jeudi le 06 novembre 2008
Le sommet de Nairobi : échec garanti
Demain, un sommet régional est convoqué à Nairobi pour discuter du présent conflit armé dans l'est du Congo-Kinshasa. Si plusieurs chefs d'État de la région des Grands Lacs africains y sont invités, tous les yeux seront cependant braqués sur les dirigeants congolais et rwandais. Le secrétaire général des Nations Unies sera également présent lors de cette réunion au sommet.
Plusieurs s'imaginent qu'il s'agira d'une rencontre consistant en une réconciliation entre Kinshasa et Kigali. Or, la vérité est tout autre. Premièrement, la présente crise au Congo a une dimension interne que l'Obsac n'a jamais cessé de souligner depuis 1998, mais que Kinshasa voudrait justement occulter, pour mettre de l'avant sa sempiternelle thèse de l'agression rwandaise contre le territoire congolais. Kigali qui s'est souvent fait prendre à ce jeu a, cette fois-ci, annoncé ses couleurs. En effet, lors de son habituel rendez-vous avec la presse rwandaise, le président Paul Kagame n'y est pas allé par quatre chemins. Il a affirmé notamment que cette réunion programmée avec le président Joseh Kabila n'était pas nécessaire, dans la mesure où il dit ne pas être là pour s'occuper de problème congolo-congolais dû principalement, selon lui, à la médiocrité du leadership de son voisin.
Du côté de Kinshasa, comme on peut le lire dans la presse kinoise, le président Kabila va à Nairobi convaincu qu'il va se retrouver là sous l'arbre à palabre, avec Ban Ki Moon dans le rôle de principal "chef du village". Cette position se retrouve aussi dans le refus de négocier directement avec le CNDP, comme ce dernier ne cesse de l'exiger. Les deux échecs récents des attaques de miliciens Maï-Maï à Rutshuru est une autre preuve de la tentative de Kinshasa de soutenir sa thèse qui voudrait que le CNDP soit un groupe armé parmi tant d'autres. Mais la question qui se pose alors, si le gouvernement doit véritablement faire face à une pléthore de milices dans l'Est, est celle de savoir pourquoi cet acharnement à vouloir négocier la paix uniquement avec le Rwanda?
Avec les positions diamétralement opposées exprimées dans les deux capitales, on peut se demander à quoi pourra aboutir ce sommet. D'une part, on voit très mal comment Kigali accepterait d'assumer la responsabilité de négocier au nom d'une rébellion congolaise et, par conséquent, de reconnaître ipso facto la thèse de Kinshasa. D'autre part, on voit mal aussi comment Kinshasa pourra abandonner sa thèse de l'agression rwandaise sans perdre complètement la face, tant au niveau national qu'international. Bref, nous voilà encore embarqués dans un projet de "Bridge to nowhere", comme dirait la très célèbre candidate défaite à la vice-présidence américaine, Sarah Palin. En d'autres termes, un échec garanti est en train de se profiler à l'horizon.
Derrière le nouveau tollé nationaliste et le refus obstiné d'engager des négociations directes avec le CNDP, qui s'affichent à Kinshasa, on peut deviner l'espoir fou d'obtenir un appui militaire de la part de la MONUC, ainsi que de l'Angola et d'autres pays, pour assurer la protection, en premier lieu de la ville de Goma et ensuite, pour amorcer une offensive militaire permettant de reprendre le terrain récemment perdu aux mains du CNDP. On voit même cette possibilité se profiler dans le nouveau langage "militariste" du secrétaire adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, le Français Alain Leroy, qui séjourne en ce moment à Goma.
L'avenir immédiat nous dira si la nouvelle mouture de la vieille stratégie de Kinshasa de blâmer les autres pour ses propres torts, pourra cette fois-ci réunir les conditions gagnantes que le régime Kabila attend depuis la débâcle de Pweto en août 2002, suivie très récemment de celles de Mushake (décembre 2007), de Rumangabo I et II, sans oublier la grande avancée du CNDP jusqu'aux portes de la ville de Goma la semaine dernière, alors que la ville fut abandonnée par les FARDC en débandade, mais comme d'habitude en pillant et violant tout sur leur passage.
Nairobi II sera sans aucun doute un beau pétard mouillé, comme ce fut le cas de Nairobi I signé le 9 novembre 2007, ainsi que le fameux acte d'engagement signé en grande pompe à Goma en janvier 2008. Wait and see...
La rédaction
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