L’avenir de l’accord de Nairobi : le mois de mars
pourrait être un point tournant

 


 Il ne fait pas de doute que le mois de mars 2008 est à surveiller car il risque d’être un point tournant pour l’avenir de l’Accord de Nairobi, conclu entre la RDC et le Rwanda sous médiation onusienne et en présence du représentant américain Tim Shortley, ainsi que de l’envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, stipule que la RDC doit commencer le désarmement par la force des FDLR impliqués dans le génocide rwandais de 1994.


La difficulté tient au fait que le régime kabiliste (que ce soit sous le père Laurent-Désire Kabila, ou le fils Joseph Kabila avant et pendant la période de la transition, ou le présent régime démocratiquement élu de Joseph Kabila) a toujours maintenu des liens militaires, financiers et politiques très étroits avec les FDRL et ce, en dépit du fait qu’ils figurent sur la liste des groupes terroristes dressée par les Américains et qu'ils sont aussi nommément qualifiés « d’organisation militaire génocidaire » dans l’Accord de Nairobi.

Dans ce contexte, beaucoup de gens croient que le régime Kabila s'est déjà entendu avec les FDLR et qu’ils vont monter ensemble des opérations médiatisées destinées à la consommation internationale; les deux alliés s’étant entendus à l’avance sur le timing pour organiser des « feu d’artifice » en brûlant quelques campements vides (préalablement évacués) et en s'arrangeant pour que les FDLR acceptent de livrer un nombre limité de combattants afin de permettre au régime Kabila de revendiquer une opération couronnée de succès. Mais, en réalité, le régime Kabila veut, autant que faire se peut, intégrer les combattants FDLR au sein de ses unités militaires et de ses forces de sécurité en leur distribuant des cartes d’identité congolaises. Si jamais on laissait faire, cela établirait un dangereux précédent et jetterait les bases d'une future instabilité dans la région, car les combattants FDLR pourraient dès lors continuer à opérer et à s’organiser sous couvert de l’armée et des forces de sécurité congolaises. Il n’y a pas de doute que les conséquences futures d'une telle manoeuvre seraient très graves.

Le génocide rwandais a eu lieu il y a 13 ans. Pendant tout ce temps les Nations unies mis de l’avant un programme de désarmement "volontaire" pour les génocidaires et leurs nouvelles recrues. Il y a actuellement dans la région un sentiment croissant selon lequel la communauté internationale a toujours été "molle" face aux génocidaires (elle n’a rien fait avant le génocide en dépit de rapports alarmants envoyés à l’ONU par des officiels de haut rang; elle a fait très peu pendant le génocide alors qu’il était diffusé sur CNN 24h par jours et 7jour sur 7, faisant montre d'une espèce de paralysie face à l’horreur; et depuis elle ne propose que le désarmement volontaire. Tout ceci en convainc plusieurs qu’il est grandement temps, plus de 13 ans après le génocide que la communauté internationale agisse avec force contre les génocidaires (étant donné que le génocide est le plus grave de tous les crimes).

Le mois de mars en cours révélera si à la fois Kinshasa et la communauté internationale sont finalement prêts à  véritablement affronter l’organisation militaro-génocidaire des FDLR. Les gens ont été si déçus par le passé qu’il y a beaucoup de doute dans l'air…

Esther Wise
Analyste politique

Posted: lundi le 03 mars 2008 at 07:58 AM
       

Add this entry to: