Après
avoir refusé tout dialogue, il y a peine 24 heures, avec le
général Nkunda, les FARDC viennent d'accepter un
cessez-le-feu négocié par la MONUC à Sake,
où leurs unités étaient menaçées
d'une défaite totale par les hommes de Nkunda. Encore une fois,
comme en novembre 2006, c'est la mission onusienne qui a sauvé
les FARDC d'une défaite humiliante aux portes de Goma.
Malgré cette défaite avérée dans la ville
de Sake, les médias indéodés au régime de
Joseph Kabila continuent d'affirmer que les FARDC sont victorieux sur
toute la ligne. Le titre de l'article commis par les journalistes du
Phare JKM et Freddy Kilubi est plutôt révélateur de
la fiction qui tient lieu de vérité journalistique dans
les journaux de Kinshasa, intoxiqués il est vrai, par la
désinformation du major De Brosse de la MONUC et des hauts
gradés des FARDC. Lisez plutôt :
Les soldats des Fardc très performants sur le terrain des combats contre les dissidents de la bande à Nkunda ! Cet article a été écrit le jour même de la débandade des FARDC à Sake.
Pour tenter de sauver la face,
La délégation générale du gouvernement chargé de liaison avec la Monuc se
félicite de la réaction et du comportement de la mission
onusienne depuis la reprise des combats au Nord-Kivu,
particulièrement dans le Masisi et le Rutshuru. Dans un
document écrit, le délégué
général, Jean-Marie Labila, se réjouit que,
grâce à l'appui apporté aux FARDC, et agissant en
vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies et des
résolutions du Conseil de Sécurité, la
Monuc soit parvenue à dissiper très rapidement les
inquiétudes des populations civiles dans
l'insécurité croissante créée par les
affrontements armés... C'est sans doute pour cette raison que les déplacés se comptent par centaine de milliers au Nord-Kivu. Bravo!
Il y a deux ou trois jours à peine, le commandant en second de la
8ième région militaire ne cessait de nous rabattre les
oreilles à propos de prétendues pertes lourdes
infligées aux dissidents par les FARDC. L'Obsac avait, avec
raison semble-t-il, mis en doute ces annonces intempestives de pertes
élevées du côté des dissidents de Laurent
Nkunda. Il s'agit-là, encore une fois, d'un bel exemple de
propagande puérile de la part des forces armées
gouvernementales.
Selon Radio Okapi qui citait la MONUC,
un
cessez-le feu est intervenu. Il a été facilité par
le contingent des casques bleus. Certains éléments de
Laurent Nkunda tentaient alors de prendre la localité. La
porte-parole de la Monuc à Goma, Sylvie van den Wieldenberg,
déclare que les éléments de Laurent Nkunda se sont
retirés dans les collines. Selon elle, les casques bleus se sont
déployés dans toute la ville de Sake pour veiller au
respect du cessez-le-feu. « Les casques bleus restent
déployés dans la ville de Sake pour veiller au respect de
ce cessez-le feu. Cela intervient suite à une tentative, ce
matin, de la prise de Sake par les éléments de Laurent
Nkunda. Les affrontements s'en sont suivis entre ces derniers et les
Fardc de la 15e brigade intégrée. La Monuc a
été très claire : elle a souligné qu'elle
ne tolérerait plus aucune tentative d'entrée dans la
ville de Sake. Nous lançons un appel aux parties pour que ce
dernier soit respecté. »
Comme on peut le constater, c'est la MONUC qui a
négocié ce cessez-le-feu et qui a convaincu les troupes
de Laurent Nkunda de se retirer dans les collines surplombant la
cité de Sake.
Selon l'AFP,
la
ville de Sake, qui compte environ 30.000 habitants, s'est pratiquement
vidée de sa population jeudi matin, alors que les FARDC fuyaient
devant les troupes de Nkunda, selon des témoignages d'habitants.
En d'autres termes, il est clair que la MONUC a négocié
ce cessez-le-feu lorsqu'elle a constaté que la soldatesque
congolaise était en pleine débandade (encore une fois!);
et que les troupes de Nkunda allaient avoir la voie libre en direction
de Goma où des arrestations basées sur le faciès
(tutsi) ont commencé depuis quelques jours. On se croirait de
retour en 1995-1996 ou en août 1998 à Kinshasa et dans les
autres villes congolaises demeurées sous le contrôle du
régime de Mzee Kabila.
Ce cessez-le-feu va créer un accalmie de quelques jours pour la
population civile qui en a bien besoin, mais cela n'apporte aucune
solution aux véritables causes à la base de ce nouveau
conflit armé dans le Nord-Kivu. Pendant ce temps Laurent Nkunda
se retrouve sur toutes les tribunes. Il a même accordé une
entrevue en anglais
à l'émission As it Happens de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC Radio).
Le général dissident y a affirmé que la zone sous
son contrôle dans le Masisi était la plus
sécuritaire de la RDC pour la population civile. De plus, il
réaffirme sa volonté d'aller au brassage, mais pas sous
la menace. Il insiste qu'il veut renouer le dialogue avec le
gouvernement, mais que ce dernier a déclenché les
présentes hostilités. Bref, la victoire de Nkunda
à Sake le place en position de force pour entreprendre une
nouvelle ronde de négociations avec le régime congolais
qui devra bien un jour se résoudre à balancer ses
alliés FDLR, s'il veut voir la paix revenir dans l'est du pays.
Les Congolais ne seront pas éternellement dupes de cette
alliance contre nature entre le régime et les milices
génocidaires rwandaises qui se fait sur leur dos.
La MONUC et la "fameuse
communauté internationale" se sont toujours contentées de
demi-mesures et de solutions cosmétiques en soignant les
symptômes plutôt que de s'attaquer aux raisons
fondamentales de ces conflits armés à
répétition dans le Grand Kivu. Il faut reconnaître,
comme l'Obsac l'a toujours affirmé, qu'au sein de ce qu'il est
convenu d'appeler la communauté internationale, patronne de la
MONUC, que certaines puissances occidentales sont directement
impliquées dans la genèse et le maintien de cette
instabilité. En d'autres termes, elles ne sont pas
intéressées à discuter et à trouver une
solution de paix permanente dans cette région du monde, car,
cela remettrait en cause leurs agendas géopolitiques dans la
région des Grands Lacs africains. À cela il faut ajouter
la dynamique du courant extrémiste qui domine le paysage
politique du Kivu et qui constitue l'assise populiste du régime
Kabila lui ayant permis (sans oublier les fraudes massives à
l'ouest et au sud) de gagner de justesse les premières
élections présidentielles (commandités par
l'Occident) depuis l'indépendance.
On comprendra donc que, dans ce contexte, les tenants du pouvoir
à Kinshasa, et leurs alliés occidentaux et
régionaux, n'ont aucun intérêt, sauf en cas de
défaite militaire, à négocier avec ces dissidents
armés issus de la minorité ethnique tutsie, dont certains
extrémistes vont même jusqu'à nier l'existence sur
le sol congolais; d'ailleurs, ces militaires dissidents tutsis
congolais sont tous qualifiés de Rwandais dans les médias
de Kinshasa (sic)!
Depuis bientôt cinq décennies, l
'histoire
mouvementée de la région des Grands Lacs Africains
(Burundi, RDC, Rwanda), semble ne pas avoir donné de
leçon aux uns et aux autres. Car nier l'existence, retirer la
nationalité, ou priver de droit de retour des
réfugiés tutsis en RDC et au Rwanda n'ont fait que
conduire à des conflits armés, ou à des massacres
à grande échelle, voire même au génocide des
Tutsis et Hutus modérés au Rwanda en 1994. Au Burundi,
faux jumeau du Rwanda, l'élite militaire tutsi du Bururi a,
à la fois, tassé la monarchie tutsi en éliminant
le Roi Ntare V en 1972 et organisé de nombreuses vagues de
répressions sanglantes contre la majorité hutue (par
exemple le génocide sélectif de l'élite
intellectuelle hutue en 1972, selon les ouvrages de René Lemarchand; et de Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier).
Bref, la peur et la paranoïa des uns alimentent donc la peur et la
paranoïa en retour des autres, dans un cercle vicieux sans fin
dans ces deux pays.
Avec l'affaiblissement du pouvoir Mobutiste, l'arrivée massive
de régugiés burundais et rwandais au Kivu à partir
de 1993-1994, suite à l'assassinat du président Ndadaye
au Burundi et à la défaite du régime Habyarimana
au Rwanda, les conflits inter-communautaires de ces deux pays ont
été exportés dans le Grand Kivu,
déjà passablement malade de ses propres problèmes
inter-ethniques et des manipulations politiques de Kinshasa; ceci a
induit une nouvelle dynamique de conflits multidimensionels sur le
territoire congolais, caractérisés par la présence
chronique de groupes armés étrangers, de milices et de
mouvements rebelles congolais et par des interventions militaires des
pays voisins (avec, comme conséquence inévitable, entre
autres, le pillages des ressources du pays qui se poursuit
jusqu'à ce jour).
Les présentes hostilités au Nord et au Sud-Kivu ne sont
que la dernière conséquence de l'environnement
géopolitique succinctement décrit ci-dessus. Il est donc
inutile de croire que des demi-mesures, telles que proposées
à tout bout de champ par la MONUC (qui n'est pas, de toute
manière, un juge impartial), puissent apporter des solutions
durables aux problèmes à la fois de la présence
des groupes armés étrangers (FDLR, FNL, ADF et NALU) et
à la question de la sécurité de la minorité
tutsie dans l'est de la RDC que soulèvent Laurent Nkunda au
Nord-Kivu et les dissidents Banyamulenge au Sud-Kivu.
À vrai dire, le véritable problème entre Kinshasa
et Nkunda se résume d'une part dans la lutte de la
minorité tutsie pour retrouver une vie normale dans l'est du
pays et d'autre part dans la volonté du régime de mettre
au pas le dernier groupe qui résiste encore à son
hégémonie politique totale.
La rédaction