Rose Kabuye : le petit grain de sable dans la machine à Bruguière


C'est fait, la justice française a finalement mis la main sur une des neuf personnes inculpées par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière pour l'attentat qui a coûté la vie aux présidents rwandais et burundais en 1994. Mais, il se peut aussi que ce soit l'inverse, c'est-à-dire que c’est en fait Rose Kabuye qui tienne la justice française entre ses serres. 

Jean-Louis Bruguière qui a quitté le pôle antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris, à la suite de sa défaite sous la bannière de l'UMP lors des dernières législatives, n'aura pas à faire face au désastre judiciaire garanti par la "qualité" de la preuve qu'il a recueillie contre les hauts dirigeants rwandais. Il ne fait pas de doute qu'on aura droit à du grand tartuffe du côté de la poursuite, si jamais l'affaire devait procéder devant les tribunaux français. De toute façon, il est maintenant un peu tard pour faire machine arrière. Le Rwanda vient d'affirmer à la face de la justice française, et du monde entier que l'enquête et les mandats de Bruguière, c'est un coup de bluff. Maintenant, comme dans une partie de poker, il faudra montrer les cartes que la France tient dans ses mains. Ça risque d'être gênant!

La thèse du gouvernement rwandais, telle qu'exposée par la ministre des Affaires étrangères Rosemary Museminali ainsi que par le ministre de la Justice, Tharcisse Karugarama qui étaient présent lors d'une conférence de presse convoquée par la ministre de l'Information, Louise Mushikiwabo, est centrée sur l'abus du principe de compétence universelle dans certains pays occidentaux, plus précisément, dans le cas présent en France. Cette instrumentalisation du droit à des fins politiques sera donc au coeur des arguments de la défense des avocats de Rose Kabuye. De toute évidence, ce sera un autre procès antiterroriste de trop à rajouter à la "feuille de route" du juge Bruguière.

On peut même se demander si la France osera procéder sur la base de la preuve recueillie. On se souviendra que la révélation des détails dans la presse française avait été accueillie à l'époque avec beaucoup de scepticisme par les analystes indépendants.

Il ne faudra pas s'étonner si la procédure devait connaître une fin en queue de poisson. Finalement, Rose Kabuye sera le grain de sable dont l'ancien juge Bruguière se souviendra pendant longtemps. On souhaiterait même, à la limite que le parquet lui fasse reprendre du service afin de lui permettre d'assumer jusqu'au bout les conséquences de son enquête.

Wait and see...

La rédaction

L'événement dans les médias : 

Le monde, 10 novembre 2008 - Arrêtée à Francfort, une conseillère du président rwandais devrait être extradée vers la France.

Libération, 10 novembre 2008 - Rose Kabuye accepte d'être extradée vers la France

Le Figaro, 10 novembre 2008 - Paris fait arrêter une proche du président rwandais

The Guardian, 10 novembre 2008 - Top Rwandan aide chooses French terror trial : Rose Kabuye, accused of involvement in assassination of Hutu president, seeks to expose 'abuse of international law'


Posted: lundi le 10 novembre 2008 at 09:43 AM
       

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