- Introduction
- Un coup dil sur lhistoire
- Un contexte de vive tension
- Une improbable mise en uvre des accords dArusha
- Lattentat contre Juvénal Habyarimana : un complot, un piège, une erreur
!
- Le nud fatal du complot
- Abdul Ruzibiza, une recrue pour brouiller les pistes
- Le génocide de 1994 était évitable
- Les négationnistes tentent de manipuler lopinion publique
- Notes
1. Introduction
Depuis les horribles événements survenus en 1994 au Rwanda, lattentat contre lavion de lancien président rwandais na cessé dalimenter les médias qui sintéressent à cette tragique période qui a endeuillé le Rwanda et lhumanité entière en engloutissant plus dun million dêtres humains, essentiellement des «tutsi». Le sujet a fait surface en avril 2006 dans les médias canadiens lors de la première visite au Canada du président Paul Kagame et quelques médias sont revenus sur lattentat contre lavion de Juvénal Habyarimana du 06 avril 1994 au Rwanda. Plusieurs hypothèses ont été soulevées par différents auteurs, chercheurs et spécialistes qui sintéressent à cette région africaine. Filip Reyntjens y a même consacré tout un livre où il développe plusieurs scénarios. Une campagne soutenue surtout par les partisans et les alliés de lancien régime dictatorial déchu, attribue lattentat contre lavion de Habyarimana au Front Patriotique Rwandais (F.P.R). Dautres observateurs et analystes crédibles en sont arrivés à la conclusion selon laquelle, l'attentat contre lavion présidentiel aurait été commis par les proches du Président Juvénal Habyarimana avec la complicité des militaires français en poste à Kigali.
Daprès Colette Braeckman, du journal Le Soir, «selon plusieurs sources concordantes, ce sont deux militaires du D.A.M.I le Détachement d'Assistance Militaire à l'Instruction qui aurait abattu lavion » (1) Jusquà maintenant les opinions divergeaient sur les motifs qui auraient poussé les autorités françaises à sacrifier leur allié, en l'occurrence Juvénal Habyarimana, et voilà que l'hypothèse dune erreur de cible vient étayer cette piste longtemps considérée comme plus plausible.
Avant dentrer dans le vif de ce sujet, il est essentiel de jeter un regard sur les événements qui lont précédé et surtout de les placer dans leur contexte historique. Nous tenons damblée à réfuter largument en vogue selon lequel, cest lassassinat du président Juvénal Habyarimana qui a causé le génocide de 1994 au Rwanda. Comme nous le verrons, le projet dextermination des «tutsi» avait été élaboré longtemps en avance, par un groupe dextrémistes «hutu» avec la bénédiction de Juvénal Habyarimana lui même. Il avait été mis en essai graduellement par des massacres ponctuels ciblant des «tutsi» et ce sur une période de trois décennies et depuis les années 1960. Cela a permis à la masse populaire «hutu» de sanesthésier psychologiquement contre toute pitié vis-à-vis de leurs pseudo ennemis historiques : les «tutsi». Ces derniers étaient déshumanisés ouvertement par les extrémistes «hutu» dans leur discours haineux, au point dêtre désignés comme des cancrelats, des serpents,
une espèce nuisible à éliminer ! A la veille du paroxysme davril à juillet 1994, toutes les conditions avaient été réunies ! La logistique du «Travail» macabre avait été apprêtée : des machettes, des grenades, des fusils, des véhicules de transport, des bulldozers
; grâce notamment à la coopération militaire française, les ressources humaines avaient été entraînées : des miliciens Interahamwe, des escadrons de la mort, des unités spécialisées de larmée et la gendarmerie ; une radio destinée à propager la haine avait été mise en place,
bref tout avait été minutieusement préparé.
La mort de Juvénal Habyarimana a servi de prétexte pour mettre en uvre un plan préconçu. Lécrasement de lavion présidentiel a été une occasion propice pour les extrémistes «hutu». Comme nous le verrons plus loin, dans leur plan diabolique, un attentat sensationnel était de toute évidence un élément essentiel destiné à accélérer lélimination systématique des «tutsi» et des «hutu» qui en feraient lobstacle. Lironie du sort est que le parrain de ce piège diabolique en a été lui-même la victime de première heure ! Nous tâcherons plus loin de dénouer et élucider ce complot qui a plongé ce petit pays dAfrique centrale dans une longue nuit ténébreuse, sous le regard passif de la communauté internationale. Les rwandais ne sont pas une espèce humaine unique en leur genre. Sous dautres cieux, dautres chefs dEtat en fonction ont été assassinés: John F. Kennedy des Etats-Unis dAmérique en 1963, Anouar El Sadate dEgypte en 1981, Samora Machel du Mozambique en 1986, Thomas Sankara du Burkina Faso en 1987, pour ne citer que ceux-là. Tous ces chefs dEtat ont été assassinés dans lexercice de leur fonction et ils étaient populaires ! Si leur mort na pas déclanché de massacres dans leur pays respectifs, cest parce quil ny avait ni projet préconçu ni dispositif préétabli à cet effet. La mort dun chef dEtat, de quelque trempe quil soit ne peut ni déclencher ni justifier lextermination dune partie de la population de son pays. Dans le cas du Rwanda, les tenants de ce discours révisionniste se retrouvent parmi les partisans du régime déchu, les génocidaires en cavale, leurs proches, et leurs sympathisants.
Lattentat contre lavion présidentiel est brandi sur la scène publique pour tenter de faire oublier les horreurs dont la condamnation sans équivoque est unanimement exprimée par des citoyens du monde entier. Pendant toute une décennie, les tentatives de justifier linjustifiable génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu» modérés se sont avérées infructueuses. Les prétextes nont pas manqué : la défense des acquis de la révolution, la colère populaire, la protection de la démocratie
Toutes ces diversions évoquées se sont avérées vaines, face à la multiplicité des fosses communes éparpillées à travers tout le pays ! Les preuves accablant du génocide ont été difficiles, voire impossible à dissimuler. Lévocation de lattentat contre lavion présidentiel comme élément «déclencheur» du génocide est une désorientation distrayante, choisie délibérément par les génocidaires et leurs parrains. A défaut de pouvoir effacer les images terrifiantes de plus dun million dhumains exterminés en trois mois, ces marchands dillusion sactivent à semer le doute dans les esprits. Cest dans cette même logique que le mot «double-génocide» est entré dans le décor de leur discours faisant place à celui de «massacre interethnique» jusqualors utilisé (faussement aussi) par les mêmes révisionnistes. Cette gradation terminologique nest pas gratuite. Le «mentez, mentez, il en restera quelque chose» est désormais leur mode daction pour tenter datténuer le choc insupportable que le génocide des «tutsi» suscite encore jusquaujourdhui. Leur aventure savère dautant plus aisé que le temps écoulé a amorti un peu le choc créé par les images presque instantanément diffusées en 1994 sur plusieurs chaînes de télévisions internationales.
Bien plus, leur mensonge habilement embelli et quils propagent tous azimut, concerne un drame qui a eu lieu au cur du continent africain, dans un petit pays dont lhistoire et le contexte sont peu connus par la grande partie de lopinion ciblée. Lappui de taille aux négationnistes est venu cependant du silence de certains intellectuels occidentaux dont «la bonne conscience relève du mépris pour les victimes comme pour les bourreaux, amalgamés dans un même racisme à lencontre des africains et des noirs en général» (2)
Dans les lignes qui suivent, nous essayerons de décortiquer les contours et les dessous des acteurs invisibles qui ont laissé plus dun million de leurs compatriotes dans des fosses communes au Rwanda. Ces bourreaux dhier qui, après sêtre mystérieusement dispersés dans la nature, se sont métamorphosés en «honnêtes» citoyens, militant pour les droits humains et la démocratie ! Après seulement une décennie, ils tentent par tous les moyens de se disculper en se faisant passer pour des victimes !
2. Un coup dil sur lhistoire
Tous ceux qui sintéressent à lévolution récente du Rwanda et à son histoire saccordent unanimement sur le fait que le pouvoir en place dès son accession à lindépendance se basait sur une politique ethnique qui prônait la primauté des «hutu majoritaires». Cette politique discriminatoire établie au détriment des «tutsi» a servi de plate forme pour les deux républiques qui se sont succédées au pouvoir au Rwanda depuis juillet 1962. En vertu de cette politique, les «tutsi» qui, pourtant étaient des citoyens rwandais à part entière, se sont vus attribuer un quota arbitraire et immuable, peu importe lévolution démographique. Cest ainsi quils se sont retrouvés du jour au lendemain condamnés à un rang secondaire, voire marginal dans tous les secteurs de la vie : ladministration, léducation, larmée
Leur exclusion avait été instaurée en raison de leur pseudo appartenance à «lethnie minoritaire». Il y a lieu de rappeler que le vocable «ethnie» en vertu duquel les «tutsi» avaient été condamnés à une minorisation perpétuelle dans leur propre pays, na pas de répondant réel au Rwanda.
En effet, aucun critère de définition du terme «ethnie» ne sapplique au pays des mille collines (surnom du Rwanda).Tous les citoyens de ce pays parlent la même langue, il ny a jamais eu aucune portion territoriale occupée exclusivement par tel ou tel groupe social. Et même les distinctions morphologiques : comme la forme du nez, la physionomie, la taille
ne tiennent pas debout ! (Quand bien même elles continuent encore de meubler limaginaire des partisans de ce racisme de fabrication coloniale belge).
Si lors du peuplement initial (environ dix siècles avant larrivée des premiers européens) il y aurait eu des groupes distincts, le mode de vie sociale adoptée, les défis confrontés, les mixages matrimoniaux, les joies et les peines partagées au cours dune longue lhistoire commune
tout avait permis aux rwandais, de constituer une société homogène, un peuple uni et solidaire. Ils formaient incontestablement une nation bien organisée, à laquelle ils se sentaient tous attachés et dont ils étaient profondément fiers.
A larrivée des premiers européens à la fin du 19 ième siècle, le Rwanda était un royaume constitué en état au sens moderne du terme. Sa population était parfaitement consciente de son appartenance à une même nation. Lévocation des termes «umu-tutsi» (3) «umu-hutu», «umu-twa» ne faisait référence quau rang social (sans aucun esprit danimosité), signifiant respectivement : riche, pauvre et marginal. A cette époque, les vaches étaient considérées comme des objets de valeurs, symbolisant la richesse. Cependant les rwandais changeaient allègrement de rang, passant du groupe des «tutsi» (riches) à celui des «hutu» (pauvres) ou inversement, dépendamment de laccroissement ou la perte de leur cheptel. Etant donné que les vaches étaient obtenues en guise de dot pour lobtention de la main dune fiancée, un homme rwandais «tutsi» ou «hutu» qui avait beaucoup de filles pouvaient sattendre à devenir «Umutunzi» signifiant littéralement : «un possesseur » (comprenez bien : un propriétaire de vaches).
Suite à lévolution sémantique survenue au fur des années, le terme «Umu-tunzi» était devenu «umu-tutsi». A cette époque des vaches soffraient entre citoyens en guise damitié. Cet «objet de richesse» aux multiples utilités quétait la vache, loin de semer la discorde, servait plutôt à tisser des liens au sein de la population. Dans la coutume rwandaise, loctroi (toujours gracieux) dune vache est dailleurs jusquà nos jours évoqué en public avec fierté par le bénéficiaire, pour venter lattachement indéfectible qui lunit à son pourvoyeur. Les vaches étaient également octroyées par le roi aux rwandais, («hutu», «tutsi» ou «twa») qui faisaient preuve de bravoure dans des guerres de conquête. Elles étaient remises également à titre de récompense aux artistes (par exemple : des poètes) à la publication dune uvre retentissante.
Le cas le plus connu dans lhistoire du Rwanda est celui du poète Nyakayonga qui, à la publication de son célèbre poème «Ukwibyara» a reçu en récompense du roi Mutara II Rwogera, trente têtes de bovins! Les éleveurs étaient assez nombreux et le mode daccès à cet objet de richesse dalors que constituait la vache était ouvert à tous. Par ailleurs, les expériences acquises au fur des années avaient permis aux rwandais de se placer parmi les peuples éleveurs de grande renommée. Leurs techniques délevage permettaient aux nouveaux acquéreurs de bovins dagrandir leur troupeau et de se hisser ainsi dans le rang des «aba-tunzi» (propriétaires de vaches) après quelques années.
Quant aux relations sociales, les métissages et les liens matrimoniaux étendus sur une très longue période avaient permis aux rwandais de transcender les soi-disant différences «ethniques» que les colonisateurs belges persistaient à percevoir en sinspirant faussement de la dualité raciale de chez eux entre les wallons et les flamands.
La notion d«ethnie» a été artificiellement collée aux composantes sociales de la société rwandaise par ladministration coloniale belge dans sa politique qui consistait à diviser pour régner. La société traditionnelle rwandaise dont les valeurs issues de son génie avaient permis une coexistence harmonieuse et pacifique entre ses citoyens, sans nulle trace de guerre «interethnique» depuis plusieurs millénaires a fini par succomber aux caprices nocifs des colonisateurs et des dirigeants de léglise catholique qui servaient leurs propres intérêts. Lon peut affirmer sans risque de se tromper que lethnicisation de la population est la principale cause qui a semé la zizanie entre les rwandais.
Linstitutionnalisation des distinctions «ethniques» forgées par les belges a mis définitivement fin à la permutation des rangs sociaux dantan. Par ailleurs, les membres de ces groupes constitués se sont vus attribuer une carte didentité à mention «ethnique» et depuis lors, leur identification était enregistrée et archivée dans des bureaux administratifs pour en pérenniser lexistence. Cette malheureuse décision politique était comme une bombe à retardement dont lexplosion fera plus dun million de victimes. Les «identités ethniques» serviront désormais de référence dans la gestion politico-sociale du pays et cela aura des conséquences désastreuses. Dans lesprit des rwandais, laccommodation à ces distinctions sera aussi facilitée par la référence patrilinéaire profondément ancrée dans lesprit des rwandais. Traditionnellement, ces références se faisaient au sein des clans et ceux-ci regroupaient aussi bien des «hutu», des «tutsi» que des «twa». Dans cette société sans écriture, la référence à la lignée paternelle permettait de retracer sa généalogie jusquà lancêtre éponyme. Lors des liaisons matrimoniales, cette structure était destinée à éviter des mixages consanguins, susceptibles doccasionner la dégénérescence et même lextinction du peuple entier.
Les théories racistes basées sur les notions de «minorité» et de «majorité» instaurées et appliquées abusivement aux «ethnies» qui nen étaient pas, voilà la source du mal qui a détruit le tissu social rwandais! Ces cercles pseudo «ethniques» dans lesquels les rwandais ont été enfermés, serviront de terroir de heurts qui auront des conséquences irrémédiables. Lantagonisme entre «hutu» les «tutsi» a été imaginé, créé, alimenté et entretenu dans lintérêt du colonisateur et de lEglise catholique. Conçue comme une stratégie de lutte contre le pouvoir monarchique, la haine raciale semée au Rwanda a pris des ramifications qui dépasse lentendement. Certains rwandais, (pourtant hautement diplômés), poussant la haine à lextrême, iront jusquà nier lhumanité de leur concitoyens «tutsi» !
Curieusement, au milieu de cette lutte fratricide provoquée et qui a pris des dimensions alarmantes en 1959, ladministration belge était appelée à jouer un rôle darbitre attitré, en raison du mandat tutélaire sur le Rwanda reçu de la Société des Nations, au lendemain de la première guerre mondiale.
Cest une réalité déconcertante que des incendiaires de la veille aient eu à jouer le rôle de pompiers ! Pour ramener le calme dans le pays qui était déjà à feu et à sang, la Belgique a dû dépêcher sur les lieux, un résident spécial en la personne du colonel Guy Logiest pour mettre fin à la violence qui faisait rage entre les deux «groupes ethniques». Sur conseil de Mgr André Perraudin, alors archevêque de Kabgayi, le colonel Guy Logiest a pris ouvertement parti en faveur des «hutus ». Son attitude a été déterminant pour la suite des événements, comme il lavouera longtemps plus tard dans son livre : «Mission au Rwanda, un blanc dans la bagarre hutu-tutsi» (4).
Lengagement de ladministration belge et de lEglise catholique en faveur de la « majorité ethnique hutu» a créé un rapport de force nettement déséquilibré, mettant ainsi en péril toute possibilité dune solution consensuelle entre les parties en conflit. Avant même lintervention musclée de la puissance tutélaire, le Rwanda était tombé profondément dans une longue nuit ténébreuse en août 1959, avec la mort suspecte du roi Mutara III Rudahigwa qui était alors incontestablement un leader charismatique, en qui toutes les couches de la population rwandaise dalors avaient confiance. Deux ans plus tard, cest un referendum tenu dans des conditions inadéquates (et dont les résultats ont été très contestés) qui mettra fin à la monarchie. Daucuns pensent que cette institution vieille de plusieurs siècles ne méritait pas une fin aussi brutale, ne fut-ce que par égard pour son rôle dans lhistoire de ce pays. Une monarchie constitutionnelle, (disposant dun pouvoir purement symbolique), aurait permis au Rwanda, à cette époque-là, de moderniser ses institutions politiques tout en sauvegardant son riche patrimoine culturel, dans lequel tous les rwandais se retrouvaient. Le pire cauchemar de cette période sombre de lhistoire de ce pays a sans doute été lexplosion exponentielle de la violence dans laquelle plusieurs milliers de personnes, essentiellement des «tutsi», mais aussi beaucoup de «hutu» royalistes ont trouvé la mort. Les survivants nont pas eu dautres choix que de prendre le chemin de lexil, en fuyant un massacre ciblé dont ils faisaient lobjet.
Après lindépendance du Rwanda en juillet 1962, les considérations discriminatoires héritées de la période coloniale ont été renforcées, entretenues et longuement exploitées par le régime «hutu» au pouvoir pendant la première décennie qui a suivi lindépendance. Par ailleurs, cette période a été caractérisée par une instabilité du point de vue de la sécurité. Etant pris pour cible en représaille à chaque tumulte sociopolitique (rébellion, grèves scolaires, coup détat
) les simples citoyens «tutsi» de lintérieur du Rwanda qui survivaient à chaque nouvelle vague de persécution, finissaient par se résigner à deux choix pénibles : La soumission ou lexil. Cette période dinstabilité et daccalmie sur fond de menace et de persécution continuelle des «tutsi» a marqué toute la durée de la première république qui sest étendue sur dix ans.
Une vague de répression de grande envergure ciblant les «tutsi» a été reprise en 1973, pour camoufler la mauvaise gestion et le favoritisme qui avait suscité la grogne à travers le pays. A cette époque, plusieurs centaines de milliers de «tutsi» ont été chassés de la fonction publique et du secteur privé, dautres ont été forcés de quitter des établissements secondaires et universitaires. Il y a eu aussi plusieurs assassinats à léchelle du pays, notamment dans des écoles situées à Gitarama, non loin des résidences du président Grégoire Kayibanda et de larchevêque de Kabgayi, André Perraudin, qui pourtant étaient les deux personnalités les plus influentes du pays à lépoque. Les assassinats et les pillages de biens qui les ont accompagné nont fait lobjet daucune poursuite. Les massacres à répétition ciblant les «tutsi» seront par la suite signalés comme de simples «événements» dans les manuels dhistoire enseignée dans des écoles du Rwanda.
Cet euphémisme inapproprié, choisi délibérément pour qualifier les tueries visant des «tutsi» a contribué grandement à cultiver un sentiment de non culpabilité dans lesprit de la masse populaire «hutu». Par ailleurs, les «tutsi» étant continuellement désignés comme des «ennemis du pays», leur assassinat a fini par être considéré comme un acte dhéroïsme, ou un geste de patriotisme ! Le moins que lon puisse dire, cest quil ne sagissait pas dun crime passible dune quelconque sanction ! Cest dans ce climat de grogne populaire et de violence ciblant les «tutsi» que Juvénal Habyarimana a accédé au pouvoir en juillet 1973, à la faveur dun coup détat militaire, se présentant comme un pacificateur et libérateur du pays.
Malgré une accalmie relative et une stabilité qui ont caractérisé la majeure partie du régime de Juvénal Habyarimana, les «tutsi» du Rwanda sont restés par la force des circonstances, des apatrides déguisés, des sortes de «demi-citoyens» ! Leur discrimination a été poursuivie et même officiellement institutionnalisée à travers une politique dite «déquilibre ethnique».
En vertu de cette politique, cétait considéré comme normal quaucun «tutsi» ne soit nommé : bourgmestre, préfet ou ambassadeur. Ils étaient systématiquement exclus de tous les postes politiques du pays. Le président Juvénal Habyarimana a fini toutefois par concéder une exception à la règle quil avait établie. En effet, au sein de son cabinet, il prit lhabitude de nommer, à titre symbolique, un seul ministre «tutsi», occupant généralement une fonction insignifiante ou un ministère de moindre importance. La population «hutu» sétait accommodée à cette marginalisation des «tutsi » qui sétendait à tous les secteurs du pays.
Ces citoyens de seconde zone quétaient les «tutsi » partageaient profondément le rêve davoir un jour, un pays où ils vivraient en toute sécurité et jouiraient pleinement de leurs droits au même titre que dautres rwandais. Cependant, compte tenu de la menace qui pesait en permanence sur eux, ils ne pouvaient oser lever le petit doigt pour dénoncer linjustice dont ils faisaient lobjet. Certains «hutu» modérés étaient dailleurs écoeurés par cette situation pénible dans laquelle vivaient leurs compatriotes «tutsi». La crainte fondée des «tutsi» éclatera au grand jour au lendemain de loffensive militaire du F.P.R lancée le 01 octobre 1990 au Nord Est du Rwanda. A cette époque, plusieurs honnêtes citoyens de toutes les catégories (fonctionnaires, commerçants, enseignants, religieux
) furent gratuitement jetés en prison sous prétexte quils étaient des complices des rebelles. Par la même occasion, deux villages entiers furent rasés par larmée gouvernementale de Habyarimana : le village des bahima au nord-Est, et celui des bagogwe au Nord-Ouest. Ces massacres ont été vivement dénoncés par plusieurs organisations de défense des droits de lhomme. Depuis cette période, la situation sest détériorée de plus en plus, et ce fut le début dun long calvaire pour les «tutsi» de lintérieur du Rwanda.
Dans un communiqué rendu public en 1992 sur les ondes de la radio nationale par lEtat-major des Forces Armés Rwandaise, les «tutsi» furent désignés ouvertement comme «ennemis du pays». La plupart des problèmes évoqués par le F.P.R seront plus tard repris par des citoyens de lintérieur du Rwanda, à la naissance des partis dopposition légalisés en 1991, sous la pression internationale. Plusieurs rwandais y adhérèrent et trouvèrent ainsi une tribune où ils dénonçaient les dérives du régime totalitaire de Juvénal Habyarimana. Signalons également que la discrimination dont faisait officiellement lobjet les «tutsi», constituait entre autres, lune des revendications du Front Patriotique Rwandais (F.P.R) au cours de la guerre qui lopposait au régime dictatorial de Juvénal Habyarimana.
Il est important de mentionner que cette rébellion militaire du F.P.R est née principalement de la frustration des réfugiés rwandais qui, pendant une trentaine dannées, sétaient vus catégoriquement refuser le droit légitime de retourner dans leur pays natal, alors que certains dentre eux avaient fait lobjet dune persécution sanglante dans les pays où ils avaient trouvé refuge, notamment en Uganda sous le régime de Milton Obote. Parallèlement à loffensive du F.P.R, un grand mouvement dopposition au régime de Juvénal Habyarimana a vu le jour et il a été soutenu par beaucoup de rwandais de lintérieur qui avaient longtemps aspiré passivement au changement du pouvoir dictatorial de la deuxième république.
Face à une forte pression politico-militaire et une contestation sociale grandissante, le régime de Juvénal Habyarimana a préféré la radicalisation au changement démocratique réclamé par ses opposants. Il a entrepris une manipulation de l«ethnisme» pour occulter les problèmes évoqués par les partis dopposition tout en ciblant les «tutsi» comme des boucs émissaires.
La faction extrémiste «hutu» proche de Juvénal Habyarimana a fini par avoir le dessus sur toutes les initiatives de bonne volonté qui tentaient de trouver une solution pacifique aux problèmes du Rwanda. Comme dans le passé, la menace de lextermination des «tutsi» fut choisie à nouveau, à la fois comme une arme de dissuasion de la rébellion armée et une stratégie de ralliement de la masse «hutu» à la cause des durs extrémistes proches du président Juvénal Habyarimana. Les massacres commis impunément dans les années précédentes furent désormais évoqués publiquement, pour encourager la violence envers les «tutsi». Lidéologie génocidaire fut prêchée au grand jour sous le regard tolérant du gouvernement et le silence complice de la puissante Eglise catholique. C'est dans ce cadre que se situe le tristement célèbre discours haineux prononcé en 1992 à Kabaya, par Léon Mugesera. Ses propos lui ont valu dailleurs une sentence de culpabilité, dans un jugement unanime prononcé par les juges de la Cour Suprême du Canada en 2005.
Les extrémistes «hutu» étant à lépoque les principaux meneurs politiques et les seuls détenteurs du véritable pouvoir à Kigali, linéluctable fin du règne de Juvénal Habyarimana qui sannonçait déjà, allait saccompagner de la tentative de réaliser la menace jadis brandie par le père de la «révolution hutu». La prédiction on ne peut plus claire était contenue dans le discours, rendu célèbre par son slogan: «Qui est génocide ?», prononcé le 11 mars 1964, par le président du Rwanda de lépoque, Grégoire Kayibanda. En voici lextrait «
à supposer par impossible que vous veniez à prendre Kigali dassaut, comment mesurer le chaos dont vous seriez les premières victimes ? Je ninsiste pas : vous le devinez, sinon vous nagiriez pas en séides et en desserts ! Vous le dites entre vous : Ce serait la fin totale et précipitée de la race tutsi » (5)
Malgré les multiples revers essuyés militairement sur terrain pendant quatre ans de guerre acharnée, le régime de Kigali continuait de faire planer le spectre de lextermination définitive des «tutsi», pour dissuader les troupes du F.P.R et ce, en comptant sur linconditionnel appui militaire de François Mitterrand. Comme lavait fait la Belgique 34 ans auparavant, la position du président français en faveur du régime dictatorial de Juvénal Habyarimana poussera les extrémistes «hutus» à lorgueil et lintransigeance, ratant ainsi loccasion historique de faire la paix et de permettre aux rwandais denterrer définitivement la hache de la guerre.
3. Un contexte de vive tension
On se souviendra que l'assassinat du président Melchior Ndadaye du Burundi (pays voisin du Rwanda) en Octobre 1993 avait irrité des extrémistes rwandais partisans de lidéologie raciste dite "hutu power" qui prétendaient alors avoir perdu un allié de taille. Plusieurs «tutsi» du Rwanda en ont d'ailleurs fait les frais à cette époque dans une vague de répression ciblée, destinée à venger un président «hutu», notamment dans la région de Bugesera et dans plusieurs quartiers de la ville de Kigali. Dans un mémorandum rendu public en juillet 1999, Félicien Kanyamibwa semble justifier ces violences envers les «tutsi» du Rwanda, car selon lui «
les événements survenus au Burundi voisin, avec l'assassinat du premier Président Hutu démocratiquement élu M. Melchior Ndadaye, en octobre 1993, par l'armée mono-ethnique tutsi, ont été vivement ressentis au Rwanda comme une tentative de la minorité Tutsi de faire échec à la démocratie
» ! (6)
Dès lors, les planificateurs du génocide des «tutsi» au Rwanda ont cherché à instrumentaliser et exploiter ce sentiment de révolte suscité par lassassinat du président burundais Melchior Ndadaye.
Comme mentionné précédemment, depuis 1959, les citoyens «tutsi» étaient habitués à subir des représailles, surtout quand des réfugiés rwandais vivant dans les pays limitrophes, tentaient un coup de force vis-à-vis du pouvoir en place au Rwanda. Entre 1963 et 1964 le massacre des «tutsi» fut même qualifié « dactes de génocide» par la radio vaticane. Au cours de trois décennies, ces violences envers les «tutsi» avaient occasionné des milliers dassassinats, des pillages de biens matériels et avaient forcé plusieurs centaines de milliers dhommes et de femmes à chercher refuge à lextérieur du Rwanda.
Comme mentionné plus haut, ces crimes navaient jamais fait lobjet daucune poursuite policière ou judiciaire de la part des divers gouvernements «hutu» qui se sont succédés. Cette impunité est lune des causes principales qui explique la participation massive au génocide des «tutsi», des paysans «hutu» rassurés davance de la non poursuite de leurs crimes.
On peut noter cependant que cétait la première fois dans lhistoire de ce pays que ces exactions étaient perpétrées contre les «tutsi» rwandais pour venger un citoyen étranger, mort à lextérieur du Rwanda, assassinés par des non rwandais, sous prétexte quil était «hutu», en loccurrence le Président Melchior Ndadaye du Burundi. Alors que les extrémistes «hutu» accusaient le Front Patriotique Rwandais (F.P.R) de vouloir ériger un empire régional «hima-tutsi», leurs agissements de lépoque laissent croire que dans leur pensée, le Rwanda et le Burundi constituaient un «hutuland» à protéger à tout prix ! Daprès les tenants du discours haineux de lépoque, cet eldorado «hutu» peuplé de «bantu» francophones était menacé par des envahisseurs nilotiques anglophones ! Si insensé que puisse paraître cette rhétorique raciste et purement fantasmatique, elle a trouvé une oreille attentive chez les «Mitterand» (pour reprendre lexpression de Pascal Krop). Le ridicule ne tue pas, dit-on mais au Rwanda, il a fait des ravages en 1994 !
4. Une improbable mise en uvre des accords dArusha.
Sestimant lésé par le partage du pouvoir issu des accords dArusha (7) quil qualifia de «ibipapuro» (signifiant littéralement : chiffons de papiers) devant ses partisans, le Président Juvénal Habyarimana avait commencé à entreprendre de multiples manuvres pour empêcher la mise en place du gouvernement de transition à base élargie. Sous légide de la Mission des Nations Unies pour lAssistance du Rwanda (MINUAR) déployée depuis novembre 1993, les tractations officielles allaient bon train pour tenter de mettre en uvre les accords dArusha signés le 4 août 1993. Dintenses négociations étaient en cours pour constituer un gouvernement de transition à base élargie dans lequel le Front Patriotique Rwandais (F.P.R) et les partis dopposition de lintérieur devaient occuper plusieurs portefeuilles.
Cependant, parallèlement aux efforts qui devaient aboutir à la paix, une redoutable machine de la mort était en train de se peaufiner sous la secrète direction du Colonel Théoneste Bagosora. Ce dernier présumé cerveau du génocide des «tutsi» de 1994 au Rwanda est actuellement incarcéré à Arusha en Tanzanie où il est poursuivi pour ses crimes. Le même Colonel Bagosora aurait par ailleurs affirmé à lissu des pourparlers dArusha en Août 1993 quil allait préparer une «apocalypse» pour les «tutsi».
Alors que des assassinats sporadiques étaient signalés à la MINUAR presque tous les jours, les planificateurs du génocide cherchaient visiblement un signal suffisamment fort pour mettre en marche leur machine infernale qui était disposée à tuer mille Tutsi toutes les dix minutes !
Pour survolter la situation très tendue, la tristement célèbre Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) a mentionné à lépoque dans lune de ses émissions incendiaires, limminence de lassassinat du Président Juvénal Habyarimana ! Cette information dangereusement retentissante dans un climat déjà tendu cachait en effet un complot politico-diabolique des extrémistes «hutu».
5. Lattentat contre Juvénal Habyarimana : un complot, un piège, une erreur
!
Daprès le Lieutenant-général Roméo Dallaire dans son livre «Jai serré la main du diable» (8), lexistence dun plan génocidaire a été portée à sa connaissance par un informateur quil surnomme «Jean-Pierre». Ce dernier avait discrètement décidé de révéler lexistence de ce plan et dénoncer ses collègues extrémistes «hutu». En contre partie, il sollicita auprès du commandant des casques bleus de la MINUAR, son évacuation en compagnie de sa famille vers un pays occidental. Après une vérification minutieuse des révélations obtenues, notamment la localisation des caches darmes, le commandant en chef des casques bleus avait trouvé ces informations si crédibles et préoccupantes quil décida den informer ses supérieurs hiérarchiques à lO.N.U. Hélas, cette dernière fit sourde oreille à lalerte reçue et ne réagit pas adéquatement.
Les planificateurs du génocide des «tutsi» ont décidé de passer à laction et en envisageant de perpétrer un assassinat sensationnel qui devait leur permettre daccélérer ce quils appelaient alors la solution finale, cest-à-dire lextermination totale des «tutsi» se trouvant à lintérieur du Rwanda. La cible désignée à l'époque fut le chef d'état major du Burundi, le colonel Jean BIKOMAGU. Celui-ci, était alors soupçonné d'être le principal instigateur de l'assassinat du Président Melchior Ndadaye.
Avec le recul, lon voit que les concepteurs de ce complot pensaient faire dune pierre deux coups : cest-à-dire venger le président Melchior Ndadaye et simuler une tentative dassassinat du président Habyarimana quils devaient attribuer au Front Patriotique Rwandais (F.P.R). Par ailleurs, ce geste aurait été suffisamment grave pour justifier larrêt de la mise en uvre des accords de paix signés en août 1993 à Arusha en Tanzanie.
L'agenda de la réunion de Dar-es-Salaam du 6 avril 1994 qui initialement devait porter sur la mise en place du gouvernement de transition au Rwanda, conformément aux Accords d'Arusha avait été élargi aux problèmes de sécurité de la sous-région et particulièrement du Burundi et ce, sur demande du Rwanda ! La modification de lordre du jour de cette réunion était visiblement destinée à justifier l'invitation des chefs d'état major des pays de la sous-région, surtout le colonel Jean Bikomagu, alors chef détat major du Burundi. Le président Mobutu informé du complot, aurait décidé à la dernière minute de bouder la réunion de Dar-es-salaam pour ne pas être associé à ses éventuelles conséquences.
6. Le nud fatal du complot
A l'issu de la réunion de Dar es-Salaam, le Président Cyprien Ntaryamira du Burundi qui était courtisé par le cercle des extrémistes du «hutu-power» rwandais décida, d'embarquer dans lavion du président Juvénal Habyarimana. Il aurait alors ordonné à son chef dEtat major, le Colonel Jean Bikomagu et sa délégation de se diriger à Kigali où il devait remonter à bord de son avion.
Il prétendait alors vouloir continuer les discussions avec son homologue rwandais. Pourquoi a-t-il pris cette décision ? Un chef détat improvise-t-il une visite sans raison majeure ? Une enquête plus poussée, notamment auprès dune partie des délégations burundaise et rwandaise restée en Tanzanie à lépoque pourrait peut-être éclairer davantage sur ces interrogations.
Un autre détail important : lors de cette escale improvisée, les membres de la délégation à tendance modérée, membres de l'opposition rwandaise avaient été écartés de l'avion pour céder la place à l'entourage du président Cyprien Ntaryamira. Ce dernier à son tour avait pris soin de se faire accompagner uniquement par deux ministres qui lui étaient proches lors de ce passage inattendu à Kigali. De connivence avec Juvénal Habyarimana lui-même, l'ordre aurait alors été donné par Elie Sagatwa qui était alors conseiller particulier du président, à une unité spécialisée encadrée par des militaires français du Détachement Militaire dAssistance à IInstruction (DAMI) en poste à Kigali, de tirer sur le premier avion qui amorcerait une descente sur laéroport de Kanombe. La cible désignée était l'avion burundais à bord duquel se trouvaient le Colonel Jean Bikomagu et sa délégation. L'avion de Juvénal Habyarimana se serait alors mis à tournoyer dans lair, on ne sais où, en attendant que la mission soit accomplie.
Le Chef d'Etat-major du Burundi qui avait acquiescé à la demande de son président, par pressentiment dun danger éventuel à Kigali, changea didée en plein vol et décida de désobéir. Il aurait alors ordonné à son pilote de se diriger immédiatement à Bujumbura ! Il est vrai qu'à l'époque Kigali était réputé dangereux et de surcroît pour un chef d'état major «tutsi» du Burundi qui y voyait un véritable enfer. Par ailleurs, à lépoque les rumeurs au sujet de la reprise éventuelle des hostilités à Kigali allaient bon train à Bujumbura (la capitale du Burundi) surtout dans les milieux des réfugiés rwandais.
Ainsi donc le premier avion qui amorça la descente sur laéroport de Kigali ne fut pas celui du Colonel Jean Bikomagu mais bel et bien celui du président Juvénal Habyarimana qui fut abattu suivant les consignes préétablis. Y aurait-il eu une défaillance de communication entre les tireurs placés dans la bananeraie de Masaka et leurs commanditaires? C'est fort probable, eu égard au nombre restreint de personnes impliquées dans une mission de cette nature. De toute évidence, cette délicate mission a mal fonctionné.
Au cours de son procès à Arusha, en réponse au juge du TPIR qui suspectait son rôle personnel dans lattentat, le colonel Théoneste Bagosora (présumé cerveau du génocide des «Tutsi») aurait reconnu indirectement que cest létat major des Forces Armées Rwandaises (FAR) qui avait commandé les missiles qui ont abattu lavion présidentiel ! Il a admis en effet avoir demandé la facture des dits missiles, mais il sest empressé dajouter que cétait à titre dinformation !
Colette Braeckman dans le journal Le Soir susmentionné nous apprend « quon a découvert que, peu avant l'atterrissage, la tour de contrôle de Kigali a communiqué avec léquipage, ce dernier a même parlé de la présence du président burundais sans quon le lui demande l'avion » Etait-ce une tentative ultime de communiquer avec les embusqués de Masaka par lintermédiaire dune équipe spécialisée dans linterception des communications radio ? Cest un mystère non encore élucidé, mais cest une piste à ne pas négliger!
Daprès Jean-Paul Gouteux, auteur de "La Nuit Rwandaise", un ouvrage très fouillé sur le rôle joué par la France au Rwanda, les lance-missiles qui ont abattu l'avion présidentiel avaient été placés à Masaka, un fief des partisans acharnés du président Habyarimana, tout près de l'orphelinat de sa femme (Orphelinat Sainte Agathe) un lieu difficilement accessible aux intrus. Etant donné l'heure à laquelle l'avion a été abattu, les tireurs se sont vraisemblablement placés à cet endroit au moment où il faisait encore clair. Par ailleurs, la route Kigali-Kibungo et la seule rue adjacente qui mène à Masaka étaient jonchées de barrières gardées par les Forces Armées Rwandaises (F.A.R) en état dalerte maximale à cause de la situation qui prévalait. Il est impensable que des lance-missiles puissent y avoir été acheminés par des inconnus sans être repéré par tout le dispositif de sécurité qui était en place.
Un autre élément quil serait important de clarifier est le délai du vol de Dar-es-Salaam à Kigali. En effet, entre le temps de vol normal et celui qu'a pris le Falcon 50, qui était l'avion présidentiel à cette époque, il y aurait une différence suspecte dune vingtaine de minutes. D'où plusieurs interrogations : où était-il passé entre temps? Qu'attendait-il? Pourquoi cet avion présidentiel n'est-il pas revenu immédiatement à Kigali? Si ce retard était confirmé, il constituerait un élément clé.
D'autres interrogations non moins importantes concernent la réaction de l'entourage de Juvénal Habyarimana, la garde présidentielle et les militaires français du Détachement dAssistance Militaire à lInstruction ( DAMI) en poste à Kigali, bref la gestion immédiate de laprès-attentat. Les casques bleus de la MINUAR auraient voulu sécuriser les lieux de lécrasement de lavion pour recueillir les indices qui devaient servir à lenquête, mais laccès leur a été catégoriquement interdit.
Le Lieutenant-Général Dallaire rapporte cette épisode en ces termes : «les hommes de Luc tentaient de retracer tout notre personnel du secteur de Kigali. Il avait envoyé une section de soldats belges pour assurer la sécurité du lieu de lécrasement de lavion, mais les membres de la garde présidentielle qui se trouvaient à laéroport leur en avaient refusé laccès » (9) Quest-ce qui justifie ce refus ? Quest-ce que la garde présidentielle voulait dissimuler ?
Le journal Le Soir du 6 et 7 mai 2006 nous apprend par ailleurs que dans la foulée de ces événements, trois coopérants français, le couple Didot et le gendarme Maier, (des spécialistes en communication radio) furent retrouvés ensevelis dans leur jardin, alors quils habitaient près du camp militaire de Kanombe. Il est important de signaler que cette zone était hautement sécurisée, car elle se trouvait non loin de la résidence officielle du président Juvénal Habyarimana. Quelquun se serait-il débarrassé de ces coopérants français après lexécution dune mission qui avait mal tourné et dans laquelle ils étaient des témoins encombrants ? De toute évidence leur assassinat reste mystérieux alors quils étaient dans une zone sûre où leur sécurité nétait pas du tout menacée. Jusquà ce jour, aucune enquête na été menée pour élucider leur assassinat. A moins quelle fasse partie de celle menée par le juge dinstruction Jean-Louis Bruguière. Ce serait cependant surprenant, car les investigations de ce dernier sont plus motivées par la politique que par la justice.
Le rôle troublant joué par la France par le biais de sa cellule africaine de lElysée à cette époque est grandement analysé par une commission denquête qui a été mise sur pied par des citoyens français représentés par Survie, lAssociation internationale de recherche sur les crimes contre lhumanité et les génocides, Aicrige et lObservatoire des transferts darmements, Obsarm (10)
Voir : wwww.enquete-citoyenne-rwanda.org
Par ailleurs, plusieurs publications ont levé le voile sur limplication française dans le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu » modérés au Rwanda. A linstar de Zola, le célèbre auteur de «Jaccuse», des journalistes, des intellectuels et autres chercheurs courageux ont décidé de briser le mur du silence érigé par les autorités françaises au sujet de leur implication au Rwanda. Entre autres livres, mentionnons «Le génocide franco-africain, faut-il juger les Mitterand ?» (11) de Pascal Krop ; «Rwanda, complicité de génocide» (12) de François-Xavier Verschave ; « Rwanda, un génocide français » (13) de Mehdi Ba ; «Le parcours de la honte » (14) de Jean-Claude Willame ; «Un génocide sur la conscience» (15) de Michel Sitbon ; «un génocide secret dEtat» (16) de Jean-Paul Gouteux ; «Histoire dun génocide» (17) de Collette Braeckman ;
«La nuit rwandaise» (18) de Jean-Paul Gouteux ; « Linavouable » (19) de Patrick de Saint-Exupéry ; «Imprescriptible » (20) de Géraud de La Pradelle et plusieurs autres
Ce qui révoltent le plus certains citoyens français et dautres observateurs de lorientation politique de la cellule africaine de lElysée au sujet du Rwanda, cest sa persévérance dans ses erreurs. Après la déroute militaire des forces génocidaires, le monde entier a découvert avec stupéfaction lhorreur indescriptible du génocide perpétré par les extrémistes «hutus». Contre vents et marée, le gouvernement de François Mitterrand est resté aux côtés de ces mêmes génocidaires, elle leur a ouvert ses portes tout en fermant les yeux sur leurs crimes. Le soutien de lElysée à lépoque ne sest pas limité au cadre strictement humanitaire ! «Il est vite apparu que la France était complice, de multiples manières. Elle a sciemment soutenu un régime raciste qui couvait lidéologie et les forces du génocide, puis ces forces en train de commettre labomination, avant de favoriser leur repli et leurs préparatifs de revanche. Les voix qui dénonçaient en France ce sinistre ont été vite étouffées par une chape de plomb politico-militaire et une désinformation incessante » (21)
Ayant dabord sous-estimé la capacité militaire du F.P.R, les autorités françaises de lépoque en ont eu le cur net tardivement mais malgré tout, elles ont maintenu leur position tout en essayant de sauver la face. Après avoir mal digéré la défaite de leurs alliés, ils ont décidé de poursuivre en sourdine leur lutte contre le régime du président Paul Kagame. Face aux fantômes du génocide des «tutsi» qui hantent la conscience de ses auteurs et leurs alliés, de grands moyens ont été mis en place pour camoufler ce scandale qui souille limage des puissances impliquées dans la préparation et lexécution de la pire épuration ethnique du siècle. Ce nest dailleurs pas un hasard, que jusquaujourdhui, il y a très peu dinformations sur le financement de ce génocide. Les précieuses données relatives aux sources et aux filières financières qui ont alimentés les forces génocidaires resteront difficilement accessibles tant et aussi longtemps quelles contiennent des éléments fort compromettants.
7. Abdul Ruzibiza : un recru de plus pour brouiller les pistes!
Comme nous lavons mentionné dans lintroduction, la thèse du double génocide a été choisie par des révisionnistes, en vue de tenter dalléger le poids de ce crime des crimes qui pèse lourdement sur la conscience de tous ceux qui sy sont impliqués. Lapôtre salutaire, nouvelle recru dans le gang chargée de la propagande mensongère au sujet du génocide des «tutsi » est Abdul Ruzibiza.
Etant lui-même un «tutsi», son intervention a été reçu comme un cadeau doré par les partisans de lidéologie génocidaire. Ancien militaire de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R), son livre:«Rwanda, lhistoire secrète » (22) est un véritable réquisitoire à lendroit de ses anciens compagnons darme. Depuis sa publication, les partisans du régime de Habyarimana et leurs alliés sen régalent à cur joie. Ils en ont carrément fait leur «credo» quils prêchent à tout bout de champs !
Le fait quil cite nommément des militaires de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R.) et que son récit sappuie sur une chronologie de plusieurs faits historiquement vérifiables, cela pourrait facilement leurrer un lecteur non averti. Se décrivant comme un membre du «network» du F.P.R, dans son récit, il gonfle le nombre des crimes quil attribue à ses anciens compagnons darme tout en prenant soin de ne pas divulguer son propre rôle. On dirait un ange qui décrit avec force détails les méandres dun enfer dont il est sorti miraculeusement ! Etant visiblement entré en disgrâce avec ses supérieurs militaires au point davoir été incarcéré «injustement» ; ayant perdu toute sa famille à linstar de plusieurs autres «Tutsi», Abdul Ruzibiza na rien à perdre. Dès lors, Il défoule ses ressentiments sur ses anciens supérieurs avec une virulence démesurée.
Son apparition sur la scène est classique dans des pays qui pratiquent la Common Law. En effet, cest très courant que lorsquon fait face au manque criant de preuves, on infiltre un groupe soupçonné pour solliciter les services dun délateur à qui on promet monts et merveilles. Loriginalité du scénario «Ruzibiza» est que de toute évidence, il est au service dun acteur qui croupit sous le poids des soupçons raisonnables de complicité de génocide. Il ne serait donc pas étonnant quAbdul Ruzibiza soit la source principale du juge dinstruction français Jean-Louis Bruguière. Ce dernier sactive apparemment depuis un bon bout de temps à trouver des preuves qui lui permettrait dincriminer le Président Paul Kagame. Abdul Ruzibiza ne ménage aucun effort dans sa tentative de distraire lopinion publique scandalisée par les dérapages scandaleux de la politique française au Rwanda. Labsence dautres écrits sur déroulement de la guerre dans les rangs du F.P.R lui a ouvert un vaste champ libre quil dépeint au gré de ses commanditaires tout en se déchargeant de ses frustrations personnelles. Il se livre à de véritables affabulations pour détourner lattention de lopinion publique, qui découvre de plus en plus avec stupeur, les dérapages de la guerre secrète de lElysée de François Mitterrand.
Cela nest un secret pour personne quen 1994 au Rwanda, la tournure des événements a mis dans lembarras les autorités françaises qui étaient les principaux alliés du régime de Habyarimana. La menace de lapocalypse proférée précédemment par le colonel Bagosora sest concrétisée. Plus dun million de «tutsi» et de «hutu» modérés ont été exterminés en trois mois. Mais ce qui navait pas été prévu par larmée «hutu» et ses sponsors, cest la victoire militaire du Front Patriotique Rwandais (F.P.R). Le gouvernement de François Mitterrand à lépoque a pesé de tout son poids pour contrebalancer la supériorité militaire de lArmée Patriotique Rwandaise sur terrain.
Lopération turquoise créée à la va-vite en juin 1994, sous le fallacieux prétexte dune mission humanitaire sinscrit dans cette optique. Lextermination des «tutsi» de la région de Bisesero, en plein milieu dun endroit qualifié de «Zone Humanitaire Sûre», sous la protection de larmée française démontre clairement à quel point la mission turquoise était loin dêtre de ce quelle prétendait être. En bout de ligne, les seules bénéficiaires de cette intervention française ont été les génocidaires en déroute qui, grâce à lappui militaire français ont pu échapper au feu des canons de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R)
Plus dune décennie après le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu» modérés au Rwanda, le rôle embarrassant joué par la France continue de hanter les autorités de ce pays. Le blanchiment politique opéré par la mission dinformation parlementaire dirigée par Paul Quilès nayant pas suffi à calmer les esprits scandalisés par le rôle honteux et déshonorant joué par ladministration de François Mitterrand au Rwanda, le combat contre le régime du Front Patriotique Rwandais (F.P.R) sest poursuivi en coulisse sur la scène diplomatique et ouvertement à travers des médias.
Pierre Péan dans son sensationnel pamphlet : «Noires fureurs, blancs menteurs» (23), sest illustré en premier à la pointe de cette campagne mondiale de désinformation au sujet du génocide des « tutsi». Il a aussi préfacé Charles Onana dans «Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais» (24). Se trouvent dans la même gang : Jacques Hogard qui a publié « Les larmes de lhonneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda (25) », ainsi que Robin Philpot auteur du très négationniste ouvrage : «Ça ne sest pas passé comme ça à Kigali » (26).
Gil Courtemanche, auteur du célèbre roman «un dimanche à la piscine à Kigali » (27) a révélé avoir été approché, pour faire parti de ces auteurs qui ont troqué leur nom et leur dignité pour masquer la vérité au sujet du génocide de 1994 au Rwanda. «Moi jai refusé, mais je sais quil y en a dautres qui ont accepté et je nen dirai pas plus » (28) a ajouté le célèbre journaliste québécois lors dune séance de questions.
Les allégations du lieutenant Abdul Ruzibiza que certains médias français et les milieux proches de lancien régime rwandais relayent avec beaucoup déclat sinscrivent dans le cadre de cette même vague de manipulation de lopinion publique. Cette «croisade» médiatique est ouvertement destinée à désorienter tous ceux qui ont été stupéfait par le génocide de 1994 au Rwanda. Il n'est nullement besoin de sétonner que le momentum ciblé par cette campagne de désinformation coïncide avec la commémoration annuelle du génocide des «tutsi» et le massacre des «Hutu» modérés. La stratégie consiste à détourner toute lattention sur lécrasement de lavion de Juvénal Habyarimana.
Le fait que Mr Ruzibiza accuse lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R) de navoir pas secouru et protégé les siens, laisse penser quil a des comptes personnelles à régler vis-à-vis des ses anciens compagnons darme. Il formule des accusations très sévères à lendroit du Président Paul Kagame qui était alors commandant en chef de lArmée Patriotique Rwandaise. Selon lui, des unités spécialisées auraient dues être mises sur pied pour protéger les civils «tutsi» de lintérieur du Rwanda. Il affirme cependant que la stratégie de lA.P.R consistait à se concentrer sur des cibles militaires. Cet aveu a le mérite de reconnaître implicitement le caractère propre de la guerre que menait le F.P.R, contrairement à ses adversaires qui se livrait au massacre des civils innocents quils étaient sensés protéger en tant que gouvernement.
Daprès Abdul Ruzibiza, le F.P.R aurait dû mettre en place une stratégie préventive des massacres par le biais de plusieurs sections mobiles composées par de petits groupes commandos. Signalons en passant que cette tactique de sauvetage a été mise en uvre notamment dans la ville de Kigali, mais elle a abouti à des résultats mitigés ! Ces petits groupes dintervention rapide se déplaçant souvent la nuit, se sont heurtés à plusieurs reprises et à divers endroits à la sourde oreille des survivants terrorisés et retranchés dans leurs cachettes, car ils ne pouvaient pas faire la différence entre les sauveteurs et les bourreaux. Quelques uns ont été sauvés des griffes de leurs prédateurs, mais le défi était de les faire parvenir dans un lieu sécurisé qui était dans la zone contrôlée par le F.P.R. situé au nord-Est de la Ville de Kigali jusquen mai 1994. Des témoignages à ce sujet sont très nombreux parmi les survivants du génocide de la ville de Kigali.
Lopération qui a spectaculairement réussie est celle effectuée à lEglise Sainte-Famille et non sans risques ! En effet, au lever du jour, les évacués étaient encore dans la vallée située entre Gacuriro et Gisozi, en pleine zone ennemie et ce parce que certaines personnes évacuées ne pouvaient pas maintenir le rythme de marche que cette opération imposait. Ces gens évacués doivent leur survie à la ténacité et la détermination des soldats du F.P.R qui se sont battus vaillamment pour franchir la ligne de démarcation qui les séparait des Forces Armées Rwandaises (FAR). Par ailleurs, au lendemain de cette opération, des survivants qui navaient pas suivi le F.P.R ont été pris pour cible par les miliciens et les militaires gouvernementaux. Si aujourdhui une analyse tranquille et rétrospective des événements, peut aller dans le sens de certaines idées stratégiques préconisées par Abdul Ruzibiza, il nen était pas de même en 1994.
Force est de reconnaître que le Général Paul Kagame, sest retrouvé au moment crucial de la guerre, dans lobligation dopérer des choix difficiles et ce en face de deux éléments essentiels qui lui échappaient totalement à lépoque, à savoir : la menace dune dintervention rapide de larmée française aux côtés des forces génocidaires et la capacité réelle de la machine infernale du Colonel Bagosora et ses hommes. Qui aurait imaginé la possibilité matérielle dexterminer un million dhumains en trois mois ? Les seules personnes à condamner dans la circonstance sont les génocidaires qui sen sont pris aux enfants, aux femmes aux hommes innocents, simplement parce quils étaient des «tutsi» ou leur étaient assimilés. Etant donné qu Abdul Ruzibiza pourrait être aujourdhui à la solde des services qui ont joué un rôle de complicité on ne peut plus troublant dans le génocide des «tutsi», cela suscite beaucoup de suspicions sur sa crédibilité.
Cest pour cela quil y a lieu de mettre un grand bémol à ses propos. Ses allégations sont fort douteuses dans la mesure où il ne fournit pas de preuves convaincantes, hormis la connaissance quasi parfaite de la liste nominative des commandants de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R) et sa structure organisationnelle. A chaque description du déroulement des hostilités, il sarrange pour y ajouter un décor macabre et arbitrairement chiffré des crimes quil attribue nommément aux militaires du F.P.R qui dirigeaient les opérations sur terrain. Lon peut se demander par quel truchement il observait une zone aussi large pour en rapporter de façon si détallée les crimes commis. Seule Claudine Vidal trouve une explication à cette habileté digne dune fiction hollywoodienne : Cest le résultat dune organisation mnémotechnique propre à la mémoire traditionnelle orale pratiqué dès lenfance ! (29)
Son témoignage comporte des torsions et des affabulations que, seule une personne non avertie pourrait avaler. Je citerais à titre dexemple le récit relatif à lassassinat des dignitaires ecclésiastiques à Gakurazo. Sappuyant sur une source non révélée, Abdul Ruzibiza affirme que le Général Paul Kagame a ordonné personnellement la liquidation physique des évêques catholiques, ainsi que toute autre personne susceptible dêtre un témoin gênant. (30)
Cependant, daucuns savent quau noviciat Saint-Joseph de Gakurazo, au moment de ce drame, il y avait beaucoup dautres gens, notamment des postulants, des novices et des frères profès qui sont toujours en vie. Notamment, les Frères Guido Gatoto, Frédéric Sezikeye, Jean-Baptiste et plusieurs autres
Suivant les affirmations développées tout au long du livre de Ruzibiza, ces gens auraient dû être tous exterminés conformément aux prétendus ordres du Général Paul Kagame, car ils étaient des témoins gênants. Or ces personnes sont bel et bien en vie actuellement et nont fait lobjet daucune menace. Abdul Ruzibiza ne nous dit pas pourquoi les prétendus ordres du commandant en chef de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R) nont pas été entièrement mis en exécution. De Kabgayi à Gakurazo en passant par Ruhango, cest un détour de plus dune cinquantaine de kilomètres dans une zone de guerre à lépoque. Si le commandant des opérations militaires sur terrain avait reçu un ordre formel dassassiner ces ecclésiastiques, pourquoi ne la-t-il pas fait pendant tout ce trajet parsemé de forêts et de grandes espaces non habitées? Aurait-il fallu dabord leur trouver un endroit paisible et confortable à lépoque pour les exécuter ?
Daprès des témoins oculaires, plutôt des mesures avaient été mises en place pour bien traiter et protéger ces religieux. Cest pour cette raison quils ont été éloignés dune zone dhostilités (à Kagbayi) et placés dans un endroit plus sécuritaire et viable. Nayant pas trouvé de lieu convenable à ces dignitaires ecclésiastiques au centre de négoce de Ruhango, il a fallu revenir à Gakurazo parce que le couvent abritant le noviciat Saint Joseph était un endroit qui remplissait des conditions de traitement respectueux pour ces religieux.
Cependant, parmi les soldats désignés pour assurer leur garde, il y en avait un dont, par hasard, les parents et plusieurs autres personnes avaient été massacrés à lévêché de Kabgayi où se trouvaient ces mêmes évêques sans que ces derniers interviennent pour les sauver. Cest ce même soldat qui dans sa fureur se serait introduit à lintérieur du noviciat à linsu de ses compagnons et tiré sans distinction sur ces religieux (des «Hutu» comme des «Tutsi») pour venger ses parents. Cest ainsi que furent tués : des évêques, des prêtres, le Supérieur Général de la congrégation des Frères Josephites et même un domestique qui leur servait alors de la bière. Ces gens étaient tous assis au réfectoire du noviciat, dans un petit salon qui servait daccueil. Les autres soldats qui se trouvaient à lextérieur du couvent ont été attirés par le bruit des coups de feu et ont accouru vers les lieux, mais ils sont arrivés trop tard et lassassin venait juste de quitter les lieux.
Plus tard, un autre coup de feu a retenti cette fois-ci à lextérieur du couvent. Ils découvriront par la suite quil sagissait du même soldat qui venait de se suicider. Daprès des témoins oculaires, le chef du peloton qui assurait la garde de ces lieux était visiblement désemparé. Il aurait pris à témoin deux Frères Josephites pour leur expliquer la situation qui venait de se passer, quil a par la suite rapportée à ses supérieurs. Par après, lordre a été donné par le haut commandement du F.P.R, de tout faire pour permettre aux religieux assassinés davoir une sépulture digne de leur honneur. Cest ainsi que les évêques ont été inhumés à la basilique de Kabgayi, tandis que le Frère Jean-Baptiste Nsinga, alors Supérieur Général des Frères Josephites a été inhumé au cimetière de Gakurazo, conformément au souhait exprimé par ses confrères.
Partant de cet exemple, lon pourrait se poser des questions sur le fondement des propos de Mr. Ruzibiza que Claudine Vidal et André Guichaoua essayent dappuyer pour les rendre plus plausibles. Il est vrai que depuis la nuit des temps, dans toutes les guerres il y a des bavures. Dans le cas du Rwanda, il y a eu violation des droits humains et de nombreux crimes.
Quand Abdul Ruzibiza avance arbitrairement des effectifs des gens assassinés ici et là comme sil y avait personnellement assisté, cela suscite plusieurs interrogations sur le fondement de ses allégations. Cest fort déplorable que des citoyens innocents aient péri sous le feu de ceux qui sétaient donnés pour mission de libérer le Rwanda. Si les affirmations dabdul Ruzibiza sont sujettes à controverses, ces motivations ne laissent aucun moindre doute ! Sa raison transparaît à travers le choix de ses cibles à savoir : les hauts gradés de larmée actuelle ainsi que ceux des rescapés du génocide qui sont insatisfaits par la gestion de toute la problématique de laprès-génocide. Il tente visiblement de soulever les survivants du génocide contre le pouvoir en place au Rwanda.
Par ailleurs, les chiffres quil fabrique de toutes pièces sont clairement destinés à soutenir la thèse du prétendu double génocide quil sévertue à démontrer dans son livre. Cette machination a manifestement un double objectif :
- ternir limage et la réputation des officiers de larmée patriotique et en particulier celle du Président Paul Kagame qui sont dans la mire des autorités françaises.
- conforter ses commanditaires qui sont toujours hantés par leur rôle dans le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutus» qui sopposaient à la mort de leurs compatriotes.
Il est permis de penser que la position de Filip Reyntjens qui appuie et confirme les allégations dAbdul Ruzibiza est motivée par un sentiment de haine - quil ne cache pas dailleurs - à lendroit du Président Paul Kagame et son régime. Il semble quil ne sest pas encore remis du choc quil a ressenti à la chute du régime de Habyarimana pour lequel il avait rédigé «lune des meilleures constitutions africaines de lépoque» ! Etant donné ses profonds liens dantan avec le régime déchu qui le mettent en conflit dintérêt, Filip Reyntjens devrait se garder de prendre position dans ce débat et ce par simple souci de sauvegarder sa crédibilité.
8. Le génocide de 1994 au Rwanda était évitable
Faut-il rappeler que la protection et la sécurité des citoyens incombaient dabord et avant tout au gouvernement rwandais de lépoque? Même au lendemain de lécrasement de lavion présidentiel, le génocide était tout à fait évitable. Lon peut rappeler quaprès la mort du président Juvénal Habyarimana en avril 1994, le Rwanda disposait dun gouvernement légitime ainsi que dautres institutions qui pouvaient parfaitement gérer cette crise. Par ailleurs, la Mission des Nations Unies pour lAssistance du Rwanda (MINUAR) disposait dune force capable sécuriser parfaitement le pays.Cest ce dispositif, susceptible de ramener le calme et la paix, qui fut en premier lieu la cible de la machine infernale du Colonel Théoneste Bagosora et ses hommes ! La Première Ministre Agathe Uwilingiyimana fut assassinée alors quelle devait aller à la radio nationale pour livrer un message de pacification à la nation. Le président de la cour suprême Joseph Kavaruganda, plusieurs ministres de lopposition modérée ainsi que dautres leaders favorables à la paix subirent le même sort.
Les paras belges qui constituaient la force la mieux équipée et entraînée des casques bleus ont été visés en premier lieu. Dix des leurs qui assuraient la sécurité de la Première Ministre furent exécutés par la même garde présidentielle. Dans le mémorandum susmentionné publié en juillet 1999, Mr. Kanyamibwa Félicien passe sous silence lassassinat des ministres de lopposition et dautres leaders modérés. Il attribue lassassinat de la Première Ministre et des dix paras belges aux «militaires mutins dans un climat de débordement». Une façon étonnamment laconique dexpliquer lassassinat dune Première Ministre et dune partie du gouvernement, dans un document qui prétend faire le point sur les causes dune tragédie sans précédent.
La perte des dix soldats susmentionnés a poussé la Belgique à mettre fin à sa participation à la mission, ce qui entraîna dailleurs léchec de la MINUAR à la grande déception du général canadien Roméo Dallaire. Jugeant la situation extrêmement dangereuse, lO.N.U décida à son tour de réduire sensiblement ses effectifs. Elle prit la malheureuse décision de ne laisser quun contingent symbolique de 250 casques bleus, mal équipés et sans autorisation dintervenir pour protéger les civils. Rassurés de linaction des casques bleus, la Première Ministre et tous les ministres modérés exterminés, les troupes du Colonel Théoneste Bagosora et les miliciens Interahamwe eurent alors le champ libre. Toute la machine infernale sest mit alors à fonctionner à plein régime, avec lobjectif de rayer du Rwanda tous les «Tutsi», du plus petit au plus vieux. Tout lappareil administratif, médiatique, policier, militaire et paramilitaire a été mis à contribution dans cette épuration ethnique sans précédent. « Les tutsi, hommes, femmes, enfants jusquaux nourrissons ne furent pas seulement tués, mais suppliciés. La systématisation des atrocités, avait pour but de nier lhumanité des victimes : ils nétaient que des «cafards» (inyenzi) » (31).
La cruauté et la rapidité de ces génocidaires ont surpris et stupéfait le monde entier comme lavouera plus tard lancien président américain Bill Clinton. Le triste record de plus dun million de morts en trois mois restera dans les annales. Aucune région du Rwanda ne fut épargnée ! Les sites mémoriaux éparpillés aujourdhui à travers tout le pays témoignent de lampleur de ce génocide qualifié aujourdhui à juste titre de pire drame humain de ce siècle !
9. Les négationnistes tentent de manipuler lopinion publique
Alors que toutes les nations avaient abandonné les victimes du Rwanda à leur sort, des enfants, des femmes, des hommes sans défense étant massacrés à longueur de journée ; alors que des rivières charriaient des corps humains au su et au vu du monde entier, seule lArmée Patriotique Rwandaise (APR) du Général Paul Kagame est intervenue pour arrêter cette folie meurtrière, en prenant légitimement pour cible ces hordes de tueurs sans foi ni loi.
Ce sont ces mêmes génocidaires en cavale et leurs sympathisants dhier qui tentent aujourdhui de mettre à lavant scène, lattentat contre lavion du président Habyarimana pour voiler leurs forfaits et distraire lopinion internationale.
Le prétendu génocide des «hutu» qui aurait été commis par le F.P.R est une manuvre visant à faire oublier les horribles crimes commis à lendroit des «tutsi» du Rwanda et des «hutus» modérés. Certes, il y a eu des bavures commises par des éléments de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R.) à lendroit des citoyens civils innocents. Force est de reconnaître que les circonstances de lépoque peuvent expliquer ces agissements répréhensibles. En effet, certains militaires de l A.P.R tombaient sur les corps des membres de leurs familles et leurs amis fraîchement assassinés et se mettaient à faire aveuglement des représailles. Ce sont ces actes individuels et isolés que Abdul Ruzibiza gonfle sciemment pour tenter dadoucir les remords de ses commanditaires.
Les soldats du F.P.R qui ont été reconnus coupables de ces crimes ont été sévèrement châtiés. Nous citerons à titre dexemple le soldat RWEMA qui fut condamné à mort et fusillé publiquement à Ndera près de Kigali en Mai 1994. Dautres condamnations et sentences ont été prononcées et plusieurs soldats purgent encore leurs peines dans des prisons militaires rwandaises. Sil y a des personnes qui ont commis des crimes, elles devraient être traduites devant la justice et répondre de leurs actes. Il est cependant archi-faux daffirmer quil y a eu au Rwanda un génocide contre les «hutus». Le châtiment sévère auquel sexposaient les militaires de lArmée Patriotique Rwandaise (A.P.R) les en a dissuadé et cest dailleurs cela qui a motivé la retenu et la discipline qui leur ont permis de remporter décisivement la victoire militaire sur terrain. Il ny a jamais eu de projet destiné à exterminer les «hutus» du Rwanda et aujourdhui plusieurs observateurs non partisans saccordent à ce sujet.
Au cours de lémission « Mémoire dun continent » diffusée sur Radio France Internationale le 24 juin 2006, Claudine Vidal qui a préfacé le livre : «Rwanda, lhistoire secrète» a jugé bon de prendre ses distances face aux ardeurs dAdbul Ruzibiza au sujet de ce prétendu génocide des «hutu». Sa curieuse position se résumerait par ladage populaire rwandaise : Icyo kiranyagisha ! Tu dépasses dangereusement les bornes ! Une mise en garde de Semuhanuka à son fils Muhanuka. Le sage conseiller de circonstance est pourtant réputé pour son mensonge légendaire. (32)
Le génocide de 1994 au Rwanda a été perpétré contre les «tutsi» et il a emporté plusieurs «hutu» modérés qui étaient opposés à lextermination de leurs compatriotes «tutsi», notamment la très regrettée première ministre Agathe Uwilingiyimana. Ce génocide a été reconnu par les Organisations des Nations Unies (O.N.U) et de lUnion Africaine (U.A) et ce, après des enquêtes ad hoc faites par des commissions internationales indépendantes. Ceux qui le nient aujourdhui sont des négationnistes qui méritent dêtre dénoncé publiquement. Lévocation de la révolution de la «majorité hutu» nétant plus valable et suffisante pour justifier les massacres à répétition des «tutsi» depuis 1959, il a fallu faire preuve dimagination pour tenter deffacer de la mémoire collective les images insupportables de leur sale besogne de 1994.
La thèse du double génocide et lattentat contre lavion du président Juvénal Habyarimana semblent être le choix actuel des révisionnistes et leurs sympathisants pour tenter de voiler leurs cruautés qui ont stupéfait le monde entier.
Toutefois, ni la protection dont ils jouissent actuellement, ni la dissimulation de leurs forfaits, rien ne pourra effacer de leur conscience le sang des nourrissons exterminés malgré leur limpide innocence, les larmes des enfants sans tache implorant en vain leur pitié en jurant de renoncer définitivement à lethnie «tutsi» sils avaient la vie sauve ! Les cris désespérés des femmes et des hommes sans défense, tous exterminés parce quils étaient «coupables» davoir été artificiellement étiquetés ou assimilés à «lethnie tutsi» !
Jean-Claude Ngabonziza
Ottawa-Gatineau (Québec)
Canada
1. Colette Braeckman, Le Journal Le Soir paru à Bruxelles le 17 Juin 1994,
2. Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, la Françafrique au Rwanda, Editions tahin party- Page 26
3. Umu-tutsi : grammaticalement, le préfixe «umu» étant un article défini au singulier, sa forme au pluriel : «aba» donne lieu à «aba-tutsi». Celui-ci repris dans une langue faisant usage darticles comme le français, les préfixes «umu» et «aba» deviennent tautologiques et superflus et le vocable «umu-tutsi» est retenu sous laspect de son radical «tutsi». Cest cette forme -le(s) «tutsi» - qui est communément reprise dans plusieurs écrits qui traitent des rwandais. La précédente description est aussi valable pour les «hutu » et les «twa».
4. Guy Logiest, Mission au Rwanda, un blanc dans la bagarre hutu-tutsi, Didier Hattier, Bruxelles 1988
5. Le Président Kayibanda vous parle, discours prononcé le 11 mars 1964
6. Félicien Kanyamibwa en collaboration avec Organization for Peace, Justice and Development in Rwanda (OPJDR) Juillet 1999, Mémorandum sur lassassinat du Président Habyarimana
7- Les accords dArusha prévoyaient la fusion des forces armées des deux parties en conflit. Leffectif de la nouvelle armée à constituer étant limitée à 13 000 hommes dont 60% devaient provenir des F.A.R (Forces Armées Rwandaises) et 40% de lA.P.R. (Armée Patriotique Rwandaise).Quant aux postes de commandement, ils étaient censés être répartis à parts égales (50% -50%).Leffectif de la gendarmerie était de 6000 hommes dont les hommes de terrain et le commandement devaient être répartis dans les mêmes proportions que celles de larmée comme mentionnées plus haut. Le poste de chef détat major de la gendarmerie devait revenir au F.P.R
8. Lieutenant-général Roméo Dallaire, Jai serré la main du diable, la faillite de lhumanité au Rwanda, Editions Libre Expression, décembre 2003
9- Jai serré la main du diable, décembre 2003 Page 294
10- Lhorreur qui nous prend au visage, lEtat français et le génocide au Rwanda, Rapport de la commission denquête citoyenne Editions Karthala, Paris 2005
11. Pascal Krop, Le génocide franco-africain, faut-il juger les Mitterand, Jean-Claude Lattès, 1994
12. François-Xavier Verschave , Rwanda, complicité de génocide, Découverte, 1995
13. Mehdi Ba, Rwanda, un génocide français, LEsprit Frappeur, 1997
14. Jean-Claude Willame, Le parcours de la honte, Editeur Complexe, janvier 1999
15. Michel Sitbon, Un génocide sur la conscience, LEsprit Frappeur, 1998
16. Jean-Paul Gouteux, Un génocide secret dEtat, Editions Sociales, 1998
17. Collette Braeckman, Histoire dun génocide, Fayard Octobre 1994
18. Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise, Editeur : LEsprit frappeur : Dagorno, 2002
19. Patrick de Saint-Exupéry, Linavouable, Editions : les arènes, mars 2004
20. Géraud de La Pradelle, Imprescriptible, Editions : les arènes, Paris 2005
21. Géraud de La Pradelle, Imprescriptible, Editions les arènes, Paris 2005, page 187
22. Abdul Joshua Ruzibiza, Rwanda, lhistoire secrète, Editions du Panama, 2005
23. Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Editions Mille et une nuits
24. Charles Onana, Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais, Editions Duboiris.
25. Jacques Hogard, Les larmes de lhonneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, Editions Hugo
26. Robin Philpot, Ça ne sest pas passé comme ça à Kigali, Editeur : Les intouchables
27. Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali, Boréal contact, Montréal 2004
28. Propos de Gil Courtemanche, lors du Symposium sur le rôle des médias durant le génocide de 1994 au Rwanda, tenu à lUniversité Carleton dOttawa en mars 2004,
29. Rwanda, lhistoire secrète, Editions du Panama - Page 51
30- Rwanda, lhistoire secrète, Editions du Panama - Page 309
31. Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, la Françafrique au Rwanda, Les Editions Dagorno, juin 2001 Page - 23
32- Dans la tradition orale rwandaise, Semuhanuka est le prototype dun menteur. Il sert de référence pour qualifier un mensonge astucieusement fabriqué. La légende de Semuhanuka contient plusieurs récits, dont celui où il conseille à son fils Muhanuka dapprendre à mentir pour gagner sa vie. Passant de la parole aux actes quelques temps plus tard, le fils a prétendu avoir heurté accidentellement sa tête contre le ciel ! Tout en saccordant avec son fils sur le principe, Semuhanuka trouva sage de le prévenir sur la forme ! Tu dépasses les bornes, lui dit il en substance ! Ce genre de mensonge pourrait se retourner dangereusement contre toi, ce serait mieux den trouver un autre !