"Chine Chine", Mali Mali : de la démocratie en Afrique centrale et autres sujets miniers


Au cours des années 80, une des blagues dans les milieux d'expatriés occidentaux en Afrique de l'Ouest concernait la "naïveté" apparente des diplomates chinois. Évidemment, on faisait un plat avec peu de choses. Essentiellement, on se moquait de quelques diplomates qui, intrigués par le "Tchin, Tchin" qu'ils entendaient de la bouche de leurs collègues occidentaux, avant chaque toast porté en l'honneur de ceci ou de cela : Tchin, Tchin! Ce à quoi les Chinois auraient un jour répondu, lors d'une réception à Bamako : Mali, Mali! ;-)) 

La naïveté culturelle des diplomates chinois de cette époque ne cède rien à la naïveté (ou au cynisme, allez savoir) du Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire, Louis Michel, qui vient d'annoncer que l'UE n'avancera cette fois que 16 millions d'euros pour les élections locales.

Fini donc l'époque où l'UE finançait grassement les élections en se pétant les bretelles sur le sujet de la démocratie congolaise naissante. On passait pudiquement sous silence ce qu'on attendait en retour de la part du Congo. Les mauvaises langues verront néanmoins dans le nouveau manque d'enthousiasme de l'UE, envers le dernier round électoral congolais, une des conséquences des contrats miniers signés avec la Chine, pour la réalisation des cinq chantiers du président Kabila, alors que l'UE avait, elle, versé plus de 165 millions d'euros en RDC, sans compter sa participation financière à la MONUC, etc.

Évidemment, le récent voyage de Nicholas Sarkozy à Kinshasa montre bien que certains acteurs européens n'ont pas jeté la serviette. Avec la crise économique mondiale, il semble, selon certains, que la Chine se retirerait de plusieurs projets africains. Pourtant, si cela est le cas pour l'aluminium en Guinée-Conachry, il semblerait que l'Empire du Milieu continue à acheter des quantités massives de cuivre, probablement tant pour se constituer des réserves stratégiques que pour se départir de dollars américains dont elle redoute la chute de valeur éventuelle sur les marchés de change. En ce qui concerne l'entente lui donnant accès aux ressources de la RDC, en échange de travaux d'infrastructures, le régime du président Joseph Kabila se retrouve en position de faiblesse à cause de l'effondrement du prix des métaux de base. Le gouvernement a été obligé de se tourner du côté du FMI qui se traîne les pieds concernant l'annulation de la dette de Kinshasa, ceci après avoir laissé entendre que le pays pourrait bénéficier d'une annulation de cette dernière. Pour le FMI, ce sont les 9 milliards de dollars du "troc", travaux publics contre ressources minérales, qui posent problème. Ces milliards sont en effet assimilés à un prêt par le FMI, ce qui remet en question les données fondamentales des comptes publics congolais.

Remarquez que ces 9 milliards ne pèsent pas bien lourd face aux besoins du pays. Pas très lourd non plus à côté du plan de relance des États-Unis d'Amérique, où tous les coups sont permis et où les autorités ont engagé rien de moins que l'équivalent du PIB (2008) de ce pays. Le chiffre est en soit presque incompréhensible : 12,8 billions de dollars (en anglais on dit trillions), soit 12.800 milliards de dollars US, par rapport à un PIB qui en 2008 (avant le début de la récession économique actuelle) qui se chiffrait à 14.200 milliards de dollars US. Les sommes engagés représentent 42.200 $ US pour chaque femme, homme et enfant du pays et 14 fois les 890 milliards de dollars de monnaie en circulation. Bref, le pays de l'Oncle Sam, de par le statut du dollar américain qui sert de monnaie de réserve internationale, peut se permettre ce qu'aucun autre pays au monde ne peut faire. Jusqu'ici, la planche à billets n'a pas réussi à stopper la crise du crédit, mais elle n'a pas encore déclenché l'hyperinflation qui serait déjà le lot de n'importe quel autre pays qui aurait engagé un tel effort monétaire et fiscal de relance économique.

En attendant, la RDC se retrouve, encore une fois, laissée à la merci d'une classe politique rapace qui aura tôt fait de s'accaparer de la plus grande partie de l'aide internationale de plus en plus raréfiée qui arrive encore. Pour aider les choses, la suspicion contre le Rwanda trouve à nouveau preneur dans certains grands quotidiens du pays.

La rédaction



Posted: lundi le 30 mars 2009 at 01:09 PM
       

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