jeudi le 14 août 2008
La grande erreur de la petite Géorgie
Des informations sérieuses concernant le principal conseiller en matière de politique étrangère de John McCain, révèlent un lien étroit entre ce conseiller et le président Saakachvili de Géorgie. Lien qui ne fut officiellement rompu qu'après l'adoption par la direction de la campagne du candidat républicain de nouvelles règles concernant la fin de toutes activités de lobbying de la part des gens travaillant pour son organisation électorale.
Le discours belliqueux du candidat républicain à propos de l'intervention militaire russe en Géorgie vise évidemment à le démarquer du candidat démocrate Barrack Obama, qui a une vision plus nuancée de la situation internationale et qui était au moment du déclenchement de cette guerre en vacances à Hawaï.
Comme le faisait remarquer le secrétaire à la Défense, Robert Gates, lors d'un point de presse au Pentagone (15 août 2008), ce n'était pas la première fois depuis 2004 qu'il y avait des accrochages entre l'Ossétie du Sud et la Géorgie. Mais, cette fois-ci, les Russes ont saisi l'occasion de ces escarmouches annuelles pour envoyer un signal très clair aux États de la région qui voudraient "quitter" la sphère d'influence russe. À la lumière des réactions des États comme l'Estonie, la Laitonie, la Pologne et l'Ukraine, on peut constater que ces nouveaux membres de l'Union européenne appréhendent de manière beaucoup plus forte ce regain de volonté politique d'assurer son contrôle dans sa sphère d'influence traditionnelle. Prochaine cible l'Ukraine, ou plus spécifiquement la péninsule de Crimée?
Ce qui est surprenant, c'est la référence constante dans la presse américaine et même chez le premier ministre du Canada, Stephen Harper, d'un retour à la guerre froide, d'une "mentalité soviétique", alors que, de toute évidence, c'est bien davantage d'un retour à un monde découpé en sphères d'influences régionales très nettes, comme celui qui prévalait pendant la grande période de l'impérialisme classique à la fin du XIXe siècle, dont il est ici question. Alexandre GOLTS spécialiste des questions de sécurité russe insistait d'ailleurs dans les pages du Figaro sur cet aspect clé de la crise militaire entre la Russie et la Géorgie : « L'agression russe contre la Géorgie illustre le triomphe au Kremlin d'une approche de realpolitik très XIXe, dans sa version la plus grossière. Une « realpolitik » qui, à l'époque, avait mené à la guerre de 1914. »
Évidemment, il ne faut pas se leurrer, le monde demeure dominé par l'hyperpuissance américaine, le budget militaire américain est en effet supérieur à tous les autres budgets militaires réunis, mais la volonté impériale des États-Unis d'Amérique et sa connaissance intime du monde ne sont pas à la hauteur de la puissance militaire américaine. Les Russes savent pertinemment qu'ils ne peuvent gagner une guerre conventionnelle contre les forces américaines sur un théâtre d'opérations qui ne serait pas situé à proximité de leur territoire national. Et, justement, la Géorgie fait partie de la cour arrière russe, tout comme la Tchétchénie. Les forces russes ont laissé 6.000 morts sur le terrain tchétchène, l'Amérique serait-elle prête à laisser 6.000 morts sur le terrain géorgien? Rien n'est moins sûr.
Notons que le secrétaire à la Défense, M. Robert Gates fait partie de l'école des réalistes. Sa conférence de presse en compagnie du chef d'état-major interarmes des forces américaines a remis les pendules à l'heure. M. Gates a clairement indiqué que le geste posé par la Russie constituait le signal clair du retour au statut de grande puissance de ce pays, qu'il visait à effacer l'humiliation des traités et conditions qui furent imposés à la Russie dans les années 90 et qu'il envoyait un message sans ambiguïté aux États d'Asie centrale et du Caucase concernant leur appartenance à la sphère d'influence russe. Le secrétaire à la Défense des États-Unis a, dans un même souffle, très clairement exclu toute intervention militaire américaine aux côtés de son allié géorgien. Il a cependant laissé entendre, comme le président Bush et le vice-président Dick Cheney, que ces événements auraient des conséquences pour la Russie.
Le problème, c'est que la Russie n'a pas trop à s'en faire avec ce genre de menaces. Les leaders du Kremlin savent très bien que le monde est maintenant entré de plain-pied dans une nouvelle aire, marquée au sceau d'une pénurie énergétique de plus en plus prononcée, principalement sous forme de pétrole, relativement à l'explosion de la demande. Dans ce contexte, non seulement les ressources d'hydrocarbures sous le contrôle direct et indirect de la Russie assureront son avenir économique à moyen terme, mais feront également en sorte que la Russie sera la seule puissance énergétiquement et industriellement autosuffisante dans le monde. L'hésitation des Européens à condamner les opérations militaires russes sur le territoire de la Géorgie démontre clairement à quel point ces derniers sont dépendants du pétrole et surtout du gaz naturel en provenance de Russie.
De toute évidence, les Russes conçoivent ce conflit en termes géostratégiques. L'annonce de l'annulation de la visite en Pologne, prévue pour septembre, du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, le jour même de la signature de l'entente sur le bouclier antimissile entre les É.-U. et la Pologne illustre assez clairement que la Russie entend reprendre l'initiative, non seulement dans le Caucase, mais également en Europe centrale. Le prochain signal concernera sans doute la péninsule de Crimée et la base russe d'Odessa. Déjà, le dirigeant communiste Gennady Ziuganov s'est récemment rendu en Ukraine pour encourager la création d'un mouvement séparatiste russophone en Crimée.
D'ailleurs, la Pravda, citant le site internet américain STRAFOR, indique que la démonstration de force russe était clairement conçue comme un message aux autres pays qui comme la Géorgie sont passés de la sphère soviétique à celle de l'Occident.
On ne sera pas surpris donc, si dans les semaines et les mois qui viennent la situation continue à se détériorer. On doit s'attendre à une escalade des propos belliqueux entre Moscou et ses anciens satellites et en particulier avec l'Ukraine. La Russie estimant avoir été flouée au moment de la désintégration de l'URSS par son "partenaire" américain, entend redevenir, grâce à sa rente pétrolière et à son pouvoir énergétique, la puissance hégémonique au centre du continent eurasien.
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