Selon le dernier rapport de
l'ONG des droits de l'homme,
Human Rights Watch (HRW), tous les
combattants armés (FDLR, FARDC, Maï-Maï et CNDP, pour
ne nommer que ceux-là) dans l'est du Congo sont coupables de
viols,
de pillages et de violations massives des droits de l'homme. Le
principe est noble, mais malheureusement si tous sont coupables,
certains le sont plus que d'autres, en particulier, selon HRW, Laurent
Nkunda et les soldats qui lui sont "affiliés".
Dans le rapport de 96 pages que HRW consacre à la
"Nouvelle
crise au Nord-Kivu" on ne peut s'empêcher de remarquer que les
reproches que l'ONG américaine adresse aux combattants se
déclinent numériquement de la manière suivante :
Nkunda et ses affiliés : 11 pages principales de crimes et de
reproches et le mot Nkunda qui revient 265 fois dans le texte de 96
pages; les FDLR : 4 pages principales de crimes et de reproches et 126
occurences du mot FDLR dans tout le texte; les FARDC
: 2 pages principales de crimes et de reproches et 16 occurences de
FARDC dans le texte. Le titre aurait donc dû être : La
crise de Nkunda au Nord-Kivu et non pas "Nouvelle crise au Nord-Kivu".
Pourtant, à la
lumière des exactions et des crimes commis par tous les acteurs
armés sur le terrain militaire du Nord-Kivu, ce centrage sur
Nkunda paraît un peu déplacé, surtout quand on sait
les meurtres presque
hebdomadaires commis dans les villes de Goma et de Bukavu par des
soldats des FARDC. Il y aurait-là de quoi remplir plusieurs
pages supplémentaires concernant l'armé congolaise.
À ce chapitre d'ailleurs,
hier l'agence AFP
rapportait les propos du représentant spécial de l'Union
européenne, Roeland van de Geer, selon qui «La crise
humanitaire au Nord-Kivu a atteint un niveau comparable à celle
du Darfour ». Avec 350.000 déplacés de guerre
depuis le début de l'année, dont 60.000 dans la zone de
Mungunga, aux portes de Goma, on remarque une prédation des
FARDC qui ne cessent de violer les femmes déplacées,
à la fois dans les camps et dans les champs ou en forêt
quand ces dernières vont chercher de l'eau ou du bois. Dans la
même dépêche Sylvie van den Wildenberg, porte-parole
de la MONUC au Nord-Kivu, soulignait le fait que la crise avait
«exacerbé les tensions ethniques »,
alimentées nous dit la dépêche, par une
"instrumentalisation des populations". «Tous les
belligérants prétendent agir au nom de la protection des
civils » qui deviennent la caution et l'otage des conflits,
explique-t-elle, rappelant que depuis deux mois, les
déplacés tutsis vont chercher refuge dans des zones
différentes des autres communautés (hutu, hunde,
nande . . . ). Auraient-ils peur des FARDC et des FDLR
qui parfois sont dans leurs rangs?
Il
faudrait aussi se souvenir du début de ces cycles de violences
qui peuvent maintenant nous sembler presque atavique dans la
région des Grands
Lacs africains. Burundi 1972 : le génocide des élites
hutus par le régime tutsi de Micombero. Rwanda 1994 : le
génocide des Tutsis par le régime Hutu d'Habyarimana,
précédés des massacres de Tutsis en 1959;
massacres qui seront une lumière pour les élites tutsies
du Burundi qui prépareront le génocide de 1972.
Zaïre 1995 : le régime Mobutu qui tente de remonter en
selle en cassant du sucre sur les Tutsis de l'est du pays. Congo 1996 :
le massacres par l'APR et ses alliés tutsis de l'AFDL des civils
hutus rwandais qui accompagnent les ex-FAR et Interahamwe de Goma
à Mbandaka. À terme la guerre l'épisode
Zaïrois de cette macabre comédie fondée sur une
théorie nilo-hamite des relations raciales parachutée par
les élites coloniales belges, la
débouchera dans la fuite des Banyarwanda tutsis du Nord-Kivu,
qui sont à ce jour coïncés dans des camps de
réfugiés au Rwanda (là, où Nkunda recrute
ses combattants tutsis, et non pas des Rwandais ramassés en rase
campagne). Le retour de ces Tutsi banyarwanda congolais est la
principale
exigence de Laurent Nkunda.
Tout ça popur dire qu'on ferait bien d'attendra d'autres rapports avant d'envoyer tout le monde devant un tribunal.
Not going to happen!
Ce n'est pas seulement au Kivu que l'arbitraire règne, l'arbitraire
règne en roi et maître partout en RDC et le nombre de
criminels de guerre qui sont encore en poste dans l'armée, les
milices, les groupes armés étrangers et dans les services
de sécurité congolais, commence à dépasser
un peu l'entendement du commun des mortels, fusse-t-il Congolais.
Entre-temps, la situation sur le terrain n'a pas évolué
depuis les derniers accrochages dans les localités de Bunagana
et de Rugari. La seule nouvelle notable concerne la rédition du
chef Maï-Maï, Kasereka. Les FARDC voudraient nous
présenter la chose comme la réalisation d'une des
conditions mises de l'avant par Nkunda pour désarmer ses troupes
: la neutralisation des Maï-Maï. Comme on sait le
phénomène Maï-Maï ressemble à la
génération spontanée. L'arrestation ou la
rédition d'un chef Maï-Maï n'implique pas nécessairement la
disparition de sa milice, car les prétendants aux postes de
commandants de milice ne manquent pas dans un pays où le taux de
chômage est astronomique : c'est l'argent facile et la haine (non
moins facile) de "l'Autre" au bout du fusil. Disons aussi que le
désarmement des Maï-Maï n'est pas la principale
condition posée par Nkunda pour rejoindre le brassage. Ses deux
principales conditions sont : la neutralisation et le rapatriement au
Rwanda des Interahamwe (FDLR) qui sont encore au Nord-Kivu et le retour
des réfugiés tutsis congolais qui sont au Rwanda depuis
1995-96. Or, on sait que, non seulement les FDLR sont alliées
aux FARDC, mais aussi et surtout la présence des Interahamwe au
Congo relève d'une dimension internationale : ils ont
été installés au Congo en 1994 grâce
à l'Opération Turquoise et, jusqu'à ce jour, rien
n'indique que les ponts sont rompus entre Paris et ce groupe
armé lourdement impliqué dans le génocide Rwandais
de 1994.
La fin de semaine passée, la grande nouvelle dans les
médias kinois concernait la rencontre Bush-Kabila à la
Maison Blanche. Nos confrères congolais se réjouissaient
de l'appui que le président George W. Bush aurait accordé
à son homologue congolais, particulièrement en ce qui
concernait le rétablissement de l'autorité de
l'État sur tout le territoire national, lire dans l'est du
pays... Si pour Kabila et son entourage, le problème de
l'insécurité dans l'est se résume à Nkunda,
l'Obsac doute fort que l'Oncle Sam n'ait pas abordé la question
de la présence des FDLR dans cette partie du Congo. Le
Wichita Eagle rapportait
que ce sont les questions de sécurité qui ont
accaparé le gros de l'ordre du jour de la rencontre entre les
deux hommes. La première réaction d'un haut fonctionnaire
du département d'État est venue du chargé
d'affaires américain à Kinshasa, M. Sam Diock qui a
annoncé sur
Radio Okapi que les États Unis allaient
contribuer
à une reforme dans le secteur de la sécurité. Nous
avons par exemple déjà envoyé à Goma un
diplomate américain. Bientôt il y’en aura un
2ème. Quelqu’un spécialisé sur les questions
humanitaires. En même temps, je pense que nous serons là
pour aider avec le efforts par exemple de former des unités de
l’armée congolaise dans la lutte contre des milices, dans
la formation d’une force de réaction rapide. M. Diock ajoutait que
Ça pourrait commencer déjà à partir du 1er janvier 2007.
Notons que quand M. Diock parle du secteur de la
sécurité il enchaîne immédiatement en
mentionnant Goma. Ce n'est pas innocent, et ça dit, quelque part
entre les lignes, qu'on n'est pas très content de la tournure des
événements. Soulignons que le secteur de la
sécurité est largement occupé jusqu'ici par la
France et quelques amis régionaux du régime de Kinshasa.
Le fait que les Américains décident de débarquer
avec leur gros sabots à Goma n'augure rien de bon pour ceux qui
voulait purement et simplement "liquider" le problème
Nkunda.
Rappelons tout de même que l'insécurité n'est pas
seulement installée au Nord-Kivu, mais également au
Sud-Kivu (et ailleurs aussi en RDC, mais ça c'est une autre
histoire qui n'a pas vraiment changé depuis les FAZ de Mobutu).
Le Sud-Kivu est en effet l'endroit où les FDLR rwandais
commettent leurs pires crimes (viols, tueries) dans les territoires de
Walungu, Kabare, Shabunda, Mwenga, etc. Bref, il est facile de
constater que les USA s'inquiètent maintenant officiellement de
la tournure des événements dans cette région du
Congo et ont décidé de se doter de leurs propres antennes
sur place, pour voir comment ça se passe dans les faits et, sans
doute, pour façonner une solution qui sera acceptable pour ses
propres alliés dans la région...
En d'autres termes, le président Joseph Kabila n'a pas obtenu
l'appui inconditionnel de la Maison Blanche, n'en déplaise aux
journaux de Kinshasa et aux
spins doctors de la présidence congolaise. La langue de bois du communiqué final de la rencontre, pour les habitués du
diplospeak,
était plutôt vague et n'apportait rien de bien concret
dans l'escarcelle congolaise. De toute manière, depuis la fin de
la guerre froide, le Congo, en dépit de ses réserves
d'uranium et d'autres métaux stratégiques
convoités par la Chine, n'est plus une priorité pour tous
les locataires de la Maison Blanche, surtout l'actuel qui est
embourbé jusqu'au cou dans les sables pétrolifères
du désert irakien. De toute manière, les
Américains ne comprennent pas vraiment grand chose à la
méthodologie française en Afrique. Ils sont un peu comme
un éléphant qui ne remarque pas les souris qui lui
passent entre les pattes. Les souris peuvent en rigoler,
n'empêche que
plusieurs finissent par se faire écraser.
S'ils ne comprennent pas grand chose au grand jeu français en
Afrique, disons tout de même qu'il faut reconnaître que
dans certains
Think Tank
américains, on est conscient de
l'incapacité notoire du président congolais à
diriger son pays, et ce en dépit de l'aide massive de la MONUC, plus
importante mission des Nations Unies dans le monde. Cette
incapacité à diriger le pays est également l'une
des sources de l'insécurité qui prévaut dans l'est
du Congo. En d'autres termes, les Américains ont sans doute
compris qu'un appui massif à ce régime, comme le fait
Paris, n'est une garantie de succès. D'où cette
façon de faire à la Saint Thomas... J'y croirai quand je
l'aurai vu, et pour le moment on n'a rien vu (raison pour laquelle on
expédie sur place deux représentants).
La rédaction