Volume 9, novembre 2006

LA FACE VOILEE DE L’ATTENTAT CONTRE L’AVION DE JUVENAL HABYARIMANA

Jean-Claude Ngabonziza

Nouvelle lumière sur l’attentat qui a précédé le génocide des tutsi au Rwanda

Luminaire

« Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son » .

Au moment où le rapport de Bruguière est sur toutes les lèvres de ceux qui s’intéressent à l’évolution politique du Rwanda, le texte ci- après constitue une autre face cette imbroglio. Les preuves du juge d’instruction français sont principalement basées sur les propos des déserteurs de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R) et des opposants au régime de Kigali. Il n’a pas hésité à citer en témoin des présumés génocidaires comme Théoneste Bagosora, considéré comme le cerveau du génocide des «tutsi» ! L’existence de l’arme du crime (un lance- missile identifié par son immatriculation) se base sur les propos d’un membre de l’armée génocidaire, corroboré par un général zaïrois partisan du camp Habyarimana. Visiblement Bruguière est dans l’impossibilité de produire cette preuve capitale pour sa déposition ! Le penchant politique du juge d’instruction français n’étant pas à démontrer (tellement il saute aux yeux), le texte ci-dessous explore la zone éludée par Jean-Louis Bruguière. La piste de l’assassinat du couple Didot et du gendarme Maier qui pouvait conduire aux extrémistes «hutu» appuyés par des militaires français a été de tout évidence évitée par Jean-Louis Bruguière. Dès lors, l’on peut raisonnablement se demander si ce rapport est révélateur ou fourvoyeur ! A chacun de juger ! Notons en passant qu'une bonne partie de ce texte a été rédigé avant la publication du rapport de Jean-Louis bruguière.

SOMMAIRE

  1. Introduction
  2. Un coup d’œil sur l’histoire
  3. Un contexte de vive tension
  4. Une improbable mise en œuvre des accords d’Arusha
  5. L’attentat contre Juvénal Habyarimana : un complot, un piège, une erreur … !
  6. Le nœud fatal du complot
  7. Abdul Ruzibiza, une recrue pour brouiller les pistes
  8. Le génocide de 1994 était évitable
  9. Les négationnistes tentent de manipuler l’opinion publique
  10. Notes

1. Introduction
Depuis les horribles événements survenus en 1994 au Rwanda, l’attentat contre l’avion de l’ancien président rwandais n’a cessé d’alimenter les médias qui s’intéressent à cette tragique période qui a endeuillé le Rwanda et l’humanité entière en engloutissant plus d’un million d’êtres humains, essentiellement des «tutsi». Le sujet a fait surface en avril 2006 dans les médias canadiens lors de la première visite au Canada du président Paul Kagame et quelques médias sont revenus sur l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana du 06 avril 1994 au Rwanda. Plusieurs hypothèses ont été soulevées par différents auteurs, chercheurs et spécialistes qui s’intéressent à cette région africaine. Filip Reyntjens y a même consacré tout un livre où il développe plusieurs scénarios. Une campagne soutenue surtout par les partisans et les alliés de l’ancien régime dictatorial déchu, attribue l’attentat contre l’avion de Habyarimana au Front Patriotique Rwandais (F.P.R). D’autres observateurs et analystes crédibles en sont arrivés à la conclusion selon laquelle, l'attentat contre l’avion présidentiel aurait été commis par les proches du Président Juvénal Habyarimana avec la complicité des militaires français en poste à Kigali.

D’après Colette Braeckman, du journal Le Soir, «selon plusieurs sources concordantes, ce sont deux militaires du D.A.M.I le Détachement d'Assistance Militaire à l'Instruction qui aurait abattu l’avion » (1) Jusqu’à maintenant les opinions divergeaient sur les motifs qui auraient poussé les autorités françaises à sacrifier leur allié, en l'occurrence Juvénal Habyarimana, et voilà que l'hypothèse d’une erreur de cible vient étayer cette piste longtemps considérée comme plus plausible.

Avant d’entrer dans le vif de ce sujet, il est essentiel de jeter un regard sur les événements qui l’ont précédé et surtout de les placer dans leur contexte historique. Nous tenons d’amblée à réfuter l’argument en vogue selon lequel, c’est l’assassinat du président Juvénal Habyarimana qui a causé le génocide de 1994 au Rwanda. Comme nous le verrons, le projet d’extermination des «tutsi» avait été élaboré longtemps en avance, par un groupe d’extrémistes «hutu» avec la bénédiction de Juvénal Habyarimana lui même. Il avait été mis en essai graduellement par des massacres ponctuels ciblant des «tutsi» et ce sur une période de trois décennies et depuis les années 1960. Cela a permis à la masse populaire «hutu» de s’anesthésier psychologiquement contre toute pitié vis-à-vis de leurs pseudo ennemis historiques : les «tutsi». Ces derniers étaient déshumanisés ouvertement par les extrémistes «hutu» dans leur discours haineux, au point d’être désignés comme des cancrelats, des serpents, …une espèce nuisible à éliminer ! A la veille du paroxysme d’avril à juillet 1994, toutes les conditions avaient été réunies ! La logistique du «Travail» macabre avait été apprêtée : des machettes, des grenades, des fusils, des véhicules de transport, des bulldozers …; grâce notamment à la coopération militaire française, les ressources humaines avaient été entraînées : des miliciens Interahamwe, des escadrons de la mort, des unités spécialisées de l’armée et la gendarmerie ; une radio destinée à propager la haine avait été mise en place, … bref tout avait été minutieusement préparé.

La mort de Juvénal Habyarimana a servi de prétexte pour mettre en œuvre un plan préconçu. L’écrasement de l’avion présidentiel a été une occasion propice pour les extrémistes «hutu». Comme nous le verrons plus loin, dans leur plan diabolique, un attentat sensationnel était de toute évidence un élément essentiel destiné à accélérer l’élimination systématique des «tutsi» et des «hutu» qui en feraient l’obstacle. L’ironie du sort est que le parrain de ce piège diabolique en a été lui-même la victime de première heure ! Nous tâcherons plus loin de dénouer et élucider ce complot qui a plongé ce petit pays d’Afrique centrale dans une longue nuit ténébreuse, sous le regard passif de la communauté internationale. Les rwandais ne sont pas une espèce humaine unique en leur genre. Sous d’autres cieux, d’autres chefs d’Etat en fonction ont été assassinés: John F. Kennedy des Etats-Unis d’Amérique en 1963, Anouar El Sadate d’Egypte en 1981, Samora Machel du Mozambique en 1986, Thomas Sankara du Burkina Faso en 1987, pour ne citer que ceux-là. Tous ces chefs d’Etat ont été assassinés dans l’exercice de leur fonction et ils étaient populaires ! Si leur mort n’a pas déclanché de massacres dans leur pays respectifs, c’est parce qu’il n’y avait ni projet préconçu ni dispositif préétabli à cet effet. La mort d’un chef d’Etat, de quelque trempe qu’il soit ne peut ni déclencher ni justifier l’extermination d’une partie de la population de son pays. Dans le cas du Rwanda, les tenants de ce discours révisionniste se retrouvent parmi les partisans du régime déchu, les génocidaires en cavale, leurs proches, et leurs sympathisants.

L’attentat contre l’avion présidentiel est brandi sur la scène publique pour tenter de faire oublier les horreurs dont la condamnation sans équivoque est unanimement exprimée par des citoyens du monde entier. Pendant toute une décennie, les tentatives de justifier l’injustifiable génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu» modérés se sont avérées infructueuses. Les prétextes n’ont pas manqué : la défense des acquis de la révolution, la colère populaire, la protection de la démocratie… Toutes ces diversions évoquées se sont avérées vaines, face à la multiplicité des fosses communes éparpillées à travers tout le pays ! Les preuves accablant du génocide ont été difficiles, voire impossible à dissimuler. L’évocation de l’attentat contre l’avion présidentiel comme élément «déclencheur» du génocide est une désorientation distrayante, choisie délibérément par les génocidaires et leurs parrains. A défaut de pouvoir effacer les images terrifiantes de plus d’un million d’humains exterminés en trois mois, ces marchands d’illusion s’activent à semer le doute dans les esprits. C’est dans cette même logique que le mot «double-génocide» est entré dans le décor de leur discours faisant place à celui de «massacre interethnique» jusqu’alors utilisé (faussement aussi) par les mêmes révisionnistes. Cette gradation terminologique n’est pas gratuite. Le «mentez, mentez, il en restera quelque chose» est désormais leur mode d’action pour tenter d’atténuer le choc insupportable que le génocide des «tutsi» suscite encore jusqu’aujourd’hui. Leur aventure s’avère d’autant plus aisé que le temps écoulé a amorti un peu le choc créé par les images presque instantanément diffusées en 1994 sur plusieurs chaînes de télévisions internationales.

Bien plus, leur mensonge habilement embelli et qu’ils propagent tous azimut, concerne un drame qui a eu lieu au cœur du continent africain, dans un petit pays dont l’histoire et le contexte sont peu connus par la grande partie de l’opinion ciblée. L’appui de taille aux négationnistes est venu cependant du silence de certains intellectuels occidentaux dont «la bonne conscience relève du mépris pour les victimes comme pour les bourreaux, amalgamés dans un même racisme à l’encontre des africains et des noirs en général» (2)
Dans les lignes qui suivent, nous essayerons de décortiquer les contours et les dessous des acteurs invisibles qui ont laissé plus d’un million de leurs compatriotes dans des fosses communes au Rwanda. Ces bourreaux d’hier qui, après s’être mystérieusement dispersés dans la nature, se sont métamorphosés en «honnêtes» citoyens, militant pour les droits humains et la démocratie ! Après seulement une décennie, ils tentent par tous les moyens de se disculper en se faisant passer pour des victimes !

2. Un coup d’œil sur l’histoire
Tous ceux qui s’intéressent à l’évolution récente du Rwanda et à son histoire s’accordent unanimement sur le fait que le pouvoir en place dès son accession à l’indépendance se basait sur une politique ethnique qui prônait la primauté des «hutu majoritaires». Cette politique discriminatoire établie au détriment des «tutsi» a servi de plate forme pour les deux républiques qui se sont succédées au pouvoir au Rwanda depuis juillet 1962. En vertu de cette politique, les «tutsi» qui, pourtant étaient des citoyens rwandais à part entière, se sont vus attribuer un quota arbitraire et immuable, peu importe l’évolution démographique. C’est ainsi qu’ils se sont retrouvés du jour au lendemain condamnés à un rang secondaire, voire marginal dans tous les secteurs de la vie : l’administration, l’éducation, l’armée …Leur exclusion avait été instaurée en raison de leur pseudo appartenance à «l’ethnie minoritaire». Il y a lieu de rappeler que le vocable «ethnie» en vertu duquel les «tutsi» avaient été condamnés à une minorisation perpétuelle dans leur propre pays, n’a pas de répondant réel au Rwanda.

En effet, aucun critère de définition du terme «ethnie» ne s’applique au pays des mille collines (surnom du Rwanda).Tous les citoyens de ce pays parlent la même langue, il n’y a jamais eu aucune portion territoriale occupée exclusivement par tel ou tel groupe social. Et même les distinctions morphologiques : comme la forme du nez, la physionomie, la taille… ne tiennent pas debout ! (Quand bien même elles continuent encore de meubler l’imaginaire des partisans de ce racisme de fabrication coloniale belge).

Si lors du peuplement initial (environ dix siècles avant l’arrivée des premiers européens) il y aurait eu des groupes distincts, le mode de vie sociale adoptée, les défis confrontés, les mixages matrimoniaux, les joies et les peines partagées au cours d’une longue l’histoire commune … tout avait permis aux rwandais, de constituer une société homogène, un peuple uni et solidaire. Ils formaient incontestablement une nation bien organisée, à laquelle ils se sentaient tous attachés et dont ils étaient profondément fiers.

A l’arrivée des premiers européens à la fin du 19 ième siècle, le Rwanda était un royaume constitué en état au sens moderne du terme. Sa population était parfaitement consciente de son appartenance à une même nation. L’évocation des termes «umu-tutsi» (3) «umu-hutu», «umu-twa» ne faisait référence qu’au rang social (sans aucun esprit d’animosité), signifiant respectivement : riche, pauvre et marginal. A cette époque, les vaches étaient considérées comme des objets de valeurs, symbolisant la richesse. Cependant les rwandais changeaient allègrement de rang, passant du groupe des «tutsi» (riches) à celui des «hutu» (pauvres) ou inversement, dépendamment de l’accroissement ou la perte de leur cheptel. Etant donné que les vaches étaient obtenues en guise de dot pour l’obtention de la main d’une fiancée, un homme rwandais «tutsi» ou «hutu» qui avait beaucoup de filles pouvaient s’attendre à devenir «Umutunzi» signifiant littéralement : «un possesseur » (comprenez bien : un propriétaire de vaches).

Suite à l’évolution sémantique survenue au fur des années, le terme «Umu-tunzi» était devenu «umu-tutsi». A cette époque des vaches s’offraient entre citoyens en guise d’amitié. Cet «objet de richesse» aux multiples utilités qu’était la vache, loin de semer la discorde, servait plutôt à tisser des liens au sein de la population. Dans la coutume rwandaise, l’octroi (toujours gracieux) d’une vache est d’ailleurs jusqu’à nos jours évoqué en public avec fierté par le bénéficiaire, pour venter l’attachement indéfectible qui l’unit à son pourvoyeur. Les vaches étaient également octroyées par le roi aux rwandais, («hutu», «tutsi» ou «twa») qui faisaient preuve de bravoure dans des guerres de conquête. Elles étaient remises également à titre de récompense aux artistes (par exemple : des poètes) à la publication d’une œuvre retentissante.

Le cas le plus connu dans l’histoire du Rwanda est celui du poète Nyakayonga qui, à la publication de son célèbre poème «Ukwibyara» a reçu en récompense du roi Mutara II Rwogera, trente têtes de bovins! Les éleveurs étaient assez nombreux et le mode d’accès à cet objet de richesse d’alors que constituait la vache était ouvert à tous. Par ailleurs, les expériences acquises au fur des années avaient permis aux rwandais de se placer parmi les peuples éleveurs de grande renommée. Leurs techniques d’élevage permettaient aux nouveaux acquéreurs de bovins d’agrandir leur troupeau et de se hisser ainsi dans le rang des «aba-tunzi» (propriétaires de vaches) après quelques années.

Quant aux relations sociales, les métissages et les liens matrimoniaux étendus sur une très longue période avaient permis aux rwandais de transcender les soi-disant différences «ethniques» que les colonisateurs belges persistaient à percevoir en s’inspirant faussement de la dualité raciale de chez eux entre les wallons et les flamands.

La notion d’«ethnie» a été artificiellement collée aux composantes sociales de la société rwandaise par l’administration coloniale belge dans sa politique qui consistait à diviser pour régner. La société traditionnelle rwandaise dont les valeurs issues de son génie avaient permis une coexistence harmonieuse et pacifique entre ses citoyens, sans nulle trace de guerre «interethnique» depuis plusieurs millénaires a fini par succomber aux caprices nocifs des colonisateurs et des dirigeants de l’église catholique qui servaient leurs propres intérêts. L’on peut affirmer sans risque de se tromper que l’ethnicisation de la population est la principale cause qui a semé la zizanie entre les rwandais.

L’institutionnalisation des distinctions «ethniques» forgées par les belges a mis définitivement fin à la permutation des rangs sociaux d’antan. Par ailleurs, les membres de ces groupes constitués se sont vus attribuer une carte d’identité à mention «ethnique» et depuis lors, leur identification était enregistrée et archivée dans des bureaux administratifs pour en pérenniser l’existence. Cette malheureuse décision politique était comme une bombe à retardement dont l’explosion fera plus d’un million de victimes. Les «identités ethniques» serviront désormais de référence dans la gestion politico-sociale du pays et cela aura des conséquences désastreuses. Dans l’esprit des rwandais, l’accommodation à ces distinctions sera aussi facilitée par la référence patrilinéaire profondément ancrée dans l’esprit des rwandais. Traditionnellement, ces références se faisaient au sein des clans et ceux-ci regroupaient aussi bien des «hutu», des «tutsi» que des «twa». Dans cette société sans écriture, la référence à la lignée paternelle permettait de retracer sa généalogie jusqu’à l’ancêtre éponyme. Lors des liaisons matrimoniales, cette structure était destinée à éviter des mixages consanguins, susceptibles d’occasionner la dégénérescence et même l’extinction du peuple entier.

Les théories racistes basées sur les notions de «minorité» et de «majorité» instaurées et appliquées abusivement aux «ethnies» qui n’en étaient pas, voilà la source du mal qui a détruit le tissu social rwandais! Ces cercles pseudo «ethniques» dans lesquels les rwandais ont été enfermés, serviront de terroir de heurts qui auront des conséquences irrémédiables. L’antagonisme entre «hutu» les «tutsi» a été imaginé, créé, alimenté et entretenu dans l’intérêt du colonisateur et de l’Eglise catholique. Conçue comme une stratégie de lutte contre le pouvoir monarchique, la haine raciale semée au Rwanda a pris des ramifications qui dépasse l’entendement. Certains rwandais, (pourtant hautement diplômés), poussant la haine à l’extrême, iront jusqu’à nier l’humanité de leur concitoyens «tutsi» !
Curieusement, au milieu de cette lutte fratricide provoquée et qui a pris des dimensions alarmantes en 1959, l’administration belge était appelée à jouer un rôle d’arbitre attitré, en raison du mandat tutélaire sur le Rwanda reçu de la Société des Nations, au lendemain de la première guerre mondiale.

C’est une réalité déconcertante que des incendiaires de la veille aient eu à jouer le rôle de pompiers ! Pour ramener le calme dans le pays qui était déjà à feu et à sang, la Belgique a dû dépêcher sur les lieux, un résident spécial en la personne du colonel Guy Logiest pour mettre fin à la violence qui faisait rage entre les deux «groupes ethniques». Sur conseil de Mgr André Perraudin, alors archevêque de Kabgayi, le colonel Guy Logiest a pris ouvertement parti en faveur des «hutus ». Son attitude a été déterminant pour la suite des événements, comme il l’avouera longtemps plus tard dans son livre : «Mission au Rwanda, un blanc dans la bagarre hutu-tutsi» (4).

L’engagement de l’administration belge et de l’Eglise catholique en faveur de la « majorité ethnique hutu» a créé un rapport de force nettement déséquilibré, mettant ainsi en péril toute possibilité d’une solution consensuelle entre les parties en conflit. Avant même l’intervention musclée de la puissance tutélaire, le Rwanda était tombé profondément dans une longue nuit ténébreuse en août 1959, avec la mort suspecte du roi Mutara III Rudahigwa qui était alors incontestablement un leader charismatique, en qui toutes les couches de la population rwandaise d’alors avaient confiance. Deux ans plus tard, c’est un referendum tenu dans des conditions inadéquates (et dont les résultats ont été très contestés) qui mettra fin à la monarchie. D’aucuns pensent que cette institution vieille de plusieurs siècles ne méritait pas une fin aussi brutale, ne fut-ce que par égard pour son rôle dans l’histoire de ce pays. Une monarchie constitutionnelle, (disposant d’un pouvoir purement symbolique), aurait permis au Rwanda, à cette époque-là, de moderniser ses institutions politiques tout en sauvegardant son riche patrimoine culturel, dans lequel tous les rwandais se retrouvaient. Le pire cauchemar de cette période sombre de l’histoire de ce pays a sans doute été l’explosion exponentielle de la violence dans laquelle plusieurs milliers de personnes, essentiellement des «tutsi», mais aussi beaucoup de «hutu» royalistes ont trouvé la mort. Les survivants n’ont pas eu d’autres choix que de prendre le chemin de l’exil, en fuyant un massacre ciblé dont ils faisaient l’objet.

Après l’indépendance du Rwanda en juillet 1962, les considérations discriminatoires héritées de la période coloniale ont été renforcées, entretenues et longuement exploitées par le régime «hutu» au pouvoir pendant la première décennie qui a suivi l’indépendance. Par ailleurs, cette période a été caractérisée par une instabilité du point de vue de la sécurité. Etant pris pour cible en représaille à chaque tumulte sociopolitique (rébellion, grèves scolaires, coup d’état…) les simples citoyens «tutsi» de l’intérieur du Rwanda qui survivaient à chaque nouvelle vague de persécution, finissaient par se résigner à deux choix pénibles : La soumission ou l’exil. Cette période d’instabilité et d’accalmie sur fond de menace et de persécution continuelle des «tutsi» a marqué toute la durée de la première république qui s’est étendue sur dix ans.

Une vague de répression de grande envergure ciblant les «tutsi» a été reprise en 1973, pour camoufler la mauvaise gestion et le favoritisme qui avait suscité la grogne à travers le pays. A cette époque, plusieurs centaines de milliers de «tutsi» ont été chassés de la fonction publique et du secteur privé, d’autres ont été forcés de quitter des établissements secondaires et universitaires. Il y a eu aussi plusieurs assassinats à l’échelle du pays, notamment dans des écoles situées à Gitarama, non loin des résidences du président Grégoire Kayibanda et de l’archevêque de Kabgayi, André Perraudin, qui pourtant étaient les deux personnalités les plus influentes du pays à l’époque. Les assassinats et les pillages de biens qui les ont accompagné n’ont fait l’objet d’aucune poursuite. Les massacres à répétition ciblant les «tutsi» seront par la suite signalés comme de simples «événements» dans les manuels d’histoire enseignée dans des écoles du Rwanda.

Cet euphémisme inapproprié, choisi délibérément pour qualifier les tueries visant des «tutsi» a contribué grandement à cultiver un sentiment de non culpabilité dans l’esprit de la masse populaire «hutu». Par ailleurs, les «tutsi» étant continuellement désignés comme des «ennemis du pays», leur assassinat a fini par être considéré comme un acte d’héroïsme, ou un geste de patriotisme ! Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’agissait pas d’un crime passible d’une quelconque sanction ! C’est dans ce climat de grogne populaire et de violence ciblant les «tutsi» que Juvénal Habyarimana a accédé au pouvoir en juillet 1973, à la faveur d’un coup d’état militaire, se présentant comme un pacificateur et libérateur du pays.
Malgré une accalmie relative et une stabilité qui ont caractérisé la majeure partie du régime de Juvénal Habyarimana, les «tutsi» du Rwanda sont restés par la force des circonstances, des apatrides déguisés, des sortes de «demi-citoyens» ! Leur discrimination a été poursuivie et même officiellement institutionnalisée à travers une politique dite «d’équilibre ethnique».

En vertu de cette politique, c’était considéré comme normal qu’aucun «tutsi» ne soit nommé : bourgmestre, préfet ou ambassadeur. Ils étaient systématiquement exclus de tous les postes politiques du pays. Le président Juvénal Habyarimana a fini toutefois par concéder une exception à la règle qu’il avait établie. En effet, au sein de son cabinet, il prit l’habitude de nommer, à titre symbolique, un seul ministre «tutsi», occupant généralement une fonction insignifiante ou un ministère de moindre importance. La population «hutu» s’était accommodée à cette marginalisation des «tutsi » qui s’étendait à tous les secteurs du pays.

Ces citoyens de seconde zone qu’étaient les «tutsi » partageaient profondément le rêve d’avoir un jour, un pays où ils vivraient en toute sécurité et jouiraient pleinement de leurs droits au même titre que d’autres rwandais. Cependant, compte tenu de la menace qui pesait en permanence sur eux, ils ne pouvaient oser lever le petit doigt pour dénoncer l’injustice dont ils faisaient l’objet. Certains «hutu» modérés étaient d’ailleurs écoeurés par cette situation pénible dans laquelle vivaient leurs compatriotes «tutsi». La crainte fondée des «tutsi» éclatera au grand jour au lendemain de l’offensive militaire du F.P.R lancée le 01 octobre 1990 au Nord Est du Rwanda. A cette époque, plusieurs honnêtes citoyens de toutes les catégories (fonctionnaires, commerçants, enseignants, religieux …) furent gratuitement jetés en prison sous prétexte qu’ils étaient des complices des rebelles. Par la même occasion, deux villages entiers furent rasés par l’armée gouvernementale de Habyarimana : le village des bahima au nord-Est, et celui des bagogwe au Nord-Ouest. Ces massacres ont été vivement dénoncés par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. Depuis cette période, la situation s’est détériorée de plus en plus, et ce fut le début d’un long calvaire pour les «tutsi» de l’intérieur du Rwanda.

Dans un communiqué rendu public en 1992 sur les ondes de la radio nationale par l’Etat-major des Forces Armés Rwandaise, les «tutsi» furent désignés ouvertement comme «ennemis du pays». La plupart des problèmes évoqués par le F.P.R seront plus tard repris par des citoyens de l’intérieur du Rwanda, à la naissance des partis d’opposition légalisés en 1991, sous la pression internationale. Plusieurs rwandais y adhérèrent et trouvèrent ainsi une tribune où ils dénonçaient les dérives du régime totalitaire de Juvénal Habyarimana. Signalons également que la discrimination dont faisait officiellement l’objet les «tutsi», constituait entre autres, l’une des revendications du Front Patriotique Rwandais (F.P.R) au cours de la guerre qui l’opposait au régime dictatorial de Juvénal Habyarimana.

Il est important de mentionner que cette rébellion militaire du F.P.R est née principalement de la frustration des réfugiés rwandais qui, pendant une trentaine d’années, s’étaient vus catégoriquement refuser le droit légitime de retourner dans leur pays natal, alors que certains d’entre eux avaient fait l’objet d’une persécution sanglante dans les pays où ils avaient trouvé refuge, notamment en Uganda sous le régime de Milton Obote. Parallèlement à l’offensive du F.P.R, un grand mouvement d’opposition au régime de Juvénal Habyarimana a vu le jour et il a été soutenu par beaucoup de rwandais de l’intérieur qui avaient longtemps aspiré passivement au changement du pouvoir dictatorial de la deuxième république.

Face à une forte pression politico-militaire et une contestation sociale grandissante, le régime de Juvénal Habyarimana a préféré la radicalisation au changement démocratique réclamé par ses opposants. Il a entrepris une manipulation de l’«ethnisme» pour occulter les problèmes évoqués par les partis d’opposition tout en ciblant les «tutsi» comme des boucs émissaires.

La faction extrémiste «hutu» proche de Juvénal Habyarimana a fini par avoir le dessus sur toutes les initiatives de bonne volonté qui tentaient de trouver une solution pacifique aux problèmes du Rwanda. Comme dans le passé, la menace de l’extermination des «tutsi» fut choisie à nouveau, à la fois comme une arme de dissuasion de la rébellion armée et une stratégie de ralliement de la masse «hutu» à la cause des durs extrémistes proches du président Juvénal Habyarimana. Les massacres commis impunément dans les années précédentes furent désormais évoqués publiquement, pour encourager la violence envers les «tutsi». L’idéologie génocidaire fut prêchée au grand jour sous le regard tolérant du gouvernement et le silence complice de la puissante Eglise catholique. C'est dans ce cadre que se situe le tristement célèbre discours haineux prononcé en 1992 à Kabaya, par Léon Mugesera. Ses propos lui ont valu d’ailleurs une sentence de culpabilité, dans un jugement unanime prononcé par les juges de la Cour Suprême du Canada en 2005.

Les extrémistes «hutu» étant à l’époque les principaux meneurs politiques et les seuls détenteurs du véritable pouvoir à Kigali, l’inéluctable fin du règne de Juvénal Habyarimana qui s’annonçait déjà, allait s’accompagner de la tentative de réaliser la menace jadis brandie par le père de la «révolution hutu». La prédiction on ne peut plus claire était contenue dans le discours, rendu célèbre par son slogan: «Qui est génocide ?», prononcé le 11 mars 1964, par le président du Rwanda de l’époque, Grégoire Kayibanda. En voici l’extrait «…à supposer par impossible que vous veniez à prendre Kigali d’assaut, comment mesurer le chaos dont vous seriez les premières victimes ? Je n’insiste pas : vous le devinez, sinon vous n’agiriez pas en séides et en desserts ! Vous le dites entre vous : ‘Ce serait la fin totale et précipitée de la race tutsi » (5)

Malgré les multiples revers essuyés militairement sur terrain pendant quatre ans de guerre acharnée, le régime de Kigali continuait de faire planer le spectre de l’extermination définitive des «tutsi», pour dissuader les troupes du F.P.R et ce, en comptant sur l’inconditionnel appui militaire de François Mitterrand. Comme l’avait fait la Belgique 34 ans auparavant, la position du président français en faveur du régime dictatorial de Juvénal Habyarimana poussera les extrémistes «hutus» à l’orgueil et l’intransigeance, ratant ainsi l’occasion historique de faire la paix et de permettre aux rwandais d’enterrer définitivement la hache de la guerre.

3. Un contexte de vive tension

On se souviendra que l'assassinat du président Melchior Ndadaye du Burundi (pays voisin du Rwanda) en Octobre 1993 avait irrité des extrémistes rwandais partisans de l’idéologie raciste dite "hutu power" qui prétendaient alors avoir perdu un allié de taille. Plusieurs «tutsi» du Rwanda en ont d'ailleurs fait les frais à cette époque dans une vague de répression ciblée, destinée à venger un président «hutu», notamment dans la région de Bugesera et dans plusieurs quartiers de la ville de Kigali. Dans un mémorandum rendu public en juillet 1999, Félicien Kanyamibwa semble justifier ces violences envers les «tutsi» du Rwanda, car selon lui «…les événements survenus au Burundi voisin, avec l'assassinat du premier Président Hutu démocratiquement élu M. Melchior Ndadaye, en octobre 1993, par l'armée mono-ethnique tutsi, ont été vivement ressentis au Rwanda comme une tentative de la minorité Tutsi de faire échec à la démocratie…» ! (6)

Dès lors, les planificateurs du génocide des «tutsi» au Rwanda ont cherché à instrumentaliser et exploiter ce sentiment de révolte suscité par l’assassinat du président burundais Melchior Ndadaye.

Comme mentionné précédemment, depuis 1959, les citoyens «tutsi» étaient habitués à subir des représailles, surtout quand des réfugiés rwandais vivant dans les pays limitrophes, tentaient un coup de force vis-à-vis du pouvoir en place au Rwanda. Entre 1963 et 1964 le massacre des «tutsi» fut même qualifié « d’actes de génocide» par la radio vaticane. Au cours de trois décennies, ces violences envers les «tutsi» avaient occasionné des milliers d’assassinats, des pillages de biens matériels et avaient forcé plusieurs centaines de milliers d’hommes et de femmes à chercher refuge à l’extérieur du Rwanda.

Comme mentionné plus haut, ces crimes n’avaient jamais fait l’objet d’aucune poursuite policière ou judiciaire de la part des divers gouvernements «hutu» qui se sont succédés. Cette impunité est l’une des causes principales qui explique la participation massive au génocide des «tutsi», des paysans «hutu» rassurés d’avance de la non poursuite de leurs crimes.

On peut noter cependant que c’était la première fois dans l’histoire de ce pays que ces exactions étaient perpétrées contre les «tutsi» rwandais pour venger un citoyen étranger, mort à l’extérieur du Rwanda, assassinés par des non rwandais, sous prétexte qu’il était «hutu», en l’occurrence le Président Melchior Ndadaye du Burundi. Alors que les extrémistes «hutu» accusaient le Front Patriotique Rwandais (F.P.R) de vouloir ériger un empire régional «hima-tutsi», leurs agissements de l’époque laissent croire que dans leur pensée, le Rwanda et le Burundi constituaient un «hutuland» à protéger à tout prix ! D’après les tenants du discours haineux de l’époque, cet eldorado «hutu» peuplé de «bantu» francophones était menacé par des envahisseurs nilotiques anglophones ! Si insensé que puisse paraître cette rhétorique raciste et purement fantasmatique, elle a trouvé une oreille attentive chez les «Mitterand» (pour reprendre l’expression de Pascal Krop). Le ridicule ne tue pas, dit-on mais au Rwanda, il a fait des ravages en 1994 !

4. Une improbable mise en œuvre des accords d’Arusha.

S’estimant lésé par le partage du pouvoir issu des accords d’Arusha (7) qu’il qualifia de «ibipapuro» (signifiant littéralement : chiffons de papiers) devant ses partisans, le Président Juvénal Habyarimana avait commencé à entreprendre de multiples manœuvres pour empêcher la mise en place du gouvernement de transition à base élargie. Sous l’égide de la Mission des Nations Unies pour l’Assistance du Rwanda (MINUAR) déployée depuis novembre 1993, les tractations officielles allaient bon train pour tenter de mettre en œuvre les accords d’Arusha signés le 4 août 1993. D’intenses négociations étaient en cours pour constituer un gouvernement de transition à base élargie dans lequel le Front Patriotique Rwandais (F.P.R) et les partis d’opposition de l’intérieur devaient occuper plusieurs portefeuilles.

Cependant, parallèlement aux efforts qui devaient aboutir à la paix, une redoutable machine de la mort était en train de se peaufiner sous la secrète direction du Colonel Théoneste Bagosora. Ce dernier présumé cerveau du génocide des «tutsi» de 1994 au Rwanda est actuellement incarcéré à Arusha en Tanzanie où il est poursuivi pour ses crimes. Le même Colonel Bagosora aurait par ailleurs affirmé à l’issu des pourparlers d’Arusha en Août 1993 qu’il allait préparer une «apocalypse» pour les «tutsi».

Alors que des assassinats sporadiques étaient signalés à la MINUAR presque tous les jours, les planificateurs du génocide cherchaient visiblement un signal suffisamment fort pour mettre en marche leur machine infernale qui était disposée à tuer mille Tutsi toutes les dix minutes !

Pour survolter la situation très tendue, la tristement célèbre Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) a mentionné à l’époque dans l’une de ses émissions incendiaires, l’imminence de l’assassinat du Président Juvénal Habyarimana ! Cette information dangereusement retentissante dans un climat déjà tendu cachait en effet un complot politico-diabolique des extrémistes «hutu».

5. L’attentat contre Juvénal Habyarimana : un complot, un piège, une erreur… !

D’après le Lieutenant-général Roméo Dallaire dans son livre «J’ai serré la main du diable» (8), l’existence d’un plan génocidaire a été portée à sa connaissance par un informateur qu’il surnomme «Jean-Pierre». Ce dernier avait discrètement décidé de révéler l’existence de ce plan et dénoncer ses collègues extrémistes «hutu». En contre partie, il sollicita auprès du commandant des casques bleus de la MINUAR, son évacuation en compagnie de sa famille vers un pays occidental. Après une vérification minutieuse des révélations obtenues, notamment la localisation des caches d’armes, le commandant en chef des casques bleus avait trouvé ces informations si crédibles et préoccupantes qu’il décida d’en informer ses supérieurs hiérarchiques à l’O.N.U. Hélas, cette dernière fit sourde oreille à l’alerte reçue et ne réagit pas adéquatement.

Les planificateurs du génocide des «tutsi» ont décidé de passer à l’action et en envisageant de perpétrer un assassinat sensationnel qui devait leur permettre d’accélérer ce qu’ils appelaient alors la solution finale, c’est-à-dire l’extermination totale des «tutsi» se trouvant à l’intérieur du Rwanda. La cible désignée à l'époque fut le chef d'état major du Burundi, le colonel Jean BIKOMAGU. Celui-ci, était alors soupçonné d'être le principal instigateur de l'assassinat du Président Melchior Ndadaye.

Avec le recul, l’on voit que les concepteurs de ce complot pensaient faire d’une pierre deux coups : c’est-à-dire venger le président Melchior Ndadaye et simuler une tentative d’assassinat du président Habyarimana qu’ils devaient attribuer au Front Patriotique Rwandais (F.P.R). Par ailleurs, ce geste aurait été suffisamment grave pour justifier l’arrêt de la mise en œuvre des accords de paix signés en août 1993 à Arusha en Tanzanie.

L'agenda de la réunion de Dar-es-Salaam du 6 avril 1994 qui initialement devait porter sur la mise en place du gouvernement de transition au Rwanda, conformément aux Accords d'Arusha avait été élargi aux problèmes de sécurité de la sous-région et particulièrement du Burundi et ce, sur demande du Rwanda ! La modification de l’ordre du jour de cette réunion était visiblement destinée à justifier l'invitation des chefs d'état major des pays de la sous-région, surtout le colonel Jean Bikomagu, alors chef d’état major du Burundi. Le président Mobutu informé du complot, aurait décidé à la dernière minute de bouder la réunion de Dar-es-salaam pour ne pas être associé à ses éventuelles conséquences.

6. Le nœud fatal du complot

A l'issu de la réunion de Dar es-Salaam, le Président Cyprien Ntaryamira du Burundi qui était courtisé par le cercle des extrémistes du «hutu-power» rwandais décida, d'embarquer dans l’avion du président Juvénal Habyarimana. Il aurait alors ordonné à son chef d’Etat major, le Colonel Jean Bikomagu et sa délégation de se diriger à Kigali où il devait remonter à bord de son avion.

Il prétendait alors vouloir continuer les discussions avec son homologue rwandais. Pourquoi a-t-il pris cette décision ? Un chef d’état improvise-t-il une visite sans raison majeure ? Une enquête plus poussée, notamment auprès d’une partie des délégations burundaise et rwandaise restée en Tanzanie à l’époque pourrait peut-être éclairer davantage sur ces interrogations.

Un autre détail important : lors de cette escale improvisée, les membres de la délégation à tendance modérée, membres de l'opposition rwandaise avaient été écartés de l'avion pour céder la place à l'entourage du président Cyprien Ntaryamira. Ce dernier à son tour avait pris soin de se faire accompagner uniquement par deux ministres qui lui étaient proches lors de ce passage inattendu à Kigali. De connivence avec Juvénal Habyarimana lui-même, l'ordre aurait alors été donné par Elie Sagatwa qui était alors conseiller particulier du président, à une unité spécialisée encadrée par des militaires français du Détachement Militaire d’Assistance à I’Instruction (DAMI) en poste à Kigali, de tirer sur le premier avion qui amorcerait une descente sur l’aéroport de Kanombe. La cible désignée était l'avion burundais à bord duquel se trouvaient le Colonel Jean Bikomagu et sa délégation. L'avion de Juvénal Habyarimana se serait alors mis à tournoyer dans l’air, on ne sais où, en attendant que la mission soit accomplie.

Le Chef d'Etat-major du Burundi qui avait acquiescé à la demande de son président, par pressentiment d’un danger éventuel à Kigali, changea d’idée en plein vol et décida de désobéir. Il aurait alors ordonné à son pilote de se diriger immédiatement à Bujumbura ! Il est vrai qu'à l'époque Kigali était réputé dangereux et de surcroît pour un chef d'état major «tutsi» du Burundi qui y voyait un véritable enfer. Par ailleurs, à l’époque les rumeurs au sujet de la reprise éventuelle des hostilités à Kigali allaient bon train à Bujumbura (la capitale du Burundi) surtout dans les milieux des réfugiés rwandais.

Ainsi donc le premier avion qui amorça la descente sur l’aéroport de Kigali ne fut pas celui du Colonel Jean Bikomagu mais bel et bien celui du président Juvénal Habyarimana qui fut abattu suivant les consignes préétablis. Y aurait-il eu une défaillance de communication entre les tireurs placés dans la bananeraie de Masaka et leurs commanditaires? C'est fort probable, eu égard au nombre restreint de personnes impliquées dans une mission de cette nature. De toute évidence, cette délicate mission a mal fonctionné.

Au cours de son procès à Arusha, en réponse au juge du TPIR qui suspectait son rôle personnel dans l’attentat, le colonel Théoneste Bagosora (présumé cerveau du génocide des «Tutsi») aurait reconnu indirectement que c’est l’état major des Forces Armées Rwandaises (FAR) qui avait commandé les missiles qui ont abattu l’avion présidentiel ! Il a admis en effet avoir demandé la facture des dits missiles, mais il s’est empressé d’ajouter que c’était à titre d’information !

Colette Braeckman dans le journal Le Soir susmentionné nous apprend « qu’on a découvert que, peu avant l'atterrissage, la tour de contrôle de Kigali a communiqué avec l’équipage, ce dernier a même parlé de la présence du président burundais sans qu’on le lui demande l'avion » Etait-ce une tentative ultime de communiquer avec les embusqués de Masaka par l’intermédiaire d’une équipe spécialisée dans l’interception des communications radio ? C’est un mystère non encore élucidé, mais c’est une piste à ne pas négliger!

D’après Jean-Paul Gouteux, auteur de "La Nuit Rwandaise", un ouvrage très fouillé sur le rôle joué par la France au Rwanda, les lance-missiles qui ont abattu l'avion présidentiel avaient été placés à Masaka, un fief des partisans acharnés du président Habyarimana, tout près de l'orphelinat de sa femme (Orphelinat Sainte Agathe) un lieu difficilement accessible aux intrus. Etant donné l'heure à laquelle l'avion a été abattu, les tireurs se sont vraisemblablement placés à cet endroit au moment où il faisait encore clair. Par ailleurs, la route Kigali-Kibungo et la seule rue adjacente qui mène à Masaka étaient jonchées de barrières gardées par les Forces Armées Rwandaises (F.A.R) en état d’alerte maximale à cause de la situation qui prévalait. Il est impensable que des lance-missiles puissent y avoir été acheminés par des inconnus sans être repéré par tout le dispositif de sécurité qui était en place.

Un autre élément qu’il serait important de clarifier est le délai du vol de Dar-es-Salaam à Kigali. En effet, entre le temps de vol normal et celui qu'a pris le Falcon 50, qui était l'avion présidentiel à cette époque, il y aurait une différence suspecte d’une vingtaine de minutes. D'où plusieurs interrogations : où était-il passé entre temps? Qu'attendait-il? Pourquoi cet avion présidentiel n'est-il pas revenu immédiatement à Kigali? Si ce retard était confirmé, il constituerait un élément clé.

D'autres interrogations non moins importantes concernent la réaction de l'entourage de Juvénal Habyarimana, la garde présidentielle et les militaires français du Détachement d’Assistance Militaire à l’Instruction ( DAMI) en poste à Kigali, bref la gestion immédiate de l’après-attentat. Les casques bleus de la MINUAR auraient voulu sécuriser les lieux de l’écrasement de l’avion pour recueillir les indices qui devaient servir à l’enquête, mais l’accès leur a été catégoriquement interdit.

Le Lieutenant-Général Dallaire rapporte cette épisode en ces termes : «les hommes de Luc tentaient de retracer tout notre personnel du secteur de Kigali. Il avait envoyé une section de soldats belges pour assurer la sécurité du lieu de l’écrasement de l’avion, mais les membres de la garde présidentielle qui se trouvaient à l’aéroport leur en avaient refusé l’accès » (9) Qu’est-ce qui justifie ce refus ? Qu’est-ce que la garde présidentielle voulait dissimuler ?

Le journal Le Soir du 6 et 7 mai 2006 nous apprend par ailleurs que dans la foulée de ces événements, trois coopérants français, le couple Didot et le gendarme Maier, (des spécialistes en communication radio) furent retrouvés ensevelis dans leur jardin, alors qu’ils habitaient près du camp militaire de Kanombe. Il est important de signaler que cette zone était hautement sécurisée, car elle se trouvait non loin de la résidence officielle du président Juvénal Habyarimana. Quelqu’un se serait-il débarrassé de ces coopérants français après l’exécution d’une mission qui avait mal tourné et dans laquelle ils étaient des témoins encombrants ? De toute évidence leur assassinat reste mystérieux alors qu’ils étaient dans une zone sûre où leur sécurité n’était pas du tout menacée. Jusqu’à ce jour, aucune enquête n’a été menée pour élucider leur assassinat. A moins qu’elle fasse partie de celle menée par le juge d’instruction Jean-Louis Bruguière. Ce serait cependant surprenant, car les investigations de ce dernier sont plus motivées par la politique que par la justice.

Le rôle troublant joué par la France par le biais de sa cellule africaine de l’Elysée à cette époque est grandement analysé par une commission d’enquête qui a été mise sur pied par des citoyens français représentés par Survie, l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides, Aicrige et l’Observatoire des transferts d’armements, Obsarm (10)
Voir : wwww.enquete-citoyenne-rwanda.org

Par ailleurs, plusieurs publications ont levé le voile sur l’implication française dans le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu » modérés au Rwanda. A l’instar de Zola, le célèbre auteur de «J’accuse», des journalistes, des intellectuels et autres chercheurs courageux ont décidé de briser le mur du silence érigé par les autorités françaises au sujet de leur implication au Rwanda. Entre autres livres, mentionnons «Le génocide franco-africain, faut-il juger les Mitterand ?» (11) de Pascal Krop ; «Rwanda, complicité de génocide» (12) de François-Xavier Verschave ; « Rwanda, un génocide français » (13) de Mehdi Ba ; «Le parcours de la honte » (14) de Jean-Claude Willame ; «Un génocide sur la conscience» (15) de Michel Sitbon ; «un génocide secret d’Etat» (16) de Jean-Paul Gouteux ; «Histoire d’un génocide» (17) de Collette Braeckman ;
«La nuit rwandaise» (18) de Jean-Paul Gouteux ; « L’inavouable » (19) de Patrick de Saint-Exupéry ; «Imprescriptible » (20) de Géraud de La Pradelle et plusieurs autres …

Ce qui révoltent le plus certains citoyens français et d’autres observateurs de l’orientation politique de la cellule africaine de l’Elysée au sujet du Rwanda, c’est sa persévérance dans ses erreurs. Après la déroute militaire des forces génocidaires, le monde entier a découvert avec stupéfaction l’horreur indescriptible du génocide perpétré par les extrémistes «hutus». Contre vents et marée, le gouvernement de François Mitterrand est resté aux côtés de ces mêmes génocidaires, elle leur a ouvert ses portes tout en fermant les yeux sur leurs crimes. Le soutien de l’Elysée à l’époque ne s’est pas limité au cadre strictement humanitaire ! «Il est vite apparu que la France était complice, de multiples manières. Elle a sciemment soutenu un régime raciste qui couvait l’idéologie et les forces du génocide, puis ces forces en train de commettre l’abomination, avant de favoriser leur repli et leurs préparatifs de revanche. Les voix qui dénonçaient en France ce sinistre ont été vite étouffées par une chape de plomb politico-militaire et une désinformation incessante » (21)

Ayant d’abord sous-estimé la capacité militaire du F.P.R, les autorités françaises de l’époque en ont eu le cœur net tardivement mais malgré tout, elles ont maintenu leur position tout en essayant de sauver la face. Après avoir mal digéré la défaite de leurs alliés, ils ont décidé de poursuivre en sourdine leur lutte contre le régime du président Paul Kagame. Face aux fantômes du génocide des «tutsi» qui hantent la conscience de ses auteurs et leurs alliés, de grands moyens ont été mis en place pour camoufler ce scandale qui souille l’image des puissances impliquées dans la préparation et l’exécution de la pire épuration ethnique du siècle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, que jusqu’aujourd’hui, il y a très peu d’informations sur le financement de ce génocide. Les précieuses données relatives aux sources et aux filières financières qui ont alimentés les forces génocidaires resteront difficilement accessibles tant et aussi longtemps qu’elles contiennent des éléments fort compromettants.

7. Abdul Ruzibiza : un recru de plus pour brouiller les pistes!

Comme nous l’avons mentionné dans l’introduction, la thèse du double génocide a été choisie par des révisionnistes, en vue de tenter d’alléger le poids de ce crime des crimes qui pèse lourdement sur la conscience de tous ceux qui s’y sont impliqués. L’apôtre salutaire, nouvelle recru dans le gang chargée de la propagande mensongère au sujet du génocide des «tutsi » est Abdul Ruzibiza.

Etant lui-même un «tutsi», son intervention a été reçu comme un cadeau doré par les partisans de l’idéologie génocidaire. Ancien militaire de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R), son livre:«Rwanda, l’histoire secrète » (22) est un véritable réquisitoire à l’endroit de ses anciens compagnons d’arme. Depuis sa publication, les partisans du régime de Habyarimana et leurs alliés s’en régalent à cœur joie. Ils en ont carrément fait leur «credo» qu’ils prêchent à tout bout de champs !

Le fait qu’il cite nommément des militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R.) et que son récit s’appuie sur une chronologie de plusieurs faits historiquement vérifiables, cela pourrait facilement leurrer un lecteur non averti. Se décrivant comme un membre du «network» du F.P.R, dans son récit, il gonfle le nombre des crimes qu’il attribue à ses anciens compagnons d’arme tout en prenant soin de ne pas divulguer son propre rôle. On dirait un ange qui décrit avec force détails les méandres d’un enfer dont il est sorti miraculeusement ! Etant visiblement entré en disgrâce avec ses supérieurs militaires au point d’avoir été incarcéré «injustement» ; ayant perdu toute sa famille à l’instar de plusieurs autres «Tutsi», Abdul Ruzibiza n’a rien à perdre. Dès lors, Il défoule ses ressentiments sur ses anciens supérieurs avec une virulence démesurée.

Son apparition sur la scène est classique dans des pays qui pratiquent la Common Law. En effet, c’est très courant que lorsqu’on fait face au manque criant de preuves, on infiltre un groupe soupçonné pour solliciter les services d’un délateur à qui on promet monts et merveilles. L’originalité du scénario «Ruzibiza» est que de toute évidence, il est au service d’un acteur qui croupit sous le poids des soupçons raisonnables de complicité de génocide. Il ne serait donc pas étonnant qu’Abdul Ruzibiza soit la source principale du juge d’instruction français Jean-Louis Bruguière. Ce dernier s’active apparemment depuis un bon bout de temps à trouver des preuves qui lui permettrait d’incriminer le Président Paul Kagame. Abdul Ruzibiza ne ménage aucun effort dans sa tentative de distraire l’opinion publique scandalisée par les dérapages scandaleux de la politique française au Rwanda. L’absence d’autres écrits sur déroulement de la guerre dans les rangs du F.P.R lui a ouvert un vaste champ libre qu’il dépeint au gré de ses commanditaires tout en se déchargeant de ses frustrations personnelles. Il se livre à de véritables affabulations pour détourner l’attention de l’opinion publique, qui découvre de plus en plus avec stupeur, les dérapages de la guerre secrète de l’Elysée de François Mitterrand.

Cela n’est un secret pour personne qu’en 1994 au Rwanda, la tournure des événements a mis dans l’embarras les autorités françaises qui étaient les principaux alliés du régime de Habyarimana. La menace de l’apocalypse proférée précédemment par le colonel Bagosora s’est concrétisée. Plus d’un million de «tutsi» et de «hutu» modérés ont été exterminés en trois mois. Mais ce qui n’avait pas été prévu par l’armée «hutu» et ses sponsors, c’est la victoire militaire du Front Patriotique Rwandais (F.P.R). Le gouvernement de François Mitterrand à l’époque a pesé de tout son poids pour contrebalancer la supériorité militaire de l’Armée Patriotique Rwandaise sur terrain.

L’opération turquoise créée à la va-vite en juin 1994, sous le fallacieux prétexte d’une mission humanitaire s’inscrit dans cette optique. L’extermination des «tutsi» de la région de Bisesero, en plein milieu d’un endroit qualifié de «Zone Humanitaire Sûre», sous la protection de l’armée française démontre clairement à quel point la mission turquoise était loin d’être de ce qu’elle prétendait être. En bout de ligne, les seules bénéficiaires de cette intervention française ont été les génocidaires en déroute qui, grâce à l’appui militaire français ont pu échapper au feu des canons de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R)

Plus d’une décennie après le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutu» modérés au Rwanda, le rôle embarrassant joué par la France continue de hanter les autorités de ce pays. Le blanchiment politique opéré par la mission d’information parlementaire dirigée par Paul Quilès n’ayant pas suffi à calmer les esprits scandalisés par le rôle honteux et déshonorant joué par l’administration de François Mitterrand au Rwanda, le combat contre le régime du Front Patriotique Rwandais (F.P.R) s’est poursuivi en coulisse sur la scène diplomatique et ouvertement à travers des médias.

Pierre Péan dans son sensationnel pamphlet : «Noires fureurs, blancs menteurs» (23), s’est illustré en premier à la pointe de cette campagne mondiale de désinformation au sujet du génocide des « tutsi». Il a aussi préfacé Charles Onana dans «Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais» (24). Se trouvent dans la même gang : Jacques Hogard qui a publié « Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda (25) », ainsi que Robin Philpot auteur du très négationniste ouvrage : «Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali » (26).

Gil Courtemanche, auteur du célèbre roman «un dimanche à la piscine à Kigali » (27) a révélé avoir été approché, pour faire parti de ces auteurs qui ont troqué leur nom et leur dignité pour masquer la vérité au sujet du génocide de 1994 au Rwanda. «Moi j’ai refusé, mais je sais qu’il y en a d’autres qui ont accepté et je n’en dirai pas plus » (28) a ajouté le célèbre journaliste québécois lors d’une séance de questions.

Les allégations du lieutenant Abdul Ruzibiza que certains médias français et les milieux proches de l’ancien régime rwandais relayent avec beaucoup d’éclat s’inscrivent dans le cadre de cette même vague de manipulation de l’opinion publique. Cette «croisade» médiatique est ouvertement destinée à désorienter tous ceux qui ont été stupéfait par le génocide de 1994 au Rwanda. Il n'est nullement besoin de s’étonner que le momentum ciblé par cette campagne de désinformation coïncide avec la commémoration annuelle du génocide des «tutsi» et le massacre des «Hutu» modérés. La stratégie consiste à détourner toute l’attention sur l’écrasement de l’avion de Juvénal Habyarimana.

Le fait que Mr Ruzibiza accuse l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R) de n’avoir pas secouru et protégé les siens, laisse penser qu’il a des comptes personnelles à régler vis-à-vis des ses anciens compagnons d’arme. Il formule des accusations très sévères à l’endroit du Président Paul Kagame qui était alors commandant en chef de l’Armée Patriotique Rwandaise. Selon lui, des unités spécialisées auraient dues être mises sur pied pour protéger les civils «tutsi» de l’intérieur du Rwanda. Il affirme cependant que la stratégie de l’A.P.R consistait à se concentrer sur des cibles militaires. Cet aveu a le mérite de reconnaître implicitement le caractère propre de la guerre que menait le F.P.R, contrairement à ses adversaires qui se livrait au massacre des civils innocents qu’ils étaient sensés protéger en tant que gouvernement.

D’après Abdul Ruzibiza, le F.P.R aurait dû mettre en place une stratégie préventive des massacres par le biais de plusieurs sections mobiles composées par de petits groupes commandos. Signalons en passant que cette tactique de sauvetage a été mise en œuvre notamment dans la ville de Kigali, mais elle a abouti à des résultats mitigés ! Ces petits groupes d’intervention rapide se déplaçant souvent la nuit, se sont heurtés à plusieurs reprises et à divers endroits à la sourde oreille des survivants terrorisés et retranchés dans leurs cachettes, car ils ne pouvaient pas faire la différence entre les sauveteurs et les bourreaux. Quelques uns ont été sauvés des griffes de leurs prédateurs, mais le défi était de les faire parvenir dans un lieu sécurisé qui était dans la zone contrôlée par le F.P.R. situé au nord-Est de la Ville de Kigali jusqu’en mai 1994. Des témoignages à ce sujet sont très nombreux parmi les survivants du génocide de la ville de Kigali.

L’opération qui a spectaculairement réussie est celle effectuée à l’Eglise Sainte-Famille et non sans risques ! En effet, au lever du jour, les évacués étaient encore dans la vallée située entre Gacuriro et Gisozi, en pleine zone ennemie et ce parce que certaines personnes évacuées ne pouvaient pas maintenir le rythme de marche que cette opération imposait. Ces gens évacués doivent leur survie à la ténacité et la détermination des soldats du F.P.R qui se sont battus vaillamment pour franchir la ligne de démarcation qui les séparait des Forces Armées Rwandaises (FAR). Par ailleurs, au lendemain de cette opération, des survivants qui n’avaient pas suivi le F.P.R ont été pris pour cible par les miliciens et les militaires gouvernementaux. Si aujourd’hui une analyse tranquille et rétrospective des événements, peut aller dans le sens de certaines idées stratégiques préconisées par Abdul Ruzibiza, il n’en était pas de même en 1994.

Force est de reconnaître que le Général Paul Kagame, s’est retrouvé au moment crucial de la guerre, dans l’obligation d’opérer des choix difficiles et ce en face de deux éléments essentiels qui lui échappaient totalement à l’époque, à savoir : la menace d’une d’intervention rapide de l’armée française aux côtés des forces génocidaires et la capacité réelle de la machine infernale du Colonel Bagosora et ses hommes. Qui aurait imaginé la possibilité matérielle d’exterminer un million d’humains en trois mois ? Les seules personnes à condamner dans la circonstance sont les génocidaires qui s’en sont pris aux enfants, aux femmes aux hommes innocents, simplement parce qu’ils étaient des «tutsi» ou leur étaient assimilés. Etant donné qu’ Abdul Ruzibiza pourrait être aujourd’hui à la solde des services qui ont joué un rôle de complicité on ne peut plus troublant dans le génocide des «tutsi», cela suscite beaucoup de suspicions sur sa crédibilité.

C’est pour cela qu’il y a lieu de mettre un grand bémol à ses propos. Ses allégations sont fort douteuses dans la mesure où il ne fournit pas de preuves convaincantes, hormis la connaissance quasi parfaite de la liste nominative des commandants de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R) et sa structure organisationnelle. A chaque description du déroulement des hostilités, il s’arrange pour y ajouter un décor macabre et arbitrairement chiffré des crimes qu’il attribue nommément aux militaires du F.P.R qui dirigeaient les opérations sur terrain. L’on peut se demander par quel truchement il observait une zone aussi large pour en rapporter de façon si détallée les crimes commis. Seule Claudine Vidal trouve une explication à cette habileté digne d’une fiction hollywoodienne : C’est le résultat d’une organisation mnémotechnique propre à la mémoire traditionnelle orale pratiqué dès l’enfance ! (29)

Son témoignage comporte des torsions et des affabulations que, seule une personne non avertie pourrait avaler. Je citerais à titre d’exemple le récit relatif à l’assassinat des dignitaires ecclésiastiques à Gakurazo. S’appuyant sur une source non révélée, Abdul Ruzibiza affirme que le Général Paul Kagame a ordonné personnellement la liquidation physique des évêques catholiques, ainsi que toute autre personne susceptible d’être un témoin gênant. (30)

Cependant, d’aucuns savent qu’au noviciat Saint-Joseph de Gakurazo, au moment de ce drame, il y avait beaucoup d’autres gens, notamment des postulants, des novices et des frères profès qui sont toujours en vie. Notamment, les Frères Guido Gatoto, Frédéric Sezikeye, Jean-Baptiste et plusieurs autres …Suivant les affirmations développées tout au long du livre de Ruzibiza, ces gens auraient dû être tous exterminés conformément aux prétendus ordres du Général Paul Kagame, car ils étaient des témoins gênants. Or ces personnes sont bel et bien en vie actuellement et n’ont fait l’objet d’aucune menace. Abdul Ruzibiza ne nous dit pas pourquoi les prétendus ordres du commandant en chef de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R) n’ont pas été entièrement mis en exécution. De Kabgayi à Gakurazo en passant par Ruhango, c’est un détour de plus d’une cinquantaine de kilomètres dans une zone de guerre à l’époque. Si le commandant des opérations militaires sur terrain avait reçu un ordre formel d’assassiner ces ecclésiastiques, pourquoi ne l’a-t-il pas fait pendant tout ce trajet parsemé de forêts et de grandes espaces non habitées? Aurait-il fallu d’abord leur trouver un endroit paisible et confortable à l’époque pour les exécuter ?

D’après des témoins oculaires, plutôt des mesures avaient été mises en place pour bien traiter et protéger ces religieux. C’est pour cette raison qu’ils ont été éloignés d’une zone d’hostilités (à Kagbayi) et placés dans un endroit plus sécuritaire et viable. N’ayant pas trouvé de lieu convenable à ces dignitaires ecclésiastiques au centre de négoce de Ruhango, il a fallu revenir à Gakurazo parce que le couvent abritant le noviciat Saint Joseph était un endroit qui remplissait des conditions de traitement respectueux pour ces religieux.

Cependant, parmi les soldats désignés pour assurer leur garde, il y en avait un dont, par hasard, les parents et plusieurs autres personnes avaient été massacrés à l’évêché de Kabgayi où se trouvaient ces mêmes évêques sans que ces derniers interviennent pour les sauver. C’est ce même soldat qui dans sa fureur se serait introduit à l’intérieur du noviciat à l’insu de ses compagnons et tiré sans distinction sur ces religieux (des «Hutu» comme des «Tutsi») pour venger ses parents. C’est ainsi que furent tués : des évêques, des prêtres, le Supérieur Général de la congrégation des Frères Josephites et même un domestique qui leur servait alors de la bière. Ces gens étaient tous assis au réfectoire du noviciat, dans un petit salon qui servait d’accueil. Les autres soldats qui se trouvaient à l’extérieur du couvent ont été attirés par le bruit des coups de feu et ont accouru vers les lieux, mais ils sont arrivés trop tard et l’assassin venait juste de quitter les lieux.

Plus tard, un autre coup de feu a retenti cette fois-ci à l’extérieur du couvent. Ils découvriront par la suite qu’il s’agissait du même soldat qui venait de se suicider. D’après des témoins oculaires, le chef du peloton qui assurait la garde de ces lieux était visiblement désemparé. Il aurait pris à témoin deux Frères Josephites pour leur expliquer la situation qui venait de se passer, qu’il a par la suite rapportée à ses supérieurs. Par après, l’ordre a été donné par le haut commandement du F.P.R, de tout faire pour permettre aux religieux assassinés d’avoir une sépulture digne de leur honneur. C’est ainsi que les évêques ont été inhumés à la basilique de Kabgayi, tandis que le Frère Jean-Baptiste Nsinga, alors Supérieur Général des Frères Josephites a été inhumé au cimetière de Gakurazo, conformément au souhait exprimé par ses confrères.

Partant de cet exemple, l’on pourrait se poser des questions sur le fondement des propos de Mr. Ruzibiza que Claudine Vidal et André Guichaoua essayent d’appuyer pour les rendre plus plausibles. Il est vrai que depuis la nuit des temps, dans toutes les guerres il y a des bavures. Dans le cas du Rwanda, il y a eu violation des droits humains et de nombreux crimes.

Quand Abdul Ruzibiza avance arbitrairement des effectifs des gens assassinés ici et là comme s’il y avait personnellement assisté, cela suscite plusieurs interrogations sur le fondement de ses allégations. C’est fort déplorable que des citoyens innocents aient péri sous le feu de ceux qui s’étaient donnés pour mission de libérer le Rwanda. Si les affirmations d’abdul Ruzibiza sont sujettes à controverses, ces motivations ne laissent aucun moindre doute ! Sa raison transparaît à travers le choix de ses cibles à savoir : les hauts gradés de l’armée actuelle ainsi que ceux des rescapés du génocide qui sont insatisfaits par la gestion de toute la problématique de l’après-génocide. Il tente visiblement de soulever les survivants du génocide contre le pouvoir en place au Rwanda.

Par ailleurs, les chiffres qu’il fabrique de toutes pièces sont clairement destinés à soutenir la thèse du prétendu double génocide qu’il s’évertue à démontrer dans son livre. Cette machination a manifestement un double objectif :

  • ternir l’image et la réputation des officiers de l’armée patriotique et en particulier celle du Président Paul Kagame qui sont dans la mire des autorités françaises.
  • conforter ses commanditaires qui sont toujours hantés par leur rôle dans le génocide des «tutsi» et le massacre des «hutus» qui s’opposaient à la mort de leurs compatriotes.

Il est permis de penser que la position de Filip Reyntjens qui appuie et confirme les allégations d’Abdul Ruzibiza est motivée par un sentiment de haine - qu’il ne cache pas d’ailleurs - à l’endroit du Président Paul Kagame et son régime. Il semble qu’il ne s’est pas encore remis du choc qu’il a ressenti à la chute du régime de Habyarimana pour lequel il avait rédigé «l’une des meilleures constitutions africaines de l’époque» ! Etant donné ses profonds liens d’antan avec le régime déchu qui le mettent en conflit d’intérêt, Filip Reyntjens devrait se garder de prendre position dans ce débat et ce par simple souci de sauvegarder sa crédibilité.

8. Le génocide de 1994 au Rwanda était évitable

Faut-il rappeler que la protection et la sécurité des citoyens incombaient d’abord et avant tout au gouvernement rwandais de l’époque? Même au lendemain de l’écrasement de l’avion présidentiel, le génocide était tout à fait évitable. L’on peut rappeler qu’après la mort du président Juvénal Habyarimana en avril 1994, le Rwanda disposait d’un gouvernement légitime ainsi que d’autres institutions qui pouvaient parfaitement gérer cette crise. Par ailleurs, la Mission des Nations Unies pour l’Assistance du Rwanda (MINUAR) disposait d’une force capable sécuriser parfaitement le pays.C’est ce dispositif, susceptible de ramener le calme et la paix, qui fut en premier lieu la cible de la machine infernale du Colonel Théoneste Bagosora et ses hommes ! La Première Ministre Agathe Uwilingiyimana fut assassinée alors qu’elle devait aller à la radio nationale pour livrer un message de pacification à la nation. Le président de la cour suprême Joseph Kavaruganda, plusieurs ministres de l’opposition modérée ainsi que d’autres leaders favorables à la paix subirent le même sort.

Les paras belges qui constituaient la force la mieux équipée et entraînée des casques bleus ont été visés en premier lieu. Dix des leurs qui assuraient la sécurité de la Première Ministre furent exécutés par la même garde présidentielle. Dans le mémorandum susmentionné publié en juillet 1999, Mr. Kanyamibwa Félicien passe sous silence l’assassinat des ministres de l’opposition et d’autres leaders modérés. Il attribue l’assassinat de la Première Ministre et des dix paras belges aux «militaires mutins dans un climat de débordement». Une façon étonnamment laconique d’expliquer l’assassinat d’une Première Ministre et d’une partie du gouvernement, dans un document qui prétend faire le point sur les causes d’une tragédie sans précédent.

La perte des dix soldats susmentionnés a poussé la Belgique à mettre fin à sa participation à la mission, ce qui entraîna d’ailleurs l’échec de la MINUAR à la grande déception du général canadien Roméo Dallaire. Jugeant la situation extrêmement dangereuse, l’O.N.U décida à son tour de réduire sensiblement ses effectifs. Elle prit la malheureuse décision de ne laisser qu’un contingent symbolique de 250 casques bleus, mal équipés et sans autorisation d’intervenir pour protéger les civils. Rassurés de l’inaction des casques bleus, la Première Ministre et tous les ministres modérés exterminés, les troupes du Colonel Théoneste Bagosora et les miliciens Interahamwe eurent alors le champ libre. Toute la machine infernale s’est mit alors à fonctionner à plein régime, avec l’objectif de rayer du Rwanda tous les «Tutsi», du plus petit au plus vieux. Tout l’appareil administratif, médiatique, policier, militaire et paramilitaire a été mis à contribution dans cette épuration ethnique sans précédent. « Les tutsi, hommes, femmes, enfants jusqu’aux nourrissons ne furent pas seulement tués, mais suppliciés. La systématisation des atrocités, avait pour but de nier l’humanité des victimes : ils n’étaient que des «cafards» (inyenzi) » (31).

La cruauté et la rapidité de ces génocidaires ont surpris et stupéfait le monde entier comme l’avouera plus tard l’ancien président américain Bill Clinton. Le triste record de plus d’un million de morts en trois mois restera dans les annales. Aucune région du Rwanda ne fut épargnée ! Les sites mémoriaux éparpillés aujourd’hui à travers tout le pays témoignent de l’ampleur de ce génocide qualifié aujourd’hui à juste titre de pire drame humain de ce siècle !

9. Les négationnistes tentent de manipuler l’opinion publique

Alors que toutes les nations avaient abandonné les victimes du Rwanda à leur sort, des enfants, des femmes, des hommes sans défense étant massacrés à longueur de journée ; alors que des rivières charriaient des corps humains au su et au vu du monde entier, seule l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) du Général Paul Kagame est intervenue pour arrêter cette folie meurtrière, en prenant légitimement pour cible ces hordes de tueurs sans foi ni loi.

Ce sont ces mêmes génocidaires en cavale et leurs sympathisants d’hier qui tentent aujourd’hui de mettre à l’avant scène, l’attentat contre l’avion du président Habyarimana pour voiler leurs forfaits et distraire l’opinion internationale.

Le prétendu génocide des «hutu» qui aurait été commis par le F.P.R est une manœuvre visant à faire oublier les horribles crimes commis à l’endroit des «tutsi» du Rwanda et des «hutus» modérés. Certes, il y a eu des bavures commises par des éléments de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R.) à l’endroit des citoyens civils innocents. Force est de reconnaître que les circonstances de l’époque peuvent expliquer ces agissements répréhensibles. En effet, certains militaires de l’ A.P.R tombaient sur les corps des membres de leurs familles et leurs amis fraîchement assassinés et se mettaient à faire aveuglement des représailles. Ce sont ces actes individuels et isolés que Abdul Ruzibiza gonfle sciemment pour tenter d’adoucir les remords de ses commanditaires.

Les soldats du F.P.R qui ont été reconnus coupables de ces crimes ont été sévèrement châtiés. Nous citerons à titre d’exemple le soldat RWEMA qui fut condamné à mort et fusillé publiquement à Ndera près de Kigali en Mai 1994. D’autres condamnations et sentences ont été prononcées et plusieurs soldats purgent encore leurs peines dans des prisons militaires rwandaises. S’il y a des personnes qui ont commis des crimes, elles devraient être traduites devant la justice et répondre de leurs actes. Il est cependant archi-faux d’affirmer qu’il y a eu au Rwanda un génocide contre les «hutus». Le châtiment sévère auquel s’exposaient les militaires de l’Armée Patriotique Rwandaise (A.P.R) les en a dissuadé et c’est d’ailleurs cela qui a motivé la retenu et la discipline qui leur ont permis de remporter décisivement la victoire militaire sur terrain. Il n’y a jamais eu de projet destiné à exterminer les «hutus» du Rwanda et aujourd’hui plusieurs observateurs non partisans s’accordent à ce sujet.

Au cours de l’émission « Mémoire d’un continent » diffusée sur Radio France Internationale le 24 juin 2006, Claudine Vidal qui a préfacé le livre : «Rwanda, l’histoire secrète» a jugé bon de prendre ses distances face aux ardeurs d’Adbul Ruzibiza au sujet de ce prétendu génocide des «hutu». Sa curieuse position se résumerait par l’adage populaire rwandaise : Icyo kiranyagisha ! Tu dépasses dangereusement les bornes ! Une mise en garde de Semuhanuka à son fils Muhanuka. Le sage conseiller de circonstance est pourtant réputé pour son mensonge légendaire. (32)

Le génocide de 1994 au Rwanda a été perpétré contre les «tutsi» et il a emporté plusieurs «hutu» modérés qui étaient opposés à l’extermination de leurs compatriotes «tutsi», notamment la très regrettée première ministre Agathe Uwilingiyimana. Ce génocide a été reconnu par les Organisations des Nations Unies (O.N.U) et de l’Union Africaine (U.A) et ce, après des enquêtes ad hoc faites par des commissions internationales indépendantes. Ceux qui le nient aujourd’hui sont des négationnistes qui méritent d’être dénoncé publiquement. L’évocation de la révolution de la «majorité hutu» n’étant plus valable et suffisante pour justifier les massacres à répétition des «tutsi» depuis 1959, il a fallu faire preuve d’imagination pour tenter d’effacer de la mémoire collective les images insupportables de leur sale besogne de 1994.

La thèse du double génocide et l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana semblent être le choix actuel des révisionnistes et leurs sympathisants pour tenter de voiler leurs cruautés qui ont stupéfait le monde entier.

Toutefois, ni la protection dont ils jouissent actuellement, ni la dissimulation de leurs forfaits, rien ne pourra effacer de leur conscience le sang des nourrissons exterminés malgré leur limpide innocence, les larmes des enfants sans tache implorant en vain leur pitié en jurant de renoncer définitivement à l’ethnie «tutsi» s’ils avaient la vie sauve ! Les cris désespérés des femmes et des hommes sans défense, tous exterminés parce qu’ils étaient «coupables» d’avoir été artificiellement étiquetés ou assimilés à «l’ethnie tutsi» !

Jean-Claude Ngabonziza
Ottawa-Gatineau (Québec)
Canada


10. Notes

1. Colette Braeckman, Le Journal Le Soir paru à Bruxelles le 17 Juin 1994,

2. Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, la Françafrique au Rwanda, Editions tahin party- Page 26

3. Umu-tutsi : grammaticalement, le préfixe «umu» étant un article défini au singulier, sa forme au pluriel : «aba» donne lieu à «aba-tutsi». Celui-ci repris dans une langue faisant usage d’articles comme le français, les préfixes «umu» et «aba» deviennent tautologiques et superflus et le vocable «umu-tutsi» est retenu sous l’aspect de son radical «tutsi». C’est cette forme -le(s) «tutsi» - qui est communément reprise dans plusieurs écrits qui traitent des rwandais. La précédente description est aussi valable pour les «hutu » et les «twa».

4. Guy Logiest, Mission au Rwanda, un blanc dans la bagarre hutu-tutsi, Didier Hattier, Bruxelles 1988

5. Le Président Kayibanda vous parle, discours prononcé le 11 mars 1964

6. Félicien Kanyamibwa en collaboration avec Organization for Peace, Justice and Development in Rwanda (OPJDR) Juillet 1999, Mémorandum sur l’assassinat du Président Habyarimana

7- Les accords d’Arusha prévoyaient la fusion des forces armées des deux parties en conflit. L’effectif de la nouvelle armée à constituer étant limitée à 13 000 hommes dont 60% devaient provenir des F.A.R (Forces Armées Rwandaises) et 40% de l’A.P.R. (Armée Patriotique Rwandaise).Quant aux postes de commandement, ils étaient censés être répartis à parts égales (50% -50%).L’effectif de la gendarmerie était de 6000 hommes dont les hommes de terrain et le commandement devaient être répartis dans les mêmes proportions que celles de l’armée comme mentionnées plus haut. Le poste de chef d’état major de la gendarmerie devait revenir au F.P.R

8. Lieutenant-général Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable, la faillite de l’humanité au Rwanda, Editions Libre Expression, décembre 2003

9- J’ai serré la main du diable, décembre 2003 Page – 294

10- L’horreur qui nous prend au visage, l’Etat français et le génocide au Rwanda, Rapport de la commission d’enquête citoyenne Editions Karthala, Paris 2005

11. Pascal Krop, Le génocide franco-africain, faut-il juger les Mitterand, Jean-Claude Lattès, 1994

12. François-Xavier Verschave , Rwanda, complicité de génocide, Découverte, 1995

13. Mehdi Ba, Rwanda, un génocide français, L’Esprit Frappeur, 1997

14. Jean-Claude Willame, Le parcours de la honte, Editeur Complexe, janvier 1999

15. Michel Sitbon, Un génocide sur la conscience, L’Esprit Frappeur, 1998

16. Jean-Paul Gouteux, Un génocide secret d’Etat, Editions Sociales, 1998

17. Collette Braeckman, Histoire d’un génocide, Fayard Octobre 1994

18. Jean-Paul Gouteux, La nuit rwandaise, Editeur : L’Esprit frappeur : Dagorno, 2002

19. Patrick de Saint-Exupéry, L’inavouable, Editions : les arènes, mars 2004

20. Géraud de La Pradelle, Imprescriptible, Editions : les arènes, Paris 2005

21. Géraud de La Pradelle, Imprescriptible, Editions les arènes, Paris 2005, page 187

22. Abdul Joshua Ruzibiza, Rwanda, l’histoire secrète, Editions du Panama, 2005

23. Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Editions Mille et une nuits

24. Charles Onana, Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais, Editions Duboiris.

25. Jacques Hogard, Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, Editions Hugo

26. Robin Philpot, Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, Editeur : Les intouchables

27. Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali, Boréal contact, Montréal 2004

28. Propos de Gil Courtemanche, lors du Symposium sur le rôle des médias durant le génocide de 1994 au Rwanda, tenu à l’Université Carleton d’Ottawa en mars 2004,

29. Rwanda, l’histoire secrète, Editions du Panama - Page 51

30- Rwanda, l’histoire secrète, Editions du Panama - Page 309

31. Jean-Paul Gouteux, Un génocide sans importance, la Françafrique au Rwanda, Les Editions Dagorno, juin 2001 Page - 23

32- Dans la tradition orale rwandaise, Semuhanuka est le prototype d’un menteur. Il sert de référence pour qualifier un mensonge astucieusement fabriqué. La légende de Semuhanuka contient plusieurs récits, dont celui où il conseille à son fils Muhanuka d’apprendre à mentir pour gagner sa vie. Passant de la parole aux actes quelques temps plus tard, le fils a prétendu avoir heurté accidentellement sa tête contre le ciel ! Tout en s’accordant avec son fils sur le principe, Semuhanuka trouva sage de le prévenir sur la forme ! Tu dépasses les bornes, lui dit il en substance ! Ce genre de mensonge pourrait se retourner dangereusement contre toi, ce serait mieux d’en trouver un autre !