Volume 10, mai 2007
RDC
La guerre des Hauts Plateaux :
n'en déplaise au général Tshikwej, les dissidents frappent encore très fort
31 juillet 2007
Pendant que le commandant de la 10ième région militaire se complaît dans l'émission de communiqués triomphalistes à Radio Okapi et aux agences de presse occidentales, sur le terrain, les troupes des FARDC continuent à subir des pertes en hommes et en matériels. Le général Sylvain Tshikwej affirme, par exemple que les FARDC ont récupéré toutes les positions jadis occupées par ces insurgés (...et qu') Ils sont actuellement en débandade dans la brousse des hauts plateaux de Minembwe. Le général se trompe lourdement : il s'agit plutôt d'un repli stratégique des dissidents qui sont confrontés à une stratégie de la supériorité numérique de la part des FARDC. À vrai dire, les dissidents se sont plutôt regroupés parce que leurs positions étaient trop éparpillées et difficiles à défendre avec le peu d'hommes en armes à leur disposition. Ils occupent plutôt maintenant des zones qui leur permettent de mener des opérations contre un grand nombre de positions fixes occupées par les FARDC sur les Hauts Plateaux.

La semaine dernière, par exemple, deux positions des FARDC ont été détruites par les dissidents commandés par le colonel Bisogo à Makutano et Rwitsankunku. Au cours de ces engagements, des militaires des FARDC ont péri et les dissidents se sont emparés d'armes et de munitions, ce qui est très utile, il faut dire, pour poursuivre leur guerre de guérilla contre les troupes gouvernementales.

La nuit dernière, les dissidents on encore fait parler la poudre dans la localité de Nyamulombwe, située à une quinzaine de kilomètres de Minembwe-Centre, maintenant transformé en QG des forces de Kinshasa sous le commandement du général Munyamulenge Patrick Masunzu. Il faut relever ici la facilité avec laquelle les dissidents conduisent ces opérations de guérilla contre les FARDC. Pour ceux qui connaissent la région, les deux positions gouvernementales démantelées la semaine passée, se trouvent respectivement au nord-ouest et nord-est de Minembwe. Celle qui vient d'être attaquée la nuit dernière (Nyamulombwe), se trouve quant à elle au sud-est de Minembwe. En d'autres termes, les dissidents se déplacent facilement du nord au sud et de l'est à l'ouest en tournant les FARDC en bourriques.

À propos de la dernière attaque en date, les informations qui nous parviennent des Hauts Plateaux font état d'une saisie de matériel tellement importante que les dissidents ont eu de la difficulté à tout transporter. Évidemment, tout ça est un peu relatif, étant donné que ces combats sont essentiellement menés à l'arme légère avec quelques RPG-7 en prime et que les dissidents sont peu nombreux. Le bilan des pertes en vies humaines du côté des FARDC ne nous a pas encore été communiqué, mais on peut s'attendre à ce que le résultat ne sera pas différent de ceux enregistrés lors des défaites gouvernementales à Makutano et Rwitsankunku.

Par ailleurs, face à ces revers, le commandant de la 10ième région militaire, maintenant conscient que les dissidents bénéficient du soutien de la population locale, aurait l'intention de lancer une offensive générale qui ne fera pas de différence entre les militaires dissidents et les civils qui leur donnent le gîte et la nourriture. Bref, il plane maintenant sur la population Banyamulenge une menace à peine voilée de massacres à grande échelle. La MONUC qui suit de près les opérations militaires des FARDC sur les Hauts Plateaux devra être vigilante dans les jours et les semaines qui viennent si elle veut éviter d'être impliquée (indirectement) dans ce qui pourrait bien être d'éventuels crimes de guerre.

Il est également important d'expliquer pourquoi la population locale soutient les dissidents :
  1. ces derniers sont originaires des Hauts Plateaux et donc littéralement soutenus par leurs familles, face à cette chasse à l'homme commanditée par Kinshasa;
  2. la population locale est victime d'exactions de toutes sortes de la part des FARDC qui non seulement vivent sur le dos des habitants des Hauts Plateaux, mais commettent aussi des atrocités. On se rappellera que beaucoup de vaches ont été abattues sur place et d'autres confisquées et ensuite vendues dans les marchés de la plaine de la Ruzizi. Il y a à peine trois ou quatre jours, trois voyageurs qui se dirigeaient vers Uvira ont été dévalisés et ensuite abattus par des militaires gouvernementaux. Bref, la présence des FARDC dans les Hauts Plateaux cause une grande insécurité au sein de la population. On comprend donc pourquoi cette dernière ne peut pas soutenir une force qui l'insécurise face aux dissidents qui eux la protégeaient contre les forces négatives en maraude dans le Sud-Kivu.
En ce qui concerne l'histoire d'un "groupe d'insurgés" (d'à peine une trentaine d'hommes) ayant rejoint les FARDC, et dont il est question dans l'article de Radio Okapi ci-dessus, il s'agit plutôt d'une manipulation réussie de la part de certains politiciens et officiers supérieurs Banyamulenge qui tentent de se trouver "un job" chez petit Joseph. La honte les mecs!

Ce qu'ils ont fait, c'est essentiellement d'essayer de diviser les dissidents suivant des lignes de clivage entre les clans Banyamulenge. Heureusement, et on peut le constater en voyant ce qui se passe sur le terrain militaire, cette manipulation de bas étage de la part de politiciens "alimentaires", n'a eu d'impact qu'au seul niveau de la propagande du régime Kabila destinée à la consommation internationale; mais aucun impact apparent sur la détermination et le moral des troupes dissidentes. Les quelques militaires Banyamulenge qui sont passé dans le camp des FARDC et qui sont maintenant en route vers un centre de brassage dont l'emplacement nous est inconnu, ont été vite remplacés par des éléments (Banyamulenge) beaucoup plus nombreux qui ont quitté les forces commandées par le général Masunzu. Bref, ça ressemble finalement à une opération à somme positive pour les dissidents.

Par rapport à l'affirmation du général Tshikwej selon laquelle Deux (dissidents)ont été capturés (à) Minembwe, quatre à 35 kilomètres d’Uvira, neuf, qui voulaient franchir la frontière rwandaise, sur la plaine de la Ruzizi, on peut se demander s'il ne prend pas les gens pour des imbéciles. Comment peut-il affirmer que des dissidents, supposément en fuite devant les FARDC, puissent se rendre au Rwanda en traversant les Moyens Plateaux et la plaine de la Ruzizi "infestés" par les FDLR, les FNL et les FARDC (sans oublier les Maï-Maï Bafulero). Apparemment, le général
Tshikwej a de petits problèmes d'orientation géographique. Aurait-il déjà perdu le nord?

Maintenant, en ce qui concerne les deux dissidents capturés, il est quand même incroyablement ridicule pour un commandant militaire de région, qui a déployé officiellement 2.500 militaires dans les Hauts Plateaux à la poursuite de dissidents, dont le nombre est évalué entre 150 et 200, de se présenter devant la presse avec une aussi maigre moisson après plus d'un  mois d'opération, alors que dans ses propres rangs le nombre des pertes est plutôt élevé. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas peur du ridicule.

La rédaction
Moba : manifestations contre le retour des populations Banyamulenge
1 Août 2007

Selon Radio Okapi des manifestations violentes ont eu lieu à Moba pour empêcher le retour d'exil de réfugiés Banyamulenge non-exitant en Zambie et en Tanzanie. Des observateurs du HCR et de la MONUC ont été agressés, des criminels libérés du cachot local et des bureaux pillés. Tout compte fait, il semblerait que la manoeuvre consistait avant tout à libérer des copains qui croupissaient en tôle.  Bref, danger, extrémistes criminels à l'oeuvre... C'est du moins l'opinion de la MONUC.  Comme quoi ça ne dort pas totalement au gaz à l'ONU.