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Volume 3, numéro
10
Semaine du 7 au 13 mars 2000
NDLR : Le texte qui suit nous a été
communiqué en anglais par un Congolais que nous connaissons
depuis quelques années déjà et qui a été
un acteur dans les événement qui se sont déroulés
en RDC depuis 1997. Si il est munyamulenge, il n'est pas pour
autant représentant officiel, ni porte-parole de la communauté
banyamulenge. Le présent document et ceux qui suivront
dans le courrant de la semaine ne sont donc pas des documents
officiels au sens usuel du terme. Mais ils n'en constituent pas
moins un témoignage éloquent sur le véritable
état d'esprit de la communaut qui est devenue, au fil
des événements et des manipulations des uns et
des autres, le bouc émissaire des premiers et le faire-valoir
des seconds le plus visible dans le présent conflit.
Nous avons assuré la traduction des quate documents
qui seront publiés en français dans les pages de
l'Observatoire de l'Afrique centrale. Il va donc sans
dire que nous sommes seul responsable de toute divergence de
sens et/ou de détails entre les versions anglaise et française
des textes. Dans tous les cas où cela se produirait la
version originale anglaise a préséance. Ceci dit
ce n'est pas dans les méandres du détail de notre
traduction - effectuée un peu à la vapeur- mais
bien dans l'état d'esprit qui se dégage de ces
textes qu'on trouvera une convergence politique avec la tendance
qui vient d'émerger de la récente Consultation
nationale qui vient de se terminer à Kinshasa sous l'égide
des églises congolaises.
Pierre Bigras
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PROPOSITION ALTERNATIVE
POUR UNE PAIX ET UNE STABILITÉ DURABLES AU CONGO
Contrairement à ce que croit la communauté
internationale, les Banyamulenge n'ont aucunement confiance dans
l'Accord de paix de Lusaka, ni dans le Dialogue national qui
est prévu par cet accord. L'analyse qui suit énonce
les raisons derrière le scepticisme de la communauté
banyamulenge.
1) L'Accord de Lusaka
Il y a très peu de chances que l'Accord de paix de
Lusaka puisse ramener la paix au Congo, ne serait-ce qu'à
cause des conditions imposées par les différents
pays signataires concernant les conditions auxquelles ils accepteraient
de retirer leurs troupes de la RDC. Une des conditions imposées
par quatre des belligérants (Angola, Burundi, Rwanda et
Ouganda) est le désarmement des rebelles qui attaquent
leur pays respectif à partir de bases situées sur
le territoire congolais.
Pourtant, aucun de ces pays n'a jamais été capable
de neutraliser ces forces rebelles à l'intérieur
de leurs propres frontières :
- Le gouvernement angolais du MPLA est en lutte contre l'UNITA
depuis 1975;
- L'armée burundaise contrôlée par les
Tutsis combat les rebelles hutus du FDD-CNDD et du FNL depuis
1993;
- Le régime rwandais à dominance tutsi du FPR
combat contre les ex-FAR et la milice Interahamwe depuis sa victoire
de 1994 au cours du génocide rwandais; et
- Depuis 1986, l'Ouganda combat les rebelles Kony de la LRA
et plusieurs autres groupes qui sont autant d'épaves éparses
des régimes dictatoriaux passés de Didi Amin et
de Milton Obote.
Cet état de fait doit nous amener à nous
interroger sur les questions suivantes :
Premièrement, comment est-ce qu'une force onusienne
composée d'à peine 5.000 casques bleus réussirait,
là où des forces militaires combinées de
plus de100.000 hommes dans les pays ci-dessus mentionnés
ont échouées ? Et que se passerait-il si les forces
militaires étrangères décidaient de s'installer
à long terme en RDC sous prétexte de l'absence
de garanties de sécurité sur leurs frontières
?
Les Banyamulenge en sont arrivés aux conclusions
suivantes:
- Les forces de maintien de la paix des Nations unies seront
incapables de désarmer quelque groupe que ce soit et,
- cette situation peut mener à la partition de la RDC
en deux entités distinctes qui seraient placée
dans les faits sous le contrôle des forces étrangères
qui sont déjà en train de piller les ressources
minières, forestières et caféières
du pays
Pour les raisons qui suivent la communauté Banyamulenge
en est arrivée à la conclusion que l'accord de
Lusaka floue la RDC :
- L'Accord a avalisé la présence de troupes étrangères
en sol congolais et leur a donné une voie au chapitre
dans les affaires intérieures de la RDC. Ceci constitue
une violation de la souveraineté congolaise et de la Charte
des Nations unies.
- Les conditions fixées par les différents gouvernements
étrangers pour se retirer de la RDC sont impossibles à
réaliser. Il y a donc très peu de chances pour
qu'ils quittent le Congo à court terme tel que prévu
par l'accord de paix de Lusaka.
- Les partis congolais au conflit (à la fois du côtés
des groupes rebelles et du gouvernement Kabila, même si
ce dernier à un espace de manoeuvre nominalement supérieur
au premier) sont totalement dépendants des troupes de
leurs alliés respectifs; et finalement,
- Les problèmes spécifiques auxquels est confrontée
la communauté banyamulenge dans les domaines de la sécurité,
des droits civiques et de la discrimination dont ses membres
sont victimes, ne figurent tout simplement pas dans l'Accord
de paix de Lusaka.
2) Le Dialogue national
Tel que recommandé par l'Accord de paix de Lusaka,
un processus qualifié de «dialogue national»
doit réunir les représentants du gouvernement de
la RDC, ceux des rebelles du RCD-Goma, du RCD-Kisangani et du
MLC, ainsi que ceux des partis politiques congolais et des organisations
de la société civile, ceci afin d'arriver par un
processus de négociation à la mise en oeuvre d'une
nouvelle dispensation politique et à la mise en oeuvre
d'une réconciliation nationale.
Dans les faits ce processus devrait mener à une entente
sur le partage du pouvoir entre les différents acteurs
congolais. Il est donc important de savoir à qui l'on
a véritablement affaire.
Selon nous, tous les participants au processus de «dialogue
national» peuvent être classés dans une de
trois catégories suivantes :
- Les membres du gouvernement Kabila qui veulent légitimer
leur pouvoir dans le cadre de ce forum. Il faut savoir que depuis
mai 1997 le gouvernement Kabila a démontré sont
incompétence à la fois dans le domaine politique
et économique. De plus, ce gouvernement s'est probablement
rendu coupable d'incitation à la haine et de crimes contre
un groupe spécifique de la population au cours de la première
partie du présent conflit : les banyamulenge et les autres
groupes d'origine tutsie qui habitent en RDC. Les actes qui ont
été commis sont de nature génocidaire, ou
à tout le moins peuvent être assimilé à
des crimes contre l'humanité.
- Les anciens mouvanciers mobutistes au sein des groupes rebelles,
de l'opposition intérieure non-armée et des organisations
de la société civile qui cherche à effectuer
un retour par l'entremise du mécanisme légal mis
à leur disposition par le «dialogue national».
N'oublions pas qu'il s'agit du même groupe de personnes
qui a littéralement saigné à blanc le plus
vaste pays d'Afrique centrale pendant plus de trois décennies
(de 1965 à1997), et qu'ils ne sont pas plus intéressés
aujourd'hui au bien-être du peuple congolais qu'ils ne
l'ont été par le passé.
- Finalemement, il y a un troisième groupe composé
de jeunes opportunistes, à la fois au sein de la rébellion,
de l'opposition intérieure non-armée et des groupes
de la société civile qui brûlent d'envie
de se positionner pour obtenir des postes de pouvoir et qui considère
le «dialogue national» comme la meilleure façon
de briser l'embâcle du monopole du pouvoir exercé
par leurs ainés depuis l'indépendance et qui refusent
obstinément de passer le flambeau.
La caractéristique commune de ces trois catégories
est leur impopularité ou leur aliénation par rapport
à l'ensemble de la population. De plus, aucun d'eux ne
dispose d'un projet clair pour changer la donne politique. En
d'autres mots, ils se pressent à la table de négociation
pour obtenir leur part du gâteau, mais avec une absence
total de volonté ou de détermination pour s'attaquer
aux immenses problèmes du plus central des pays d'Afrique
centrale.
3) Quelques propositions alternatives pour une paix et
une stabilité durable en RDC.
Les dirigeants banyamulenge sont convaincus que la réalisation
d'une paix et d'une stabilité durable au Congo doit passer
par les conditions suivantes :
- Tant que le major général Paul Kagame et le
président Laurent-Désiré Kabila resteront
au pouvoir respectivement à Kigali et à Kinshasa,
il y a peu de chances de mettre un terme au présent conflit.
En d'autres mots, toute solution au conflit armé en RDC
doit prévoir la neutralisation politique de ces deux dirigeants.
Pour être brutalement clair, ils doivent partir.
- Un sytème de gouvernement fédéral prévoyant
un transfert de pouvoirs aux provinces dans les domaines de juridictions
pertinentes doit être mis en place pour permettre un mode
d'administration qui tienne compte de la diversité régionale
et comprenant minimalement, à défaut d'une entente
sur des paiements de péréquation, le tranfert d'un
pouvoir de taxation et de juridiction dans les domaines de la
santé, de l'éducation, de la police et de la justice.
Le système de gouvernement centralisé présentement
en vigueur ne réussit en effet qu'à dilapider les
ressources et est trop éloigné des différences
de réalités qui existent d'un bout à l'autre
du pays.
- Les dirigeants des différentes tribus (ou groupes
ethniques) des provinces orientales du Nord et du Sud-Kivu doivent
recevoir un appui, à la fois politique et financier, afin
de réaliser la nécessaire réconciliation
entre ces groupes et les aider à intégrer les composantes
armées des banyamulenge et des Mayi Mayi au sein d'une
force de défense qui serait placée sous la supervision
des casques bleus de l'ONU. Le peuple congolais doit savoir que
tous les efforts de réconciliation depuis le début
de la deuxième guerre congolaise en août 1998 ont
été saboté, d'une part par le gouvernement
Kabila qui a fourni des armes et de l'argent aux Mayi Mayi et,
d'autre part par les militaires rwandais présents au Kivu
qui ont systématiquement tenté de maintenir la
discorde entre les Banyamulenge et les autres groupes de ces
deux provinces
- Sous la direction du commandement des troupes de l'ONU, les
combattants banyamulenge et les milices Mayi Mayi qui possèdent
une connaissance intime du territoire, pourraient agir comme
les yeux et les oreilles de la force des casques bleus de l'ONU
afin de permettre à ces derniers d'interdire l'utilisation
du territoire des deux provinces du Nord et du Sud-Kivu aux différents
groupes rebelles issus des pays avoisinant du Burundi, du Rwanda
et de l'Ouganda. Ce faisant ces pays limitrophes n'auraient plus
aucune raison valable pour justifier leur intervention en territoire
congolais.
- À tous les paliers de gouvernements (national, provincial
et local), les dirigeants devront être choisis par les
Congolaises et les Congolais eux même et non pas être
imposés par des pays étrangers. De plus tous les
groupes ethniques devront jouir légalement des même
droits. Toute forme de discrimination sera interdite et sanctionnée
en droit et,
- ceux qui sont responsables d'actes de génocide et/ou
de crimes contre l'humanité ayant été commis
contre les Banyamulenge, les Tutsis et tout autre groupe ou individus
parmi la population congolaise au cours du présent conflit,
devront être traduits devant un tribunal pénal international
pour y être jugés. Le mandat de ce tribunal ne devra
cependant pas être limité à la présente
période de conflit, mais devra également inclure
les termes de référence originaux de l'enquête
de l'ONU de 1997 sur les violations des droit de la personne
et les massacres commis en territoire congolais depuis 1993.
Wise Ken
wise_ken@hotmail.com
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