABILA comme président pendant toute la période de transition. Ainsi un séminaire est organisé à Bruxelles au début de lannée 2002 par le ministère belge des affaires étrangères; plusieurs partis politiques non belligérants sont conviés à cet exploit aux frais du contribuable belge, certains comme lUDPS, le PALU et le FONUS déclinent linvitation. Le texte de travail, rédigé par le cabinet de Louis MICHEL, va proposer un Etat unitaire décentralisé pour le Congo et le maintien de Joseph KABILA comme président de la transition ; dans linsouciance des conséquences, les propositions sont approuvées par ces touristes politiques.
- Deuxième étape : au dialogue intercongolais de Sun City, des intrigues et pressions obligent les belligérants à accepter le choix belge ; des enveloppes sont distribuées pour corrompre la majorité des participants. Les mentors de KABILA vont faire croire sournoisement à certaines chancelleries et lAfrique du Sud du retrait de la vie politique de leur protégé à lissu du processus électoral : Joseph KABILA est imposé pour la transition, assisté dans lespace présidentiel par des chefs de file. Les animateurs de la transition seront gratifiés par des salaires fantaisistes, la Communauté Internationale sengageant à financer plus de la moitié du budget de lEtat congolais et les frais pour lorganisation des élections ; ainsi, tous les animateurs de la transitions sont piégés et fragilisés.
- Troisième étape : il faut nettoyer lentourage de Joseph KABILA et affaiblir certains groupes belligérants : on publie le rapport de lONU sur les pillages du Congo. Certains caciques kabilistes sont défenestrés pour renforcer le leadership de Joseph KABILA ; les anciens chefs rebelles sont ébranlés dans divers dossiers criminels. Le Président Joseph KABILA assiégé par ses mentors connus, est reçu triomphalement à Bruxelles où il fait lapologie de la colonisation devant le Sénat belge ; ainsi, il se présente comme lhomme providentiel pour les intérêts belges, les francophones se taillant la part du lion. Armand De DECKER, alors Président du Sénat, loue la clairvoyance de Joseph KABILA handicapé, selon lui, par la formule 1+4 dans lespace présidentiel. Désormais, lobjectif de la transition sera la légitimation de Joseph KABILA à travers les élections ; celles-ci, daprès les mentors belges de KABILA, vont entraîner le développement du Congo !
Quelque temps après, les libéraux francophones perdent les élections régionales ; Louis MICHEL affaibli démissionne du gouvernement fédéral pour rejoindre la Commission Européenne où il va préférer la Coopération et lHumanitaire ; avec ce portefeuille, il peut discrètement utiliser sa casquette de lUnion Européenne pour interférer dans le dossier congolais. Au niveau du gouvernement fédéral, les libéraux francophones responsabilisent Armand De DECKER à la coopération pour garder une influence sur Congo ; Karl De GUCHT prend le ministère des affaires étrangères et croit soccuper de facto du dossier congolais. Nous allons assister à une cacophonie à la belge sur le Congo : face à la médiocrité de la classe politique congolaise, le flamand Karl De GUCHT se montre plus rigoureux, le francophone Armand De DECKER plus complaisant ! Cette nouvelle donne politique belge va gêner la stratégie des mentors de Joseph KABILA ; en plus, celui-ci les déçoit et les agace par son leadership indolent.
Entre temps, des contradictions au sein du gouvernement de transition au Congo vont aggraver la crise, lEst du pays replongeant dans les violences ethniques ; la corruption verticale va ronger tous les rouages de lEtat, décourageant ainsi des investisseurs potentiels non maffieux. Malgré la perfusion budgétaire extérieure, le gouvernement est en faillite face à ses obligations publiques ; or le Congo doit financer une partie du processus électoral. Lirresponsabilité comptable de lEtat congolais rendait déjà dubitatif lorganisation des élections. Joseph KABILA va commettre la maladresse de prendre lengagement dune démission collective de tous les animateurs de la transition si les élections ne sont pas organisées pour le 30 juin 2005. Les mises en garde de la Communauté Internationale vont pousser les animateurs de la transition à frimer dans leurs responsabilités. Craignant le naufrage du processus quil pilote de Bruxelles, Louis MICHEL va entraîner Javier SOLANA et José Manuel BARROSO dans les égouts de la politique congolaise, montrant ainsi à certains perturbateurs quil a le soutien total de lUnion Européenne.
Jusquaujourdhui, la classe politique congolaise actuelle est incapable de poser un débat de fond sur les futures institutions du pays, les acteurs sintéressant plutôt au partage du pouvoir corrompu. Profitant de cette distraction des Congolais et pour convaincre certains milieux déçus de la médiocrité des animateurs de la transition, un projet de constitution sera élaboré à la hâte par une équipe de chercheurs dune université francophone belge, sans tenir compte des problèmes réels du pays. Toute la ligne politique voulue par Louis MICHEL va marquer allègrement cette constitution à soumettre au référendum (Etat unitaire décentralisé, pouvoir présidentiel renforcé, privatisation du sol et du sous-sol
). Un recensement électronique fantaisiste commence en fanfare, des cartes délecteurs sont distribuées à des dirigeants congolais ; bref, le travail préparatoire est en marche pour justifier le report des élections et la prolongation de la transition en fonction de larticle 196 de la constitution de transition. La date butoir du 30 juin 2005 sera franchie dautorité pour arriver enfin à lorganisation dun référendum boudé par plus de la moitié de la population (daprès le rapport de lONU) et entaché dirrégularités (daprès des ONG congolaises).
Suite à nos vicissitudes politiques depuis la colonisation, il nous faut élaborer, en toute autonomie, des institutions capables dharmoniser la cohabitation des différentes composantes nationales pour le bien commun. Dans notre conception politique, le peuple doit dabord savoir - et cela à travers le texte référendaire proposé - pour quoi il doit voter. Or, on vient de vendre au peuple congolais un chat dans un sac fermé. Non seulement que la constitution référendaire est rédigée par des étrangers, le peuple congolais nest pas informé de son contenu avant le référendum ; cette situation déplorable traduit le mépris
Une constitution contestable
Les propos de certaines personnalités belges sur le référendum sont indignes et grossiers[6] ; Les conditions morales élémentaires pouvant légitimer cette constitution nétant pas réunie, il faut la jeter dans la poubelle de lhistoire, à moins daccepter lassujettissement éternel. On veut faire du Congo un territoire voué à lexploitation ; par exemple, pour flouer les Congolais, larticle 9 stipule : « LEtat exerce une souveraineté permanente sur le sol, le sous-sol et les forêts, sur les espaces aériens, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental.
Les modalités de gestion et de concession du domaine de lEtat visé à lalinéa précédent sont déterminées par la loi. ». Qui va faire cette loi ?
Larticle 213 de cette constitution micheline stipule que « Le Président de la République négocie et ratifie les traités et accords internationaux » ; les libéraux francophones belges se croient à lépoque du roi MAKOKO[7] pour faire signer à leur pantin nimporte quelle feuille de choux
Quand on observe tous les prédateurs au portillon du Congo, il est à craindre que nous soyons en présence dun processus morbide pour le peuple congolais.
La possession et la propriété dune terre ont pour base essentielle le concept fondamental de la souveraineté ; la possession cest la capacité de disposer et la propriété comme droit de disposer. La souveraineté est lensemble des pouvoirs ou des compétences que peut exercer un Etat ; par exemple, elle est ce droit et cette capacité de décider sur la propriété et la possession des terres. Si des puissances étrangères nous imposent des fantoches irresponsables par la force ou la ruse, quel sera le sort de nos terres ? Quallons-nous léguer à la postérité ? Nous voyons bien ce qui se passe au Zimbabwe où la haine et la jalousie déstabilisent la convivialité humaine.
Certes, en matière de bonne gouvernance, avec la Loi BAKAJIKA pendant le régime de MOBUTU, la gestion des espaces terriens na pas favorisé le développement du pays. Nous contestons le bien-fondé du monopole de lEtat sur la terre et les ressources naturelles, mais compte tenu de notre retard économique par rapport aux autres, il nous faut des stratégies appropriées de concession spatiale qui tiennent compte des règles dallocation et de gestion en fonction des impératifs de développement durable. Nous savons que lidéologie de la privatisation des espaces en Afrique fait son chemin dans certains milieux qui veulent nous imposer un nouvel ordre compatible à leurs intérêts économiques ; cela a toujours été leur rêve de lAfrique. Lidéologie économique dominante actuelle pousse au paroxysme lindividualisme possessif de certains affairistes; quand ils auront leurs concessions terriennes, ils vont créer des groupes armés privés pour soccuper de la sécurité de leurs propriétés, le reste du pays étant livré au chaos suicidaire. Cest ainsi quils veulent à tout prix imposer en Afrique des dirigeants misanthropes acquis à leur idéologie.
Le sol et le sous-sol du Congo sont la propriété de Dieu et doivent être administrée pour le bien de tous les humains, donc pour la survie de lhumanité. LAfrique connaît de sérieux problème lié à lenvironnement (sécheresse, désertification, eau douce, espace vital
) et lespèce humaine est menacée
On nest plus au Moyen-Âge où des individus sans scrupules sappropriaient ou confisquaient de grands espaces par la violence, en légitimant, après leur exploit, leur droit de propriété à travers des lois quils ont imposées.
Un processus électoral biaisé
Il est faux de dire que le Congo va connaître ses premières élections ; en mai-juin 1965, le gouvernement de TSHOMBE avait organisé un scrutin libre et transparent sur base de la Constitution de Luluabourg. Le processus démocratique était arrêté par le coup détat de MOBUTU instigué par certains milieux belges.
Lacte électoral exprime le choix du peuple qui tranche entre les adversaires politiques pour le pouvoir ; cet acte nest pas un objectif de la démocratie, mais plutôt un instrument qui témoigne le respect à un peuple. Un pays ne devient pas démocratique simplement en organisant les élections ; cest à travers les institutions et la pratique quotidienne du pouvoir quon peut identifier les caractéristiques de son système politique. Après notre naufrage communautaire, deux étapes électorales sont déterminantes pour lavenir du pays : le choix des institutions et lélection des gouvernants.
Quel est ce modèle de démocratie quon impose au Congo quand des dirigeants belges prétendus démocrates et humanistes sarrogent le droit de critiquer et dexclure les forces potentielles de lopposition ? Quand on observe larrogance et le mépris de ceux qui financent ces élections, il est clair que les opérations de dépouillement et la publication des résultats seront conformes à leurs objectifs. Avec lexpérience du référendum bâclé, nous percevons déjà les indices dune duperie politique.
Lordre michelin ou le processus de recolonisation
À la fin des années 50, le colonialisme a été condamné en droit international ; le droit des peuples à disposer deux-mêmes était devenu une valeur normative de droit impératif général. Avec celui-ci, le droit international est structuré par une hiérarchie des règles entre elles en désignant les normes auxquelles aucune autre règle ne peut déroger. Or larticle 64 de la Convention de Vienne du 29 mai 1969 stipule ceci : « si une nouvelle norme impérative du droit international général survient, tout traité existant qui est en conflit avec cette norme devient nul et prend fin ». Aujourdhui, une recolonisation face à un génocide, une épuration ethnique, des crimes contre lhumanité entraînant une catastrophe humanitaire permanente peut être considérée comme une nouvelle norme de droit international.
Actuellement, nous assistons à un regain de lidéologie coloniale suscité par le spectacle chaotique de lAfrique. Dans certains milieux politiques et intellectuels européens, la décolonisation fut un fait de la guerre froide qui nexiste plus : les nègres vivaient mieux au temps béni des colonies, il faut donc un autre regard de la colonisation en Afrique[8]. Depuis un certain temps, se basant sur le concept de droit dingérence, des salons connus pour leurs plans stratégiques sur lAfrique[9] mènent une campagne relayée par une certaine presse : le Congo connaît la plus grande catastrophe humanitaire depuis 60 ans ! Or nous savons qui sont les fossoyeurs de notre pays, qui ont commandité des coups tordus contre le peuple congolais, qui ont soutenu la tyrannie ruineuse dans notre pays
Dans le drame humanitaire des Grands Lacs, quelle est la responsabilité historique, politique et morale de la Belgique ? Si lon prend lexemple de la problématique Banyarwanda au Congo, pourquoi lancien colonisateur évite déclairer lopinion congolaise ? Pourquoi certains milieux belges continuent à distiller la haine entre les populations de la région des Grands Lacs ? Connaissons-nous une presse africaine qui secrète le venin de la haine et de la violence entre flamands et francophones belges ? Ce sont ces mêmes libéraux francophones qui ont plaidé la vente à la Tanzanie de la licence belge de fabrication des cartouches; heureusement pour la région des Grands Lacs, léthique des autres partis francophones la emporté
Lordre michelin, utilisant le masque humanitaire, est en fait une substitution du colonialisme sans lautorité coloniale ; il consiste à imposer un Etat putatif au Congo animé par des pantins congolais cooptés et légitimités à travers une parodie délection démocratique ; certains décideurs à Bruxelles prévoient déjà un haut fonctionnaire belge chargé de la construction de lEtat au Congo pour y faire leur loi ; une base militaire européenne est même prévue dans la région des Grands Lacs[10]. En fait, un gouvernement virtuel se crée en Belgique autour de Louis MICHEL qui, à travers ses fonctions à la Commission Européenne, sest donné une certaine puissance de négociation au sein de la Communauté Internationale pour asseoir subtilement un pouvoir de contrôle stratégique et économique au Congo. Cette ingérence est justifiée du fait quun Etat défaillant au Congo constitue un grand danger humanitaire pour les populations et une source dinsécurité régionale, voir internationale (exemple : lexploitation anarchique de lUranium au Katanga). Ainsi, de la colonisation dite philanthropique au 19ième siècle, nous assistons à une tentative de recolonisation dite humanitaire à laube du 21ième siècle. Il ne faut surtout pas condamner Louis MICHEL qui ne fait que son devoir de patriote belge et plus particulièrement de son terroir la Wallonie où il doit rendre des comptes à ses électeurs. En Belgique, pour certains milieux négrophobes : « ils ont détruit notre Congo, nous devons reprendre notre Congo » ; pour dautres milieux négrophiles pudiques : « Tout ça ne nous rendra pas le Congo »
Ayant le cerveau dans le ventre, certains congolais infantilisés implorent le retour des blancs
Que faire ?
Nous commencerons par faire une narration de chez nous. Dans un village dAfrique, un rat maraudait chaque nuit des arachides dans le grenier du Chef ; celui-ci, mécontent, décide de tendre un piège pour neutraliser la bête. La nuit suivante, le rat, méfiant devant lappât piégé, va solliciter laide de ses copains du village pour détruire la ratière; il implore successivement le coq, le bouc, le bélier. Personne ne veut déranger son sommeil pour le soutenir. Le rat rentre triste dans le grenier et sécroule de déception et de faim devant la ratière. Une vipère affamée, traversant le grenier, se précipite sur le rat qui séchappe de justesse ; ignorant le piège, la vipère se fait attraper. Blessée, elle décide dattendre le concepteur du piège pour se venger. Très tôt le matin, en visitant son grenier, le chef se fait mordre par la vipère et meurt. Quelques jours après, ce sont les funérailles du chef ; et pour cette occasion, il faut nourrir les convives : le coq, le bouc, le bélier sont sacrifiés. Ils pouvaient éviter leur sort en aidant le rat !
Les Congolais sont les premiers responsables de la situation de leur pays ; mais les pays frères africains ne doivent laisser phagocyter ce pays car ce qui se passe au Congo va créer une brèche béante pour une nouvelle forme dassujettissement de lAfrique. Le chef de la mission dobservation électorale de lUnion Européenne au Congo, le Général français Philippe MORILLON a dit : « Lavenir du continent africain est en train de se jouer maintenant ici en République Démocratique du Congo»[11] ! Il est clair quaprès avoir réglé le sort du Congo en fonction de leurs objectifs stratégiques, ils vont soccuper des autres.
Une solution autonome au niveau africain existe, mais sa réussite dépend dabord de lintelligence collective des Congolais. LAfrique ne doit pas être piégée par largument budgétaire car largent ne manque pas dans notre continent qui alimente ceux-là qui veulent nous subordonner. Les Africains et particulièrement les Congolais doivent savoir que le processus actuel au Congo a pour seul objectif la reconquête politique et économique de lAfrique centrale ; il ny a pas à confondre un calendrier de reconquête avec un processus de résolution de problèmes politiques internes au Congo. La servitude du Congo va freiner la construction de lUnion Africaine ; sur ce, lAfrique doit se doter dune certaine capacité de négociation face aux intérêts divergents du monde développé.
Bruxelles le 24 janvier 2006
Mouvement pour lAlternative Patriotique - MAPA
Omar DIATEZWA
Tél. : +32.0478.81.32.79
omardiatezwa@yahoo.fr
Samson MUZURI
Tél. : +32.476.30.89.96
m_samson@yahoo.fr
[1] Les libéraux francophones, avant-gardiste des milieux daffaires francophones belges, ont soutenu jusquau bout le régime de MOBUTU
[2] Louis Michel a présenté ses « excuses » à la famille Lumumba ; il a également annoncé la création dun fonds Lumumba pour la « promotion de lEtat de droit » au Congo.
[3] Armand De DECKER a déclaré pourtant : « Les dirigeants qui arrivent au pouvoir sont nés après la période coloniale et après la décolonisation. Ils ont un tout autre état desprit
..Nationaliste, mais dans le sens de plus dauthenticité. Ces dirigeants vont provoquer un dialogue avec lEurope et le reste du monde, ils nadmettront plus trop les injonctions
», Propos recueillis par Colette BRAECKMAN, journal Le Soir du 6 décembre 2005
[4] En 1966, le Parlement congolais élu revoit le régime des concessions foncières car depuis Léopold II, on accordait des privilèges exorbitants à des privés européens. La Loi BAKAJIKA est promulguée le 7 juin 1966 et précise en son article 1ier que « La République Démocratique du Congo reprenait la pleine et libre disposition de tous ses droits fonciers et miniers concédés ou cédés avant le 30 juin 1960 en propriété ou en participation à des tiers, personnes morales ou physiques ». Dans le régime de MOBUTU, les gouvernants ont abusé de cette loi.
[5] Lexemple dune société anglo-sud-africaine qui a acquis plus de 70.000 km2&Mac247; à lEst du Congo pour lexploitation du pétrole ; un projet belge est prêt pour le bassin sud-ouest du Congo (www.moanda.org)
[6] Armand De DECKER a déclaré : « Si les électeurs congolais votaient non au référendum, ce serait voter pour le statut quo, pour lancien régime corrompu », propos recueillis par Colette BRAECKMAN, journal Le Soir du 6 décembre 2005.
[7] En 1880, le roi MAKOKO (souverain Téké), affaibli à la tête de son pays ruiné par la traite négrière, négocie et signe à Mbé (sur les plateaux au nord de Brazzaville actuelle) avec Savorgnan de BRAZZA, mercenaire exploiteur italien au service de la France, un traité de « protectorat » dont il ne comprenait pas la portée, et pour cause : il ne savait ni lire ni écrire ! Or en vertu de ce traité, il cédait à la France ses droits sur lempire dans lignorance totale ! Une vraie duperie !
[8] André HUYBRECHTS, Afrique : un regard différent sur la colonisation belge, journal LEchos de la Bourse, du 3 mars 2004, Belgique
[9] Voir larticle de Claire BRISSET dans le journal Le Monde du 3 mars 1981 ; ses révélations ont suscité diverses réactions dont celles parues dans Le Monde des 5 ,6 ,7 ,12 et 19 mars 1981 et Le Monde du 1er octobre 1981
[10] Lors de son allocution devant lAssemblée de lUnion de lEurope Occidentale - UEO (20 septembre 2005 à Bruxelles) dont le Secrétaire Général est Javier SOLANA, Armand DE DECKER, ministre belge de la coopération au développement déclare : «
Je crois donc quil y a un chantier important pour la mise en uvre dun projet européen, et je soumets à votre réflexion lidée de créer, en Afrique centrale, une grande base militaire commune à lUnion Africaine et à lUnion Européenne
»
[11] Voir le journal Le Potentiel (Kinshasa) publié sur le web le 22 décembre 2005, http://fr.allafrica.com/stories/printable/200512220561.html
Bruxelles le 24 janvier 2006
Mouvement pour lAlternative Patriotique - MAPA
Omar DIATEZWA
Tél. : +32.0478.81.32.79
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