Volume 9, janvier 2006

RDC
Les prochaines élections congolaises : Paris et Bruxelles ont déjà désigné les futurs dirigeants
26 décembre 2005
(voir aussi les infos supplémentaires des 29 et 30 décembre rajoutées en fin d'article)

Après le référendum dont on connaît bien les hauts et les bas (et ce n'est pas encore fini !), la population congolaise se berce d’illusions si elle pense qu’elle va choisir ses propres dirigeants. Il faudra déchanter. Après vérification par l’Obsac des informations de sources généralement bien informées en provenance de Kinshasa, Paris et Bruxelles, les principaux futurs dirigeants de la RDC auraient déjà été choisis par les chancelleries de ces deux dernières capitales. Nos sources nous indiquent que le « contrat » de Kabila aurait déjà été renouvelé par la chiracquie et la bande à Louis Michel. Pourtant les experts congolais eux sont formels : «Aucun parti politique, quel qu’il soit, ne peut gagner seul l’élection présidentielle prochaine» (Voir l'article du Potentiel du jeudi 29 décembre 2005)

Quant à la primature, n’en déplaise au « chairman » Jean-Pierre Bemba, elle reviendrait à Olivier Kamitatu. On comprendra ici qu’il s’agit-là très probablement de la vraie cause de la rupture entre ces deux anciens potes du maquis de Gbadolite.

En ce qui concerne les autres acteurs de la transition ils devront se contenter des quelques cacahuètes qui resteront dans le panier des parrains occidentaux du Congo que sont Chichi et Michel. Pour certains ce sera l’exil à l’ONU, pour d’autres l’Union Africaine et pour d’autres encore un retour au privé.

Mentionnons au passage que cette opération politico-mafieuse est largement occultée par certains journalistes français et belges qui sont parfaitement au courrant de ce qui se prépare mais qui veulent nous faire croire que tout se passe pour le mieux au Congo-Kinshasa. Ce n’est plus du journalisme, mais plutôt de l’engagement politicien de leur part… Pourtant des organisations comme l'International Crisis Group (ICG) et Human Rights Watch ont récemment tiré la sonnette d'alarme.

Un groupe de cancres imposé à la tête du pays
Ce qui étonne et qui est insultant pour la population congolaise dans toute cette histoire, c’est que les Occidentaux considèrent que Kabila et son gouvernement sont un groupe de cancres incapables de payer la solde de 150,000 militaires (ou miliciens ?) congolais (cette solde sera désormais payée par l’Union Européenne), mais au même moment ils estiment que Joseph Kabila est le mieux placé pour présider à la destinée de 60 millions de Congolais. Allez comprendre !

Partant du principe qu’une armée n’obéit qu’à l’autorité du souverain qui la paye, on peut se demander si les FARDC peuvent encore être considérées comme une armée nationale congolaise. Ça commence plutôt à ressembler drôlement à un groupe de mercenaires à la solde de l’Union Européenne et plus spécifiquement de la France et de son petit cousin belge.

Rappelons que ces mêmes Occidentaux qui « privatisent » les FARDC ont également contribué à l’exclusion des vrais partis politiques congolais comme l’UDPS et le PALU des institutions de la transition. En d’autres termes, ce faisant, on les excluait du paysage politique congolais, on minait leur chances de faire élire leurs représentants au parlement et à la présidence du pays. Que serait le paysage politique belge et français si, dans ces deux pays, les partis socialistes étaient exclus d’une participation à la vie démocratique du pays ? Ce qui est anti-démocratique pour les Français et les Belges peut-il être bon pour les Congolais ? Évidemment, la corruption qui règne au sein de la classe politique (il n'y a qu'à lire l'article de Jason Stearn de l'ICG publié dans les pages virtuelles de AllAfrica.com pour s'en convaincre) est l'excuse parfaite pour que le "Nokos" s'invitent à la table.

CONCLUSION
La situation politique congolaise est véritablement un cas de conscience pour l’Afrique. On s’étonne que les grands militants de l’ANC, qui ont tenu tête au système raciste d’apartheid en Afrique du Sud qui voulait utiliser l’Inkhata Freedom Party de Buthelezi pour les exclure du jeu politique, demeurent silencieux et même participent à cette tragédie politique. Apparemment, les anciens combattants de la liberté d’Afrique du Sud sont devenus des apôtres de la mondialisation : adieu veaux, vaches, cochons et tous les beaux idéaux et bonjour au business sans limite (il n’y a qu’à voir toutes ces grandes commissions économiques mises en place par Kinshasa et Pretoria).

Cette remarque s’adresse aussi à la Commission de l’Union Africaine, notamment à son président Alpha Omar Konaré et aux autres principaux dirigeants africains, comme Olesugun Obasanjo, Muammar Khadafi, Abdoulaye Wade, etc. Ce qui se passe actuellement au Congo-Kinshasa risque, dans un avenir rapproché, de se produire chez-vous, si vous n’y prenez pas garde. À vrai dire, la RDC est en train de basculer dans l’ère de l’État Indépendant du Congo, en d’autres termes de redevenir la propriété privée occulte de Belges et de Français. Cette façon de « gérer » l’Afrique ne laisse entendre rien de bon pour les générations futures d’Africains. Et ces derniers retiendront de vous que vous, présidents africains, avez failli à votre devoir d’héritiers des indépendances, souvent obtenues au prix du sang.

L’Obsac profite quand même de l’occasion pour adresser ses vœux les meilleurs au peuple congolais pour le Nouvel An 2006 et l’encourage à ne pas se laisser emberlificoter par tous ses magouilleurs parisiens et bruxellois, « qui ne veulent que leur bien » (sic)et ce, en complicité avec les actuels dirigeants de la transition.

La rédaction

SUPPLÉMENTAIRE
Arrestation de Théodore Ngoy,
un des plai
gnants demandant l'annulation du référendum
constitutionnel
29 décembre 2005

Le 29 décembre l'AFP annonçait qu'un des candidats à la prochaine élection présidentielle, Théodore Ngoy, avait été arrêté par une unité spéciale de la police congolaise au lendemain d'une demande d'annulation des résultats du référendum sur la nouvelle constitution déposée devant la cour suprème de RDC mercredi le 28 décembre. M. Ngoy comptait également parmi les 50 personnalités politiques congolaises qui ont déposé une plainte mardi contre le président Joseph kabila et d'autres personnalités de l'espace présidentielle, parce que ces derniers avaient continué de faire campagne après la date limite sur les ondes de différentes radios du pays. Théodore Ngoy avait déjà été arrêté le 16 décembre au cours d'une manifestation "non-autorisée" des partisans du NON, puis remis en liberté sans aucune conditions particulières, selon son avocat Me Richard Bondo.

Il semble assez évident, dans le contexte des deux plaintes concernant les irrégularités entourant le référendum constitutionnel, que certaines personnes des premiers cercles du pouvoir à Kinshasa redoutent ce genre de recours, au point d'être prêt à prendre le risque d'indisposer à la fois l'électorat congolais et la communauté internationale.

La Haute autorité des médias intervient tardivement
30 décembre 2005

Selon une dépêche de l'AFP, la Haute autorité des médias, l'institution responsable de la réglementation de la presse en RDC a annoncé la suspension de huit émissions de radios et de télévisions pour une période d'un mois, pour cause de "violation du principe d'impartialité et d'équilibre dans le traitement de l'information". Certaines violations favorisaient les partisans du OUI et d'autres ceux du NON.

La Ham relevait également que les médias audiovisuels avaient "violé à plusieurs reprises le silence légalement imposé" la veille et le jour du scrutin. De plus l'organisme dirigé par Modeste Mutinga adresse un blame sévère aux médias audiovisuels et de la presse écrite pour des violations répétées de la loi référendaire.

Comme on peut le constater il sera difficile pour les tribunaux saisis par les 50 personnalités pour ces mêms violations d'ignorer le poids de l'avis de la Haute autorité des médias