Fermeture du poste frontalier de Bunagana : qui est le perdant?


 À la suite des combats de la semaine dernière entre les FARDC et le CNDP du général Laurent Nkunda en territoire de Rutshuru, le gouvernement de Kinshasa, à défaut de gagner sur le champ de bataille, s'est résolu à fermer le poste frontalier congolo-ougandais de Bunagana. Ce poste frontalier était et demeure sous le contrôle du CNDP. La logique gouvernementale derrière cette fermeture vise l'étranglement financier dudit CNDP. Le 5 septembre, de nouveaux accrochages se sont produits entre le CNDP et les FARDC près de Mweso et à Kirotche entre la 14e brigade (composée de rwandophones diabolisés au Sud-Kivu et ayant refusé d'être mutés au Katanga) et les Maï-Maï Cobra. Voir aussi la carte des affrontements du 5 septembre publiée par Radio Okapi

Rappelons cependant qu'en dépit du fait que ce poste frontalier était sous le contrôle du CNDP, les agents de l'OFIDA et de l'OCC continuaient à faire leur travail pour l'État central, sans être gênés par les hommes de Laurent Nkunda. Selon les informations fournies par l'OFIDA, ce poste frontalier affichait des recettes de 150.000 $ US par mois, somme qui était dûment versée au trésor public et facilitait ainsi les échanges économiques entre la RDC et l'Ouganda. Mentionnons qu'il s'agit du chemin le plus court pour aller s'approvisionner en Ouganda à partir de Goma, la capitale du Nord-Kivu. D'ailleurs, les premiers à se plaindre de la fermeture de ce poste frontalier ont été les acteurs économiques de Goma qui devront maintenant parcourir une route plus longue pour arriver au prochain poste frontalier qui est celui d'Ishasha (qui serait situé dans une zone sous influence des FDLR...).

Le gouvernement affirme avoir fermé le poste frontalier de Bunagana parce le CNDP aurait profité de ce passage vers l'Ouganda pour "s'approvisionner". Mais si c'est la véritable raison, alors pourquoi a-t-on retiré les fonctionnaires de l'OFIDA et de l'OCC, sans mentionner les douaniers, pour ensuite organiser une remise-reprise avec le coordonnateur du CNDP dans cette localité? Il est difficile de comprendre la logique du gouvernement. Selon nous si le CNDP profitait de ce poste frontière, en présence des agents de l'État, qu'en sera-t-il en leur absence? C'est un peu comme donner le contrôle d'un poulailler à un renard... en affirmant que c'est une punition bien méritée pour le renard.

Signalons que cette mesure est intervenue après le passage à Goma de l'homme de main de Joseph Kabila, à savoir Vital Kamerhe, le tout puissant président de l'Assemblée nationale, qui prenait de l'air frais dans les deux Kivus, afin de laisser passer la petite histoire scabreuse de sa liaison avec la femme de son adjoint, le vice-président du parlement. On comprend qu'il avait besoin d'un coup d'éclat pour faire oublier l'autre histoire.

Sur le plan financier, si le gouvernement a pu chiffrer ses recettes mensuelles en provenance de Bunagana, il n'a rien dit concernant les avantages pécuniaires qu'en retirait le CNDP du général Nkunda. On peut facilement penser que cette fermeture n'aura pas d'impact majeur sur les finances du mouvement de Nkunda, dans la mesure où il n'était pas le grand bénéficiaire des recettes fiscales générées par ce poste frontalier. Chose certaine, les chiffres officiels ne tiennent pas compte des "matabishi" que se partageaient très certainement les fonctionnaires et les rebelles du CNDP.

Dans toute cette histoire, c'est encore la population du Nord-Kivu qui écopera sous forme d'augmentation des prix, de pénuries, etc., etc.

La rédaction



Posted: jeudi le 04 septembre 2008 at 04:58 PM
       

Add this entry to: