Volume 7 numéro 9, du 16 au 31 mars 2004

RWANDA
Le message du juge Bruguière...
selon le messager Stephen Smith

11 mars 2004

Le 10 mars 2004, le "négrologue" du journal Le Monde, Stephen Smith, relayait à l'opinion publique internationale les conclusions de l'enquête du juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière, sur l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana : c'est Paul Kagame et le FPR qui sont responsables. Faut-il rappeller que la mort violente d'Habyarimana allait emporter le pays des Milles Collines dans la fournaise d'un génocide préparer de longue date?

Pourtant, la véritable surprise pour nous c'est que, selon la version de Smith, il n'y aurait rien de neuf dans les conclusions du juge Bruguière! Il suffira d'ailleurs à nos lecteurs de parcourir le dossier compilé par l'Obsac au cours de l'année 2000 (et ce malgré les liens html qui ont parfois disparus) pour se rendre compte à quel point le juge français a tourné en rond avant d'accoucher d'une souris. Si le message passé par Stephen Smith est effectivement conforme au contenu du dossier monté par le juge Bruguière, ce dernier reprendrait alors essentiellement le récit du transfuge du FPR, Jean-Pierre Mugabe (publié en avril 2000 sous le titre de Moi, Jean-Pierre Mugabe, accuse Paul Kagame d'être l'auteur de l'attentat contre l'avion d'Habyarimana, par un think-tank conservateur de Washington D.C. : l'International Strategic Studies Association).

L'important peut-être serait donc de savoir pourquoi il aura fallu plus de quatre ans avant que le dossier du juge ne soit"coulé" par l'entremise de la plume de Stephen Smith?

Deux hypothèses de travail viennent à l'esprit (mais il y en a évidemment d'autres) :

  1. On veut virer Bruguière. Le travail du juge semble en effet tellement mal ficelé qu'on ne veut pas qu'il soit acheminé au parquet. Bref, on aurait préféré que le juge s'occupe plutôt du dossier frais AZF et qu'il oublie celui de l'avion d'Habyarimana qui, à tout le moins, est de la viande plutôt froide;
  2. Ou alors, plus prosaïquement, certains français considèrent que la poursuite coûte que coûte de la guerre contre les "Khmers noirs" du Tutsi Paul Kagame justifie le coulage d'un dossier anti-terroriste. Dans ce cas, il se peut que la source de Smith soit le juge Bruguière lui-même, ou encore quelqu'un des nombreux réseaux françafricains qui gravitent entre l'Élysée et Matignon.

Chose certaine, à défaut de prendre connaissance de l'ensemble du dossier du juge français, ce qui semble extrêmement improbable, personne n'est en mesure d'évaluer la véritable portée juridique des accusations lancées sous la plume du journaliste Stephen Smith à l'encontre du président Paul Kagame et de plusieurs autres hauts responsables du présent régime rwandais. L'accusation reposerait-elle uniquement sur des témoignages de transfuges? Ou alors, peut-on les corroborer par des écoutes des communications du FPR réalisées par les unités spécialisées des services de renseignements militaires français encore présents au Rwanda au moment des événements? Est-ce que le récit des événement des "nombreux" témoins du juge Bruguières seraient en mesure de passer le test d'un contre-interrogatoire musclée d'avocats de la défense dans le cadre d'un procès international?

Chose certaine c'est une bien jolie bombe que vient de faire pêter Stephen Smith dans les pages du journal Le Monde. Cette histoire, celle du scoop journalistique autant que celle du dossier du juge, n'est pas terminée et elle pourrait même s'envenimer...

Wait and See.

Pierre Bigras

NOTA BENE : en date du 27 mars les choses ne se sont pas arrangées. Le président Paul Kagame évoque à présent la possibilité d'une commission d'enquête rwandaise sur l'implication de la France dans le génocide rwandais. Mentionnons que cette menace n'est pas étrangère aux fonds de marécage qu'a remué la Commission d'enquête citoyenne (voirs ci-dessous) sur cette implication française dans le génocide. Si la situation continue à évoluer sur la même tangente, on en viendra à oublier la transition congolaise qui vacille au bord de l'abime.

Voir aussi
L'analyse de Colette Braeckman

Les contres-accusations du Président Paul Kagame à l'encontre de la France;
et, le
compte rendu qu'en a fait Libération

MENTIONNONS AUSSI
La Commission d'enquête citoyenne (CEC)
pour la vérité sur l'implication française dans le génocide
http://www.enquete-citoyenne-rwanda.org/
La CEC siégera du 22 au 26 mars 2004


"Si le négationnisme pourrit l'Histoire et l'Humain, l'indifférence en fait le lit."