mardi le 07 avril 2009
La RDC, paradis fiscal pour la classe politique et l'enfer pour les autres
Plus de trois ans après la grande production électorale financée par les contribuables occidentaux et plus de dix ans après le début de la présence de l'ONU sur le terrain (présence qui prendra plus tard la forme de la MONUC), on vient de s'apercevoir que, grâce à la mission du FMI qui séjourne en ce moment à Kinshasa, du président jusqu'aux députés nationaux, en passant par les sénateurs et, bien sûr, les ministres, vice-ministres et autres "conseillers", personne ne payait d'impôt sur le revenu. On se croirait aux îles Cayman, paradis fiscal perdu en plein Océan Atlantique.
Nous sommes pourtant dans un pays qui vit essentiellement de l'aide internationale, des redevances sur ses ressources naturelles et dont l'intégrité territoriale est assurée en grande partie grâce aux 17.000 casques bleus de la MONUC, sans oublier les missions incessantes des grandes institutions financières internationales (BAD, Banque Mondiale, FMI). Personne n'avait jamais rien dit à propos de cette aberration. Il a fallu attendre la crise actuelle et le différend avec le FMI concernant le contrat "troc" des matières premières contre les cinq chantiers signé avec la Chine pour s'apercevoir que la classe politique congolaise habitait, à toute fin pratique, dans un paradis fiscal qui n'avait jamais dit son nom. Pendant ce temps le reste de la population est frappée de plein fouet par la crise économique.
En fait, depuis plusieurs années la classe politique et les fonctionnaires de l'État, entre autres, reçoivent leur salaire en argent comptant. Plusieurs, sinon la majorité, ne disposent pas de compte bancaire en RDC. Leurs économies sont habituellement placées en sécurité dans des comptes de banque à l'étranger (Afrique du Sud, Belgique, France, Suisse, USA, etc.). Avec l'arrivée de l'AFDL à Kinshasa en 1997, Mzee Laurent-Désiré Kabila, accompagné de ses ministres, avait posé un geste "spectaculaire" en ouvrant un compte bancaire à Kinshasa. Mais, ce fut de la poudre aux yeux puisque personne n'avait osé mettre toutes ses économies dans une banque congolaise.
Avec ce "bel exemple" venu d'en haut, on peut se demander si les acteurs économiques s'acquittent convenablement de leurs obligations fiscales. On peut en douter et d'ailleurs force est de constater que les recettes de l'État n'on fait que continuer à fondre depuis l'époque de la zaïrianisation.
Pendant ce temps, la grande actualité à Kinshasa concerne le feuilleton de la démission et du difficile remplacement de Vital Kamerhe au perchoir de l'Assemblée nationale, ainsi que le détournement de 1,5 million de dollars destiné au fonctionnement de cette dernière. Non seulement on ne paye pas d'impôt quand on appartient à la classe politique congolaise, mais en plus on détourne le peu d'argent destiné au bon fonctionnement des institutions démocratiques.
L'autre actualité qui retient l'attention concerne de nouveaux accrochages armés qui se déroulent depuis la semaine dernière sur les hauts plateaux de l'Itombwe, entre les Maï-Maï Bafulero et les "guerriers" Banyamulenge. Selon nos informations, les Maï-Maï Bafulero auraient attaqué quelques villages dans la zone de Minembwe et auraient été repoussés par les "guerriers" Banyamulenge. On dénombre cinq morts, dont quatre Maï-Maï et un éleveur Munyamulenge, en plus de six blessés dont l'appartenance à l'un ou l'autre des deux groupes est difficile à déterminer pour le moment.
Ces attaques ressemblent à celles menées l'an dernier par les mêmes Maï-Maï Bafulero contre des villages Banyamulenge dans la même zone. Le scénario fut le même : les assaillants furent repoussés après avoir subi des pertes. La vraie question qui se pose ici est de savoir pourquoi les Maï-Maï Bafulero viennent attaquer les Banyamulenge vivant dans le territoire de Fizi qui est situé très loin de leurs bases dans le territoire d'Uvira. L'an dernier, on suspectait l'implication indirecte de Kinshasa dans ces attaques, car les Maï-Maï Bafulero ne peuvent opérer aussi loin de leur territoire sans un appui extérieur quelconque. Malgré la distance qui les séparent de leur territoire, les Maï-Maï du chef Zabuloni affirment être les victimes innocentes de cette histoire.
D'ailleurs la déclaration du chef de ces Maï-Maï, Zabuloni, selon laquelle les autorités de la 10e région militaire devraient intervenir contre les FRF (Banyamulenge) qui n'ont pas signé les accords de février 2009 concernant le désarmement et l'intégration des groupes armés au sein des FARDC, laisse entendre qu'il est de mèche avec le gouvernement. On peut en effet se demander en quoi les Maï-Maï Bafulero sont concernés par l'application desdits accords en lieu et place du gouvernement congolais et de la MONUC. Ce qui étonne encore dans tout ça, c'est que les Maï-Maï Babembe, originaires de ce même territoire, n'ont jamais été impliqués dans ces attaques. Ils ont sans doute refusé d'être manipulés pour faire avancer une cause obscure contre des voisins qu'ils côtoient au quotidien et qui peuvent être militairement redoutables. Wait and See.
La rédaction
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