Volume 10, mai 2007

RDC
Débandade des FARDC à Sake

6 septembre 2007
Après avoir refusé tout dialogue, il y a peine 24 heures, avec le général Nkunda, les FARDC viennent d'accepter un cessez-le-feu négocié par la MONUC à Sake, où leurs unités étaient menaçées d'une défaite totale par les hommes de Nkunda. Encore une fois, comme en novembre 2006, c'est la mission onusienne qui a sauvé les FARDC d'une défaite humiliante aux portes de Goma.

Malgré cette défaite avérée dans la ville de Sake, les médias indéodés au régime de Joseph Kabila continuent d'affirmer que les FARDC sont victorieux sur toute la ligne. Le titre de l'article commis par les journalistes du Phare JKM et Freddy Kilubi est plutôt révélateur de la fiction qui tient lieu de vérité journalistique dans les journaux de Kinshasa, intoxiqués il est vrai, par la désinformation du major De Brosse de la MONUC et des hauts gradés des FARDC. Lisez plutôt : Les soldats des Fardc très performants sur le terrain des combats contre les dissidents de la bande à Nkunda ! Cet article a été écrit le jour même de la débandade des FARDC à Sake. Pour tenter de sauver la face, La délégation générale du gouvernement chargé de liaison avec la Monuc se félicite de la réaction et du comportement de la mission onusienne depuis la reprise des combats au Nord-Kivu, particulièrement dans le Masisi et le Rutshuru. Dans un document écrit, le délégué général, Jean-Marie Labila, se réjouit que, grâce à l'appui apporté aux FARDC, et agissant en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies et des résolutions du Conseil de Sécurité, la Monuc soit parvenue à dissiper très rapidement les inquiétudes des populations civiles dans l'insécurité croissante créée par les affrontements armés... C'est sans doute pour cette raison que les déplacés se comptent par centaine de milliers au Nord-Kivu. Bravo!

Il y a deux ou trois jours à peine, le commandant en second de la 8ième région militaire ne cessait de nous rabattre les oreilles à propos de prétendues pertes lourdes infligées aux dissidents par les FARDC. L'Obsac avait, avec raison semble-t-il, mis en doute ces annonces intempestives de pertes élevées du côté des dissidents de Laurent Nkunda. Il s'agit-là, encore une fois, d'un bel exemple de propagande puérile de la part des forces armées gouvernementales.

Selon Radio Okapi qui citait la MONUC, un cessez-le feu est intervenu. Il a été facilité par le contingent des casques bleus. Certains éléments de Laurent Nkunda tentaient alors de prendre la localité. La porte-parole de la Monuc à Goma, Sylvie van den Wieldenberg, déclare que les éléments de Laurent Nkunda se sont retirés dans les collines. Selon elle, les casques bleus se sont déployés dans toute la ville de Sake pour veiller au respect du cessez-le-feu. « Les casques bleus restent déployés dans la ville de Sake pour veiller au respect de ce cessez-le feu. Cela intervient suite à une tentative, ce matin, de la prise de Sake par les éléments de Laurent Nkunda. Les affrontements s'en sont suivis entre ces derniers et les Fardc de la 15e brigade intégrée. La Monuc a été très claire : elle a souligné qu'elle ne tolérerait plus aucune tentative d'entrée dans la ville de Sake. Nous lançons un appel aux parties pour que ce dernier soit respecté. »

Comme on peut le constater, c'est la MONUC qui a négocié ce cessez-le-feu et qui a convaincu les troupes de Laurent Nkunda de se retirer dans les collines surplombant la cité de Sake. Selon l'AFP, la ville de Sake, qui compte environ 30.000 habitants, s'est pratiquement vidée de sa population jeudi matin, alors que les FARDC fuyaient devant les troupes de Nkunda, selon des témoignages d'habitants. En d'autres termes, il est clair que la MONUC a négocié ce cessez-le-feu lorsqu'elle a constaté que la soldatesque congolaise était en pleine débandade (encore une fois!); et que les troupes de Nkunda allaient avoir la voie libre en direction de Goma où des arrestations basées sur le faciès (tutsi) ont commencé depuis quelques jours. On se croirait de retour en 1995-1996 ou en août 1998 à Kinshasa et dans les autres villes congolaises demeurées sous le contrôle du régime de Mzee Kabila.

Ce cessez-le-feu va créer un accalmie de quelques jours pour la population civile qui en a bien besoin, mais cela n'apporte aucune solution aux véritables causes à la base de ce nouveau conflit armé dans le Nord-Kivu. Pendant ce temps Laurent Nkunda se retrouve sur toutes les tribunes. Il a même accordé une entrevue en anglais à l'émission As it Happens de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC Radio). Le général dissident y a affirmé que la zone sous son contrôle dans le Masisi était la plus sécuritaire de la RDC pour la population civile. De plus, il réaffirme sa volonté d'aller au brassage, mais pas sous la menace. Il insiste qu'il veut renouer le dialogue avec le gouvernement, mais que ce dernier a déclenché les présentes hostilités. Bref, la victoire de Nkunda à Sake le place en position de force pour entreprendre une nouvelle ronde de négociations avec le régime congolais qui devra bien un jour se résoudre à balancer ses alliés FDLR, s'il veut voir la paix revenir dans l'est du pays. Les Congolais ne seront pas éternellement dupes de cette alliance contre nature entre le régime et les milices génocidaires rwandaises qui se fait sur leur dos.

La MONUC et la "fameuse communauté internationale" se sont toujours contentées de demi-mesures et de solutions cosmétiques en soignant les symptômes plutôt que de s'attaquer aux raisons fondamentales de ces conflits armés à répétition dans le Grand Kivu. Il faut reconnaître, comme l'Obsac l'a toujours affirmé, qu'au sein de ce qu'il est convenu d'appeler la communauté internationale, patronne de la MONUC, que certaines puissances occidentales sont directement impliquées dans la genèse et le maintien de cette instabilité. En d'autres termes, elles ne sont pas intéressées à discuter et à trouver une solution de paix permanente dans cette région du monde, car, cela remettrait en cause leurs agendas géopolitiques dans la région des Grands Lacs africains. À cela il faut ajouter la dynamique du courant extrémiste qui domine le paysage politique du Kivu et qui constitue l'assise populiste du régime Kabila lui ayant permis (sans oublier les fraudes massives à l'ouest et au sud) de gagner de justesse les premières élections présidentielles (commandités par l'Occident) depuis l'indépendance.

On comprendra donc que, dans ce contexte, les tenants du pouvoir à Kinshasa, et leurs alliés occidentaux et régionaux, n'ont aucun intérêt, sauf en cas de défaite militaire, à négocier avec ces dissidents armés issus de la minorité ethnique tutsie, dont certains extrémistes vont même jusqu'à nier l'existence sur le sol congolais; d'ailleurs, ces militaires dissidents tutsis congolais sont tous qualifiés de Rwandais dans les médias de Kinshasa (sic)!

Depuis bientôt cinq décennies, l'histoire mouvementée de la région des Grands Lacs Africains (Burundi, RDC, Rwanda), semble ne pas avoir donné de leçon aux uns et aux autres. Car nier l'existence, retirer la nationalité, ou priver de droit de retour des réfugiés tutsis en RDC et au Rwanda n'ont fait que conduire à des conflits armés, ou à des massacres à grande échelle, voire même au génocide des Tutsis et Hutus modérés au Rwanda en 1994. Au Burundi, faux jumeau du Rwanda, l'élite militaire tutsi du Bururi a, à la fois, tassé la monarchie tutsi en éliminant le Roi Ntare V en 1972 et organisé de nombreuses vagues de répressions sanglantes contre la majorité hutue (par exemple le génocide sélectif de l'élite intellectuelle hutue en 1972, selon les ouvrages de René Lemarchand; et de Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier). Bref, la peur et la paranoïa des uns alimentent donc la peur et la paranoïa en retour des autres, dans un cercle vicieux sans fin dans ces deux pays.

Avec l'affaiblissement du pouvoir Mobutiste, l'arrivée massive de régugiés burundais et rwandais au Kivu à partir de 1993-1994, suite à l'assassinat du président Ndadaye au Burundi et à la défaite du régime Habyarimana au Rwanda, les conflits inter-communautaires de ces deux pays ont été exportés dans le Grand Kivu, déjà passablement malade de ses propres problèmes inter-ethniques et des manipulations politiques de Kinshasa; ceci a induit une nouvelle dynamique de conflits multidimensionels sur le territoire congolais, caractérisés par la présence chronique de groupes armés étrangers, de milices et de mouvements rebelles congolais et par des interventions militaires des pays voisins (avec, comme conséquence inévitable, entre autres, le pillages des ressources du pays qui se poursuit jusqu'à ce jour).

Les présentes hostilités au Nord et au Sud-Kivu ne sont que la dernière conséquence de l'environnement géopolitique succinctement décrit ci-dessus. Il est donc inutile de croire que des demi-mesures, telles que proposées à tout bout de champ par la MONUC (qui n'est pas, de toute manière, un juge impartial), puissent apporter des solutions durables aux problèmes à la fois de la présence des groupes armés étrangers (FDLR, FNL, ADF et NALU) et à la question de la sécurité de la minorité tutsie dans l'est de la RDC que soulèvent Laurent Nkunda au Nord-Kivu et les dissidents Banyamulenge au Sud-Kivu.

À vrai dire, le véritable problème entre Kinshasa et Nkunda se résume d'une part dans la lutte de la minorité tutsie pour retrouver une vie normale dans l'est du pays et d'autre part dans la volonté du régime de mettre au pas le dernier groupe qui résiste encore à son hégémonie politique totale.

La rédaction