dimanche le 17 mai 2009
Lettre ouverte au gouverneur du Nord Kivu concernant l'assassinat d'Albert Prigogine Ngezayo
Goma, le 13 MARS 2009
Monsieur le Gouverneur de la
Province du Nord-Kivu à
Goma
Monsieur le Gouverneur,
Concerne : Assassinat de feu Albert Prigogine (NGEZAYO)
Aujourd'hui 13 mars 2009, jour pour jour, est date du premier anniversaire de l'assassinat de mon frère Albert Prigogine.
C'est une occasion unique et un devoir pour nous de vous demander de nous communiquer le niveau de l'enquête par vous initiée et les résultats obtenus.
En effet, dès l'annonce de l'assassinat de mon frère, le Vice-Gouverneur et le Gouverneur ad intérim avaient convoqué le Comité Provincial de Sécurité et chargé ledit Comité de recueillir les premiers éléments de ce crime et de faire rapport.
Pendant les jours qui ont précédé l'horrible assassinat vous aviez voyagé pour Kinshasa, d'où vous aviez suivi le déroulement des événements. À votre retour à Goma, peu de temps après vous aviez publiquement déclaré avoir identifié le véhicule utilisé par les auteurs du crime. Aujourd'hui règne un silence inexplicable à propos de ce véhicule.
Nous sommes en possession des copies nous réservées des lettres № 4073/D.024/5688/PGR/SAK/2008 et №1662/BMP.3.249/PG/024/NYS/MM/08 respectivement du Procureur Général de la République et du Procureur Général de Goma, toutes deux relatives à l'enquête en cours et adressées à l'auditeur Supérieur de Goma.
Le recoupement de vos déclarations, des circonstances des faits qui ont entouré la commission de ce crime, du sort réservé aux témoins oculaires et des éléments d'enquêtes nous communiqués par les Avocats de la victime, indique que ce crime odieux et extrêmement violent aurait bénéficié de la complicité et de la couverture de certains agents publics.
Les éléments suivants expliqueraient cette complicité et cette couverture :
1— Au matin de ce crapuleux crime, certains agents de l'ordre non autrement identifiés et le commando chargé de l'exécution de mon défunt frère, auraient à nouveau, comme les jours précédents, suivi son itinéraire et son parcours jusqu'au lieu du crime atteint à 15h 45';
2— Le lieu du crime est situé tout près de votre résidence officielle du Parquet et du Tribunal de Grande Instance et des Services de sécurité (T2), dans un périmètre hautement sécurisé où se trouvent également le Quartier Général de la 8e Région Militaire, l'Auditorat Militaire et les résidences des officiers supérieurs;
3-Atteint par balle, feu Albert Prigogine a fini sa course dans la parcelle voisine de votre résidence officielle, habitée par un couple de missionnaires américains, tandis que le véhicule à bord duquel se trouvait le commando est remonté passant par tous les postes publics ci-dessus cités où sont affectés en permanence policiers et militaires de garde, sans la moindre intervention de leur part, malgré les tirs de rafale nourris ouverts sur la victime;
4— Les policiers de votre garde rapprochée affectés à votre résidence officielle, en tenue civile et portant les armes de guerre, étaient présents au lieu du drame où le véhicule de la victime a fini sa chute. Entre-temps, le quartier fut bouclé par la Police jusqu'à l'évacuation des victimes vers le Centre hospitalier de la MONUC. L'une des victimes, feu CHIKALA MUHLIRWA Marcellin, a été abattu par le même commando pour avoir eu le malheur de se trouver au lieu du crime, au mauvais moment et donc d'être considéré comme un témoin gênant;
5— À notre arrivée à l'hôpital de la MONUC, où les victimes ont rendu l'âme l'une après l'autre, nous avons trouvé sur place un des commandants de votre sécurité rapprochée aux côtés des deux policiers en civil avec lesquels il a accompagné les victimes jusqu'à l'hôpital, à bord du véhicule des missionnaires américains;
Trois autres hauts responsables de l'Inspection Provincial de la Police Nationale Congolaise sont arrivés sur les lieux et ont évacué le témoin gênant CHIKALA, juste dans les minutes qui ont suivi son décès pour le conduire, semble-t-il, à l'hôpital général de Goma;
6— Des éléments d'enquêtes menées par les Avocats de la victime, il ressortirait qu'il s'observe plusieurs cas de mutations des personnes qui étaient présentes à GOMA le jour du crime et dont les déclarations devaient intéresser au plus haut point vos enquêteurs; cet éloignement risque de compromettre la manifestation de la vérité;
Quant au mobile du crime, il reposerait sur les conflits fonciers et immobiliers opposant mon frère défunt Albert Prigogine aux tiers occupants et/ou constructeurs de mauvaise foi, notamment dans les dossiers suivants :
1— L'affaire Camp DUMEZ à GOMA;
2— L'affaire de la villa située sur l'Avenue de la Corniche, en face de la station de pompage de la REGIDESO, non loin de la résidence de la victime, objet de la vente publique ayant opposé l'ancien propriétaire à la tierce personne;
3— L'affaire de la parcelle sise à KESHERO au bord du lac Kivuvendue à l'Évêché de Goma et enfin;
4— L'affaire de l'actuel bâtiment abritant le Gouvernorat de la Province du Nord-Kivu communément appelé « Musée » et objet de votre lettre № 01/496/CAB/GP-NK/2007 du 7 août 2007.
Les bénéficiaires ci-dessus n'hésitent pas d'utiliser le trafic d'influence et clament haut et fort de bénéficier des privilèges du pouvoir public en déclarant que les décisions des Cours et des Tribunaux ne seront jamais exécutées.
Tous ces conflits dans lesquels mon défunt frère a été entraîné malgré lui, tirent leur origine dans les actes administratifs arbitraires posés par des agents des services du cadastre et des Conservateurs des titres immobiliers bien identifiés qui ont délivré des contrats et autres titres de propriété sur des concessions de mon frère, pourtant couvertes par les certificats d'enregistrement et ce en violation de la loi dite foncière.
Dans le même ordre d'idées, les Cours et Tribunaux saisis pour trancher ses différents litiges de propriété, ont rendu des décisions pour la plupart aujourd'hui coulées en force de chose jugée, décisions qui rencontrent pourtant dans leur exécution, la résistance des perdants, sous le regard indifférent de l'autorité publique.
Devant cette démission coupable de l'autorité publique, il est à craindre que la loi de la jungle s'installe et que le peuple congolais range la violence et les assassinats politiques, économiques et physiques parmi les voies et moyens pour garantir ses droits humains ou pour inversement, violer et s'octroyer les droits des autres.
Cet état de choses dans l'ensemble de la Province du Nord-Kivu a pour conséquences de nombreux assassinats souvent commis dans l'impunité totale par des hommes en armes et en uniforme.
Un an après l'assassinat lâche de mon frère Albert Prigogine, l'enquête par vous initiée à coup de forte médiatisation, piétine. Aucun résultat probant n'est atteint, sauf nouvelle information de votre part, malgré la réunion des éléments exploitables et du mobile du crime ci-dessus détaillés.
Bien au contraire, tout porte à croire que tout est mis en oeuvre pour brouiller les pistes de l'enquête avec l'intention d'inculper des innocents sous des faux mobiles dans le but de couvrir la vérité.
J'exige, au nom de la vérité, de la justice, de la démocratie et de l'État de droit, que l'enquête par vous initié. il y a un an relativement à l'assassinat de mon frère Albert Prigogine soit clôturée, les auteurs et leurs commanditaires identifiés, arrêtés et déférés devant les instances judiciaires d'une part, et que les conditions de sécurité juridique et physiques soient garanties pour tous d'autres part.
Veuillez agréer, Monsieur le Gouverneur, ma considération distinguée.
Victor Ngezayo
CC :
Son Excellence Monsieur le Président de la République
Palais de la Nation
Kinshasa /Gombe
Son excellence Monsieur le président du Sénat;
Son excellence Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale;
(tous) deux Palais du Peuple
Kinshasa/Lingwala
etc. etc.
NDLR Obsac : nous nous excusons de ne pas reproduire toutes les personnes en CC, mais il y en avait plus de vingt…
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