lundi le 24 mars 2008
La "licence d'exploitation" de Bundu Dia Kongo illégalement retirée par le gouvernement
La dernière réunion du conseil des ministres qui s'est déroulée à Matadi, capitale de la province du Bas-Congo, a accouché de l'interdiction du fonctionnement de Bundu dia Kongo (BDK), qualifié de mouvement-politico-religieux, par un communiqué gouvernemental. Le communiqué affirme que "Le Conseil des ministres a décidé le retrait de l'agrément accordé par le ministère des Affaires sociales à l'ASBL (Association sans but lucratif) BDK". Rappelons aussi que le 15 mars déjà, le président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, avait adressé une "mise en garde sévère" au député Ne Muanda Nsemi, chef spirituel de BDK, accusé de réclamer "l'auto-détermination du peuple Kongo" et d'encourager des troubles. Le problème c'est qu'au regard de la loi congolaise, un tel "retrait d'agrément" pourrait bien être illégal. Mais on connaît le grand respect du pouvoir pour la loi congolaise...
Depuis plus d'une année, en fait après l'élection controversée du gouverneur de la Province du Bas-Congo, membre de l'AMP, alors que la majorité des députés provinciaux appartenaient aux partis d'opposition, dont le MLC de J.-P. Bemba, un état de guerre larvée existe entre d'une part les FARDC et la police nationale et, d'autre part, les adeptes de BDK. À vrai dire l'émergence dans le paysage politique comngolais de ce mouvement politico-religieux remonte à l'année 1997 (alors que sa création date de la fin des années soixantes), juste après la prise du pouvoir par l'AFDL de Mzee Laurent-Désiré Kabila.
À cette époque, il y eut une séries d'accrochages à Kinshasa entre des éléments de cette secte et les Forces Armées Congolaises (FAC). On peut même dire qu'il y eu répression de la part des forces de sécurité congolaise, sous la direction du ministre de l'Intérieur de l'époque, Mwenze Kongolo. Notons aussi qu'après l'échec des négociations de Sun City, il y a eu une révolte au Bas-Congo des adeptes de BDK qui nécessita le déplacement du conseiller en matière de sécurité de Mzee Kabila, Jean Mbuyi (maintenant député du PPRD). En d'autres termes, les revendications politico-religieuse de Bundu Dia Kongo ne datent pas d'hier. La répression non plus, mais elle semble s'être exacerbée depuis 2002.
Dans ce contexte, "un retrait" d'autorisation de fonctionnement de BDK par le gouvernement, n'apporte aucune solution concrète face aux revendications et aux aspirations des dirigeants et des adeptes de ce mouvement politico-religieux dont le rayonnement idéologique s'étend sur quatre pays, du Gabon à l'Angola en passant par les deux Congo. Derrière les revendications culturelles de BDK, il faut reconnaître qu'il y a un ras-le-bol généralisé au sein de la population du Bas-Congo qui souffre d'une misère matérielle aggravée, alors que la province est riche du site hydroélectrique d'Inga, du premier port du pays (Matadi) et de puits de pétrole exploités notamment par Chevron. En dépit de cela, il n'y aucun signe de retombées économiques visibles dans la province du Bas-Congo. Par exemple, les riverains du barrage d'Inga n'ont jamais bénéficié de l'électrification de leur région. La seule preuve de l'importance de cette ressource hydroélectrique, tient aux lignes à haute tension des pylônes qui leur passent au-dessus de la tête pour alimenter Kinshasa et les industries minières du Katanga, sans oublier l'exportation d'électricité vers le Congo-Brazzaville, la Zambie, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud.
Pour revenir à l'interdiction dont la secte fait l'objet, comme nous l'avons mentionné plus haut, cela ne va pas garantir sa disparition; au contraire, on s'assure ainsi de l' effet inverse sous forme de radicalisation des adeptes du groupe. Même au sein de la population en général, la décision du gouvernement a été mal accueillie et plusieurs voix s'élèvent pour prôner un dialogue entre le gouvernement et le BDK. La sociéte civile du Bas-Congo affirme regretter que le gouvernement ne l'ait pas consultée avant de prendre la décision de retirer l'autorisation de fonctionnement en tant qu'ASBL à BDK. Quant aux élus provinciaux du Bas-Congo, ils ont décidé de se réunir avant de se prononcer sur la question de l'interdiction de cette secte. Comme quoi, l'interdiction et la répression menée par le gouvernement contre BDK, ne sont pas bien accueillies au sein de la population Ne Kongo. Ajoutons en passant que les relations entre l'Église catholique et les églises protestantes d'une part et Bundi Dia Kongo, d'autre part, ne sont pas très bonnes, voilà sans doute pourquoi on n'entend pas de bonnes voix chrétiennes s'élever pour protester contre les tirs à balles réelles sur des adeptes sans armes et contre la destruction de leur lieux de culte.
La proposition d'organiser une "conférence de Matadi" est un autre exemple d'inspiration "kivutienne", et ce en dépit du fait que la conférence de Goma n'ait pas produit les effets escomptés. À titre d'exemple, cette ville qui a abrité pendant trois semaines la fameuse conférence de paix, de sécurité et de développement, est en train de se transformer en banlieue de Bagdad, où les meurtres aux mains des forces de l'ordre se commettent en plein jour contre les notables tutsis du Nord-Kivu. À ce sujet d'ailleurs, on apprend que la famille d'Albert Ngezayo exige la création d'une commission d'enquête indépendante et souhaiterait même que celle-ci soit une commission d'enquête de niveau national (ou même international). Le frère du défunt, Victor Ngezayo, regrette le fait que les premiers éléments de l'enquête de la commission formée par le gouverneur de la province n'aient pas encore été communiqués à la famille. Il faut dire qu'on ne peut rien attendre de cette commission puisqu'elle est composée en partie d'éléments qui sont suspectés de participation dans le meurtre d'alber Ngezayo. Cette commission est en effet composée en partie d'organisations suspectées d'être impliquées dans ledit assassinat, soit l'armée représentée par l'auditorat militaire et l'agence nationale de renseignement (ANR). L'Obsac pense que les deux autres composantes de la commission d'enquête du gouverneur Paluku sont moins suspectes (direction générale de migration, DGM, et le parquet général près la cour d'appel de Goma) mais elles n'en sont pas moins aussi au service du régime de Kabila Joseph.
L'autre grande actualité du moment en RDC concerne la survie d'Antoine Gizenga au poste de premier ministre. Il faut rappeler que la nomination d'Antoine Gizenga au poste de premier minsitre n'avait rien à voir avec ses qualités politiques ou techniques, puisqu'il ne brille ni pas l'une, ni par l'autre. Sa sélection au poste de premier ministre n'a pas été le choix de Joseph Kabila, tout comme ce dernier n'est pas le choix des Congolais, mais sa nomination a été décidée par les parrains occidentaux et régionaux suite au clivage électoral est-ouest et aussi par le souci de neutraliser la montée en puissance de Jean-Pierre Bemba dans la partie ouest du pays. Mais avec le changement de la donne géopolitique que représente les contrats de méga-trocs signés entre la RDC et la Chine, les parrains occidentaux, Belges en tête, à défaut de faire sauter Kabila, exigent un changement à la tête du gouvernement, afin de sauver le peu qui leur reste d'influence économique et politique dans le pays. On pourra toujours faire sauter Joseph Kabila plus tard...
Ces rumeurs, véhiculées actuellement dans tous les médias congolais, de changement à la tête de la primature ne sont donc pas le résultats de tensions internes au sein de la coalition AMP, mais proviennent donc plutôt des exigences de ces mêmes parrains occidentaux. Parmi les candidats souhaités figurent l'actuel président du parlement, Vital Kamerhe, ainsi que l'ancien directeur de cabinet du président Joseph Kabila, le professeur Évariste Boshab. On sait bien que ces deux personnalités sont très liées aux milieux politiques belges. Pour mémoire, Boshab a été formé en Belgique et fut imposé comme dircab de Joseph Kabila par Papa Leke (l'oncle paternel et petit frère du père) Louis Michel. Pour Kamerhe et les autres "extrémistes du Kivu dans l'entourage de Joseph, ils sont soit recommandés par les Belges ou par la Françafrique.
La rédaction
Additionnel du 27 mars 2008
Maintenant que le conseil des ministres et le président Kabila Joseph sont rentrés au bercail, l'affaire Bundu Dia Kongo se transporte à l'Assemblée nationale où elle semble avoir éclipsée les manoeuvres visant à remplacer le premier minsitre Gizenga. Ainsi, le quotidien Le Palmares, sous la plume un peu broullionne tout de même d'un certain "Milor", faisait une description de la confrontation parlementaire entre le ministre de l'Intérieur Denis Kalume et le député et dirigeant de BDK, Ne Muanda Nsemi, qui laisse, finalement, très peu de place à une interprétation favorable à la thèse des autorités de Kinshasa. Milor nous dit que le ministre Kalume est arrivé au parlement avec une suite "importante" comprenant des hauts gradés militaires, des piles de documents et, surtout, des documents audio-visuels qui devaient prouver hors de tout doute les allégations du gouvernement contre BDK. Or tout cet argumentaire et tous ces moyens n'auront apparemment pas fait le poid lorsqu'est venu le tour du député Ne Muanda Nsemi. Ce dernier qui, pourtant, faisait face à un auditoire qui lui était initialement hostile, à été capable d'aller chercher la sympatie de ses collègues parlementaires qui ont fini par l'applaudir à quelques reprises.
Dans Le Potentiel du 27 mars, on retrouve la phrase suivante à la une du journal : « Les revendications, sociales notamment, sur lesquelles s’appuie BDK sont fondées. Non seulement les Ne Kongo, mais aussi les compatriotes d’autres provinces se reconnaissent à travers ces revendications surtout qu’elles ramassent des problèmes qui ne sont pas l’apanage de seuls bakongo », ont fait valoir bon nombre de députés. En d'autres mots, la manière forte utilisé par gouvernement pour mettre BDK au pas, loin de calmer le jeux pourrait, au contraire, alimenter l'instabilité et l'insécurité qui sont déjà chroniques en RDC.
D'ailleurs la dureté de la critique envers le ministre Kalume ne se limite pas à l'Obsac, on qu'à aller voir sur le site web du quotidien kinois Le Révélateur.
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