La surmortalité dans l'est du Congo : commentaire supplémentaire


Après avoir parcouru le rapport des deux démographes belges, ainsi que les différentes "études" de l'IRC qui sont à la base du « quatre millions de morts » véhiculés sur le Congo, il y a lieu de dire ce qui suit : 

1— Le rapport des démographes belges repose sur des théories et des méthodologies démographiques bien connues, à savoir, une étude de prospective sur le passé. Celle-ci implique une modélisation multidimensionnelle qui repose sur la théorie des chaînes de Markov utilisées dans l'étude de la dynamique des populations. Pratiquement, nous disent les auteurs, on se base sur une population répartie par sexe et âge à un moment donné du passé et on lui applique chaque année des taux et/ou des probabilités par sexe et âge de mortalité, fécondité et migrations, constants ou variables, afin d’obtenir pour une année finale une estimation de la population par sexe et âge la plus proche possible de celle réellement observée à ce moment-là.

Donc, les auteurs se sont basés principalement sur les deux seuls recensements généraux existants pour le Congo-Kinshasa, soit le recensement général de 1956 sous l'administration coloniale belge, les résultats du recensement administratif de 1970 et le recensement général de 1984, sous Mobutu. À ces grandes enquêtes démographiques, ils ont ajouté d'autres données recueillies par des démographes belges et congolais entre 1956 et 2005. À ces données, ils ont ensuite ajouté les résultats de l'enregistrement des électrices et des électeurs en 2005. À partir de ces sources de données démographiques, ils ont été en mesure de valider la pyramide des âges de la population de 1956 à 2005, ainsi que la tendance des espérances de vie de 1956 à 2005. Cette reconstitution repose donc sur les meilleures données disponibles et les principaux indicateurs démographiques, à savoir les taux de fécondité, de mortalité, le solde migratoire, la répartition par âge et par sexe. Le résultat de tous ces calculs est facile à comprendre en termes de l'espérance de vie moyenne des Congolais et des Congolaises. C'est une autre façon de parler de l'évolution des taux de mortalité en RDC.


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Sur ce graphique, on constate que de 1956 à 1976 l'espérance de vie des Congolais et des Congolaises a augmenté, alors que de 1976 jusqu'à 1991 il y a une chute constante qui ramène la mortalité au même niveau qu'en 1956, avec une stagnation à ce niveau jusqu'en 2005. Tout ça pour dire que la surmortalité attribuée à la guerre par les médecins de l'IRC est en fait antérieure à la guerre de 1998-2003. En d'autres termes, comme le soulignent les auteurs belges, la cause de cette surmortalité peut être attribuée davantage à la déliquescence du régime Mobutu qu'à la guerre dans l'est.

2— Ce qu'il est convenu d'appeler "les études" de l'IRC ne font, dans les faits, référence à aucune des sources démographiques disponibles pour le Congo (recensements généraux et administratifs, etc.). Ceci aurait été bien utile pour comparer le niveau de mortalité trouvé grâce à leurs propres enquêtes sur le terrain, à celui qui découle des chiffres nationaux pour la RDC, comme l'on fait les chercheurs belges. L'IRC prend bizarrement comme référence de mortalité normale au Congo, la moyenne arithmétique des taux de mortalité des pays de l'Afrique subsaharienne. Or on sait que ces pays ont des niveaux de mortalité différents et que le Congo-Kinshasa se situe dans la catégorie de ceux qui ont un niveau de mortalité élevé. En d'autres termes, le niveau de mortalité moyen du Congo est bien supérieur à cette "moyenne" africaine. C'est donc la première source des décès excédentaires des études de l'IRC. Le troisième problème avec les enquêtes de l'IRC, c'est qu'à partir d'un taux de mortalité d'une seule localité (possédant son environnement spécifique), on va jusqu'à extrapoler à toute une province. Le cas le plus "amusant" est celui de Moba où le taux de mortalité fut déterminé à 11,4/1000h/mois et qui a ensuite été appliqué à toute la province du Katanga. Comme la mortalité moyenne pour l'Afrique subsaharienne est censée être selon l'IRC de 1,5/1000h/mois, le calcul de surmortalité dû à la guerre ce fait de la manière suivante pour le Katanga : 

[(11,4 - 1,5)morts/1000h/mois] x 6.319.000 (pop. Katanga est. 1996) X 22 mois = 1.376.000 de morts excédentaires dus à la guerre.

C'est ce genre de calculs bidon, que nous tirons ici du rapport de mai 2000 de l'lRC, qui servent à nous présenter des millions de morts excédentaires pour recueillir des fonds pour sauver les vivants. Ainsi, en appliquant cette procédure aux autres provinces de l'est (Nord et Sud Kivu, Maniema et province Orientale, l'IRC concluait dans son rapport de l'an 2000 à 77.000 morts par mois sur 22 mois, soit un total de 1,7 million de mort durant la guerre, entre 1998-2000; En 2003 l'IRC estimait la surmortalité à 3.3 millions de morts. Alors que cette estimation passait à un total de 5,4 millions de morts excédentaires pour toute la période de 1998 à 2007.

Bref, ce que démontrent les démographes belges grâce aux chiffres de population les plus solides et aux méthodes démographiques les plus robustes, c'est que les estimations de l'IRC sont de la pure fiction. 

Cette guerre, au pire, aura fait moins de 200.000 morts dans l'est du pays. Ce sont, comme le disent les auteurs, des morts de trop, mais qui servent dans la version « quatre millions de morts » (ou « six million de morts ») à faire rouler la machine de propagande des uns et la machine à financement des autres.

La rédaction



Posted: jeudi le 08 janvier 2009 at 05:13 PM
       

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