lundi le 20 octobre 2008
Le CNDP : une rébellion qui fait des émules...
Au cours de la semaine dernière, le CNDP a encore une fois fait parlé de lui, mais cette fois-ci beaucoup plus sur le plan politique que militaire. En effet, deux députés provinciaux du Nord-Kivu ainsi que plusieurs dizaines de notables issus de divers groupes ethniques ont rejoint en grande pompe la rébellion du CNDP. La cérémonie d'accueil pour ces nouveaux cadres politiques du CNDP en rupture avec le régime Kabila s'est déroulée dans la localité de Bunagana située à la frontière avec l'Ouganda.
La cérémonie d'accueil de ces nouveaux cadres politiques consistait essentiellement en un défilé militaire, au cours duquel les troupes de Nkunda ont exhibé leur dernier butin de guerre ramené de la base militaire de Rumangabo. En d'autres termes, toutes les armes lourdes prises aux FARDC, mais que ces dernières nient avoir perdues, ont été paradé devant une foule en liesse.
La grande question que se posent beaucoup de gens est celle du pourquoi de cette défection en masse de cadres politiques du Nord-Kivu vers la rébellion du CNDP. Pour le moment, si nous n'avons pas de réponse précise à cette question, on peut tout de même penser que les derniers succès militaires du CNDP ainsi que l'insécurité chronique prévalant dans les zones sous contrôle du gouvernement pourraient constituer les premiers éléments d'explication. D'ailleurs, l'un des deux députés provinciaux a bien expliqué, lors de cette cérémonie à Bunagana, qu'il se sentait constamment menacé à Goma et qu'il en était venu à craindre pour sa vie dans la capitale du Nord-Kivu.
Le régime Kabila, qui était déjà militairement fragilisé dans cette région, vient donc d'enregistrer un second coup dur, dans la mesure où il croyait y avoir une assise populaire inébranlable face à la rébellion du CNDP. En effet, ces défections ne viennent pas seulement des groupes minoritaires de Tutsis et de Hutus du Nord-Kivu, mais également de personnes provenant de l'ensemble des groupes ethniques de cette province. L'argument plusieurs fois avancé par Kinshasa, selon lequel le CNDP serait l'affaire des seuls Tutsis congolais manipulés par Kigali et Kampala, ne tient plus la route. D'ailleurs, même avant l'arrivée de ce sang neuf dans le mouvement de Laurent Nkunda, les cadres supérieurs, tant au niveau politique que militaire, étaient déjà ethniquement diversifiés : on retrouvait-là des Tutsi, des Hutu, des Hunde, des Nande, des Bashi, et autres.
À Kinshasa, la presse a changé de ton. En effet, on semble maintenant considérer tous les gens de l'est comme suspects ou carrément comme des traîtres, et ce, même après qu'un groupe de trente députés nationaux originaires de cette région ait dénoncé ces transfuges. Rien n’y fait, tous ces gens là sont maintenant coupables de trahison, ça nous ramène à la "belle époque" de Mzee Kabila où tous les Tutsi de l'est du pays étaient des traîtres... Cette situation est plutôt ironique, surtout si l'on se souvient que c'est grâce à l'écrasante majorité du vote qu'il a recueilli dans le Grand Kivu (+ de 90 % au deuxième tour) que Joseph Kabila a gagné les présidentielles de 2006. Rappelons en passant que cet appui populaire massif qu'il a reçu reposait carrément sur la promesse d'un règlement militaire du "problème Nkunda". Or, l'acharnement sur une solution militaire contre le général rebelle a débouché sur une insécurité chronique sur l'ensemble du territoire du Nord-Kivu, marquée par les pillages, les viols, et les meurtres nocturnes, etc. commis par plus de 20.000 militaires des FARDC lâchés en rase campagne et mal dirigés, sinon pas payés et abandonnés à eux-mêmes par leurs officiers supérieurs, installés dans les luxueuses villas du bord du lac Kivu à Goma.
Comme si la défection de cadres de la territoriale au niveau provincial ne suffisait pas, il y a également les députés nationaux du Grand Kivu et de la Province Orientale qui ont publiquement contesté la nomination d'Adolphe Muzito en qualité de nouveau premier ministre. Ces députés nationaux reprochent à Muzito de ne rien connaître de la situation qui prévaut dans l'est du pays. Sûrement que ces derniers auraient préféré voir un fils de l'est, Vital Kamerhe, comme nouveau premier ministre. Même si ces députés ont très peu de chance de faire annuler la décision, leur fronde n'en constitue pas moins un mauvais signal pour le successeur de Gizenga, qui ne pourra pas compter sur un appui très enthousiaste de la part de la députation issue de l'est du pays.
Pendant ce temps, toujours à Kinshasa, on attend toujours "la fumée blanche" qui annoncera la composition de la nouvelle équipe gouvernementale. On sait que ce sont les négociations pour la formation de ce gouvernement qui ont été avancées comme prétexte pour justifier l'absence de Joseph Kabila lors du Sommet de la Francophonie dans la ville de Québec au cours de la fin de semaine dernière. Ce faisant, certaines mauvaises langues affirment que l'absence du chef de l'État congolais mettait fin à l'espoir de voir Kinshasa jouer le rôle de ville-hôte du prochain sommet de l'Organisation de la Francophonie en 2010. Au final, l'organisation du prochain sommet a été remportée par Madagascar et la RDC devra attendre 2012 (Insh Allah!).
L'autre question d'actualité qui a dû faire sourciller, sinon sourire, certains de nos lecteurs tient aux menaces (amicales) des FARDC à l'encontre de leurs copains FDLR. On imagine l'ampleur des pressions de la communauté internationale et de la MONUC qui ne veut plus monter en première ligne contre les troupes de Nkunda à la place des FARDC, toujours aussi incapables d'organiser une offensive ou de tenir le terrain. En effet, nous avons été surpris d'apprendre que le porte-parole des FARDC lançait maintenant une mise en garde à leurs alliés des FDLR, en les sommant de respecter les accords de Nairobi, ou à défaut de quoi l'armée congolaise allait utiliser la force pour les désarmer et les rapatrier au Rwanda, comme le stipule ledit accord de Nairobi. On croirait voir une comédie de mauvais goût. Non seulement les FARDC sont incapables de désarmer qui que ce soit, à fortiori les FDLR, mais aussi et surtout l'alliance entre ces deux-là est encore très forte. Bref, il s'agit, encore une fois, de poudre aux yeux en guise de réponse aux différentes pressions de la communauté internationale et notamment celles exercées par la MONUC qui comme on le sait a tiré les FARDC de l'embarras à de nombreuses reprises sur les champs de bataille de Sake, Masisi Centre et Rumangabo (entre autres).
La rédaction
Add this entry to: