vendredi le 01 août 2008
Nouvelles tensions dans l'est du Congo
Addenda
5 août 2008
Comme promis la semaine dernière, l'Obsac revient avec quelques commentaires sur la situation dans l'est du Congo qu'on retrouve dans un article en anglais sur le site web de la BBC, que nous avons traduit ci-dessous.
Le premier commentaire concerne les "inquiétudes" du représentant américain, Tim Shortley, concernant une volonté du CNDP d'avoir peur de se désarmer et de "se faire brasser" (ou d'aller en prison à La Haye, aller savoir). Il est étonnant de constater que M. Shortley attribue le blocage du processus de paix Amani au CNDP, alors que les conditions préalables pour la mise en oeuvre de ce processus n'ont jamais été réunies par le gouvernement Kabila. À titre d'exemple, la mise en application de l'accord de Nairobi signé entre la RDC et le Rwanda (novembre 2007 - dont le pays de M. Shortley fut l'un des parrains), qui impliquait le désarmement des FDLR, par la force si nécessaire, est resté lettre morte. Non seulement l'accord n'a jamais été appliqué, mais l'alliance entre les FDLR et les FARDC, comme le souligne Mme van Woudenberg de Human Rights Watch, s'est plutôt renforcée au cours de la même période. Bref, si blocage il y a dans ce marché de dupes (comme l'a toujours qualifié l'Obsac), c'est à Kinshasa que M. Shortley devrait le chercher.
D'ailleurs, le CNDP a expédié une demande de médiation dans le processus de paix de Goma entre le CNDP et le gouvernement, en vue de mettre fin à l’enlisement qui s’est installé dans la mise en œuvre du processus de paix.
Le deuxième commentaire concerne ce qu'on pourrait qualifier de mauvaise foi, d'entêtement aveugle ou, tout simplement, d'une mauvaise compréhension de la situation. Non seulement les conditions posées par le CNDP n'ont jamais été remplies, mais aussi et surtout, sachant ce qui est arrivé à Jean-Pierre Bemba, on a de la difficulté à croire que la communauté internationale s'imagine que Nkunda et ses proches vont se désarmer et s'en remettre aux bons offices de la CPI qui agit ici comme la Buandière de ladite communauté internationale, qui fait le ménage politique du côté des opposants, mais sans jamais inquiéter les criminels de guerre dans l'entourage de Joseph Kabila. Grosso modo, c'est ça le "deal". La communauté internationale a payé cher les élections du petit Joseph et aimerait bien l'avoir comme seul intermédiaire, et ce pendant longtemps, à moins que le différend actuel avec les Nokos belges débouche sur des retournements imprévisibles (un petit coup d'État avec ça? ;-))
Troisièmement, rappelons aussi cette allégation rocambolesque selon laquelle Nkunda recruterait de nouveaux éléments au Rwanda et au Burundi. Ça fait partie du décor local. Périodiquement, en effet, émerge des deux principaux centres urbains du Kivu une légende urbaine qui veut que des armées d'infiltrés fantomatiques traversent les frontières pour venir doubler, sinon tripler, les forces des "rebelles Tutsis" des différents maquis. L'Obsac qualifie cela de "légende urbaine" parce qu'aucune preuve matérielle n'est jamais fournie. Qui plus est, toutes les frontières de la RDC avec ses voisins sont présentement sous le contrôle direct des FARDC. Les FARDC, l'ANR, la DGM laisseraient donc entrer les ennemis de la patrie à pleine porte? Ciel, seraient-ils tous corrompus à ce point?
La communauté internationale est habituée à ce genre de petit jeu qui consiste à offrir des postes au sein des FARDC aux anciens chefs de milices pour faire la paix. Mais dans le cas du CNDP au Nord-Kivu et des FRF au Sud-Kivu nous ne sommes pas en présence de "milices à génération spontanée", comme on en avait à la douzaine en Ituri et dans les deux Kivus. Ces deux formations sont les ultimes garants de la sécurité physique et de la survie de leurs communautés au Congo : faut-il encore une fois rappeler que la sécurité physique et le statut juridique de ces deux minorités rwandophones constituent la principale cause interne des deux derniers grands conflits armés au Congo (1996-1997 et 1998-2003)? Le général Laurent Nkunda a toujours refusé de rejoindre les FARDC, parce qu'il ne veut pas laisser les Banyarwandas du Nord-Kivu sans défense devant les FDLR-FARDC et les différentes milices Mayi Mayi. Si on ne comprend pas cette problématique, on ne comprend rien de la dynamique des conflits dans les Kivus.
Mais, bien entendu, ce qui compte pour les diplomates occidentaux, c'est de présenter des "résultats", peu importe qu'ils soient bidon ou réels. Mais disons que "bidon" c'est plus facile.
La rédaction
Sur le site web de la BBC, section Afrique, on apprend que les observateurs américains et européens à Goma considèrent que la situation devient de plus en plus tendue, et ce, en dépit de la signature de l'accord de paix de Goma survenu en janvier dernier.
Selon une source de la BBC, au moins six avions chargés d'armes et de munitions sont arrivés à Goma au cours des 10 derniers jours. Le ministre de la Défense Chikez Diemu a refusé de confirmer ou d'infirmer les allégations selon lesquelles le gouvernement transporterait des armes vers l'est de la RDC. Selon le ministre, il s'agirait là d'une question interne qui ne concerne que les autorités congolaises.
Les groupes de défense des droits de l'homme affirment que des milliers de personnes ont fui certaines zones au fur et à mesure que la situation s'y détériore.
L'accord de paix signé en janvier entre le gouvernement et les différents groupes armés qui se battaient pour le contrôle de la région était censé déboucher sur le désarmement et l'intégration des combattants dans les FARDC.
Anneke van Woudenberg de l'ONG HRW qui revient de la région affirme que le processus de paix est maintenant menacé. Selon elle, on assiste à la reprise du recrutement et des tentatives par les groupes armés de renouer avec l'option militaire.
Le représentant spécial de l'ONU en RDC, Alan Doss, a affirmé à la BBC que les casques bleus étaient inquiets par rapport à l'évolution de la situation. Selon lui, lorsqu'on a des groupes armés à proximité les uns des autres et lorsqu'il n'y a pas de progrès du côté du processus politique, les risques d'accident sont très présents et la situation peut déraper de manière inattendue. Il est très difficile pour les casques bleus de vérifier si les belligérants sont en train de se réarmer dans les zones rurales isolées.
Si le niveau de violence a diminué après l'accord de Goma, il n'en demeure pas moins que dans les zones contrôlées par les groupes armés (NDLR Obsac) et même dans celles contrôlées par les FARDC), la violence et particulièrement les violences sexuelles contre les civils n'ont pas cessé.
D'un côté, on retrouve, nous dit la BBC, les forces du General Laurent Nkunda — des Tutsis ayant des liens avec le Rwanda voisin- et de l'autre côté on retrouve une coalition de forces, dont les FDLR rwandais composés de membres de l'Interhamwe et des ex-FAR qui ont participé au génocide des Tutsis rwandais en 1994. Aux côtés de ces derniers, on retrouve une variétés de groupe, y compris des miliciens locaux Mayi-Mayi considérés comme des alliés des FARDC au cours de l'offensive ratée de l'an dernier contre les forces du général Nkunda.
Tous ces groupes sont maintenant censés participer au processus de paix Amani, même si les FDLR n'étaient pas officiellement représentées à la table de négociation.
Mais le principal conseiller américain en matière de conflit en Afrique, Tim Shortley, qui fut témoin de l'accord de paix de Goma, affirme que le processus de paix est maintenant en danger. Il se dit préoccupé par ce qui ressemble à des préparatifs de reprise du conflit. Selon Shortley, le général Nkunda et le CNDP semblent malheureusement être en train de jouer avec le processus de paix. Shortley semble croire que le CNDP de Nkunda a peur au bout du compte du désarmement et de la démobilisation et qu'il voudrait conserver le contrôle du territoire qu'il a acquis par les armes.
Il semblerait que Nkunda ne fait pas simplement des tournées dans sa zone pour renforcer ses défenses. Selon certains rapports, il serait en train de recruter des forces fraîches, et pas seulement dans la région sous son contrôle. Les rumeurs voudraient qu'il ratisse aussi loin que le Rwanda et le Burundi.
Mais, étant donné les six avions qui sont arrivés à Goma ces derniers temps avec des armes et des munitions, on constate qu'il n'est pas le seul à se préparer pour un nouveau conflit.
Pendant ce temps, selon Mme van Woudenberg, les FARDC continuent d'apporter un appui aux Mayi Mayi et aux FDLR. Selon elle, cela soulève de sérieuses questions sur l'engagement du gouvernement congolais en faveur du processus de paix dans l'est du Congo.
L'Union européenne qui fut également témoin de l'accord de paix de Goma, fait maintenant beaucoup d'efforts pour éviter un retour du conflit. Son représentant dans la région des Grands Lacs africains, Roeland van den Geer, a affirmé que toutes les parties au conflit continuaient à s'armer et qu'il avait insisté auprès des autorités de Kinshasa qu'une offensive armée du gouvernement contre Nkunda serait désastreuse. Les responsables militaires des FARDC dans l'est l'auraient rassuré en affirmant qu'il n'y avait pas de plans pour une offensive militaire.
Si la guerre ne semble pas imminente, il n'en demeure pas moins que plus de 100.000 personnes ont été chassées de leur foyer depuis la signature de l'accord de paix de janvier dernier.
L'Obsac reviendra sur la situation qui prévaut dans l'est du Congo lundi prochain.
La rédaction
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