La chicane belgo-congolaise : une scène de ménage qui dure depuis l'indépendance!


On les savait un peu dissipés et même chamailleurs entre eux, mais cette fois les Nokos et les Congolais se sont vraiment dépassés. Karol de Gucht, qui avait déjà la réputation de ne pas avoir la langue dans sa poche, s'est surpassé devant ses deux collègues gênés par sa sortie devant le président congolais.

La chicane belgo-congolaise remonte à l'époque de l'accession à l'indépendance du Congo-Belge. Les premières escarmouches eurent lieu lors du discours de Lumumba pendant la visite du Roi des Belges, Beaudoin 1er. Les Nokos n'apprécièrent pas beaucoup cet "affront " et cela conduisit directement à la destitution éventuelle du premier ministre Lumumba, suivie par son assassinat en janvier 1961. 


Pendant le long règne de Mobutu (Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga), Les relations entre Bruxelles et Kinshasa furent rythmées par des "divorces" et "remariages" à répétition entre les deux pays (ou plutôt entre les dirigeants des deux pays). À un moment donné, durant les années 80, alors que la tension était à son comble, Mobutu dépêcha une délégation en Belgique pour une soi-disant mission de clarification (composée du prof. Mpinga Kasenda, Me Nimy Mayidika et Kamanda wa Kamanda) des relations entre le Zaïre et la Belgique. Cette mission plus médiatisée et vide de contenu accoucha, comme on pouvait s'y attendre, d'une souris.


En fait ce qu'on appelle souvent le contentieux belgo-congolais, se résument en grande partie, mis à part l'affaire Lumumba, à des reproches belges à propos de la mauvaise gouvernance caractérisée des autorités congolaises. Les Congolais auront beau s'offusquer des "leçons" de Karol de Gutch, il n'en demeure pas moins qu'en matière de mauvaise gouvernance on vient d'avoir un autre bel exemple avec les péripéties entourant la remise à niveau du stade des Martyrs. Le journal Le Phare rapportait qu'une somme de 2,5 millions de dollars américains, destinée au paiement des entrepreneurs qui doivent effectuer les travaux requis par la FIFA, vient de disparaître dans la circulation entre la banque centrale et le ministère des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction et celui des finances. Voici comment un journaliste du Phare décrivait la chose en question : 


"C’est  la grande confusion au stade des Martyrs où l’on fait état du non-paiement aux dix entreprises sélectionnées pour les travaux de réfection, de l’acompte de 2.500.000 dollars US (deux millions cinq cent mille dollars américains) représentant 60 % de la facture globale. On laisse entendre que cette cagnotte a été effectivement retirée des guichets de la Banque Centrale, le vendredi 25 avril, par le compte d’Etat affecté au ministère des Travaux Publics, Infrastructures et Reconstruction.


Alors qu’il se dirigeait vers le cabinet du ministre Pierre Lumbi des ITPR, renchérit-on, il a reçu du cabinet des Finances un contrordre lui demandant de venir consigner les fonds dans les coffres de ce ministère. Et, depuis lors, c’est l’escalade verbale entre les ministres des ITPR et celui des Finances au sujet du dispatching de cet argent.


En guise de représailles, le ministre des Infrastructures, Travaux publics et Reconstruction qui se considère comme le maître d’ouvrage a retiré ses ingénieurs et architectes du stade des Martyrs, précisant au passage, dans une correspondance adressée à son collègue des Sports, qu’il se désengageait d’un dossier plein de confusion."


Dans l'agitation actuelle entre les autorités belges et Joseph Kabila, ce qui est plus intéressant à examiner demeure la question de qui va sortir perdant de cette histoire. Dans le contexte actuel, celui qui risque d'être le grand perdant est Joseph Kabila. Premièrement, en dépit de la légitimité que lui confère sa victoire électorale, Joseph Kabila demeure politiquement faible. Deuxièmement, Kabila est conscient que sa reconduction "électorale" au pouvoir n'est pas, à strictement parler, le résultat d'un processus politique interne, mais est plutôt un cadeau de ses parrains occidentaux, Belges en tête. Troisièmement, à cause du tollé soulevé par le mégatroc des richesses minières congolaises contre la réhabilitation et la construction de nouvelles d'infrastructures conclu avec la Chine dans la plus grande "obscurité", Joseph Kabila ne peut pas se permettre, pour le moment, d'ouvrir un autre front d'hostilités avec le monde occidental. Tout au plus, avons-nous droit ici au genre de cirque qu'affectionnait Mobutu à travers des entrevues accordées au quotidien francophone, Le Soir de Bruxelles.


Nous n'affirmons pas que les Nokos soient blancs comme neige dans les affaires congolaises, mais les reproches formulés par Karol de Gucht au sujet de la mauvaise gouvernance et de l'insécurité chronique qui règne au Congo sont bien fondés.


La rédaction




Posted: vendredi le 25 avril 2008 at 11:36 AM
       

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