La dynamique de l'air du temps congolais : stratégies mortifères à l'est


À lire les dépêches et surtout les articles de la presse de Kinshasa, à consulter les sites web des grandes ONG comme Human Rights Watch, on finira par croire que la transition s'est transformer du compromis bancal créé à l'arraché par les médiateurs sud-africains et autres, en mécanisme sacré de salut national. Pas un mot de critique ou alors à peine sur les affres qui ont accompagné (à nouveau) le débat sur la citoyenneté. Pas une critique sur la gestion catastrophique du pays, comme si le non-paiement des salaires constituait la normalité, comme si la poursuite du pillage et du détournement des ressources faisait partie de l'air du temps. Pire les victimes du massacre génocidaire de Gatumba ont été passées par pertes et profits grâce à la paranoïa distillée pendant des années autour du fantomatique complot Hima-Tutsi qui n'en finit plus de renaître de ses cendres sous d'autres noms et d'autres formes; la dernière en date étant la publication par une nouvelle organisation de la société civile de Bukavu, PEACE FOR AFRICA NOW (PFAN) qui est agitée dans les médias congolais comme preuve en béton que ces événements cachent, encore une fois, la main du mal tutsi. Or la réalité est un peu différente.


À force de croire à la fiction des élections à venir (moins de huit mois à courir?) et à la fiction tout court du complot Hema-Tutsi, on en arrive à une volonté d'aveuglement volontaire. Il faut dire que l'exemple vient de haut et que la marche forcée imposée par les Américains aux élections en Afghanistan et en Irak, sans compter l'appui indéfectible de la France au démocratures africaines de son ancien précarré, conçu dans l'exclusive logique d'une légitimation artificielle de régimes sans base démocratique réelle, constitue une voie royale pour la réalisation d'exercices semblables dans d'autres endroits catastrophés comme la RDC. 

On peut donc se demander, dans cette dynamique tant congolaise qu'internationale, à qui profite la déstabilisation de l’Est Congo.


Depuis septembre 1996, la RDC est en proie aux conflits armés caractérisés par deux dimensions : interne et régionale. Depuis au moins quatre ans, l'Obsac n'a pas cessé de marteler ce message. Pourtant, la communauté internationale est demeurée complètement aveugle à cette réalité stratégique et s'est obstinée à imposer des schèmes largement inspirés de ceux qui ont présidé à la fin du système d'apartheid en Afrique du Sud où pourtant la donne stratégique était tout autre et où la classe politique avait à coeur l'avenir du pays. Le Congo n'est pas l'Afrique du Sud et en tout état de cause on y chercherait un Mandela ou un De Klerk qu'on n'en trouverait pas.


La première dimension stratégique est donc celle liée à la question de sécurité physique (menace d’expulsion et d’extermination depuis 1995) et légale (remise en cause perpétuelle de la nationalité congolaise depuis 1981) pour les minorités ethniques de l'est de la RDC (Banyamulenge, du Sud-Kivu, et Banyarwanda, du Nord-Kivu). La deuxième dimension stratégique quant à elle est celle qui a trait à la présence (voulue et entretenue par Kinshasa) sur le territoire congolais des groupes armés rwandais responsables du génocide de 1994.


Les institutions (boiteuses) de la transition mises en place depuis le mois de juillet 2003 n’ont apporté et ne pourront pas apporter une quelconque réponse à ces deux principales causes stratégiques de la crise congolaise qui ont débouché sur deux conflits régionaux depuis 1996. Il est important de rappeler ici que les institutions de la transition sont issues de l’Accord global et inclusif signé le 17 décembre 2002 à Pretoria par les différents acteurs du paysage politique congolais, sous forte pression de la communauté internationale représentée à l’époque par les médiateurs onusiens et sud-africains. Cet accord ne résulte donc pas d’une réelle volonté politique de la part des ex-belligérants congolais pour mettre fin de manière pacifique à l’actuel conflit armé, mais fut un accord imposé à leur corps défendant.


C'est dans ce contexte qu’il faut comprendre que l’administration parallèle mise en place par le PPRD du président Joseph Kabila depuis la formation du gouvernement de la transition est en train de déstabiliser l’est du Congo, rendant surtout la province du Sud-Kivu ingouvernable.


Le Kivu en ébullition

Bien avant la formation de l’actuel gouvernement de la transition, le président Joseph Kabila a pris soin de placer les secteurs clés de l’armée et des services de renseignement sous le contrôle de la Maison militaire du chef de l’État, qui est un service de la présidence de la République qui bénéficie d'un financement généreux grâce aux réseaux de pillage des ressources naturelles du pays qui furent consolidés et approfondis par tous les belligérants au cours de la deuxième guerre congolaise de 1998-2002. Aussi, en débarquant à Kinshasa, le RCD, censé gérer ces deux secteurs, n’a trouvé que des ministères de la Défense et de la Sécurité dépouillés de leurs fonctions essentielles (ou stratégiques). 


Jusqu’à ce jour, le contrôle de ces deux ministères échappe complètement à l’ex-rébellion du RCD qui devait en assurer le fonctionnement dans le cadre de l’accord global et inclusif. En termes clairs, c’est une administration parallèle qui gère l’armée et les services de sécurité, et c’est elle qui conçoit et exécute le plan de guerre secrète mis en place (déploiement d’environ 40 000 militaires, dont une grande partie serait composée de groupes armés rwandais) dans l’Est du Congo, afin de reconquérir militairement et politiquement cette partie du pays (par l'entremise de la production directe et indirecte d'une propagande anti-tutsie à outrance), autrefois sous le contrôle du mouvement rebelle du RCD.


De toute évidence, cette double stratégie politique et militaire qui fut initialement conçue comme parade au défi militaire face aux forces rwandaises bien campées dans l'est du pays a porté fruit. Elle a permis à la fois de rallier dans un élan de nationalisme la population congolaise durement éprouvée par l'effondrement économique consécutif aux deux guerres congolaises et, grâce à l'allié français, a permis des avancés dans le processus de négociations qui a débouché sur l'accord global et inclusif de 2002. C'est à partir de ce nouveau terrain que les hommes du PPRD on jugé possible la poursuite de cette stratégie pour mener une campagne dirigée cette fois contre ceux qui, hier alliés de Kigali, doivent aujourd'hui être vaincu, comme on a estimé avoir vaincu les Rwandais...


Cependant, avec cette nouvelle donne, le pays se retrouve à nouveau plongé dans une situation politique semblable à celle qui prévalait entre 1994 et 1996 : sécurité compromise pour les minorités ethniques dans les deux provinces du Sud et du Nord-Kivu, présence massive des forces génocidaires rwandaises non loin des frontières de leur pays (Rwanda), sans oublier la présence du FNL burundais. En d'autres termes, on se retrouve à la case départ des causes stratégiques de la guerre de l'AFDL en 1996. Comme on peut le craindre, cela risque de provoquer une nouvelle conflagration régionale dont les victimes seront encore principalement les populations locales, et non les politiciens manipulateurs de Kinshasa.


L’implication des forces congolaises dans le génocide de Gatumba

Pour comprendre le danger de la dynamique interne générée par cette volonté de poursuivre la double stratégie du combat politique et militaire, il faut retourner à la nuit du 13 au 14 août 2004 dernier où le camp de réfugié congolais qui abritait des Banyamulenge et des membres d'autres communauté du Sud-Kivu à Gatumba, au Burundi, est sauvagement attaqué par une coalition d’assaillants venus de la RDC (forces congolaises, Interahamwe et FNL) : 164 personnes sont tuées et plus 100 autres sont blessées.


Selon les informations détaillées et précises fournies par M. Minani, un combattant du FNL arrêté à Bujumbura après sa participation à l’attaque du camp de Gatumba et d’un officier congolais de haut rang arrêté aussi à Bujumbura à la mi-septembre 2004, le plan de l’attaque du camp des réfugiés Banyamulenge de Gatumba a été conçu et exécuté par les hautes instances de l’administration parallèle qui gère toutes les forces basées dans le Sud-Kivu. Au cours de leur interrogatoire respectif, les deux détenus ont donné la composition des assaillants lors de l’attaque : le gros des effectifs était formé par des éléments congolais suivis en importance numérique par les Interahamwe, le FNL ne venant qu’en troisième position.


Le principal but de cette attaque était d’empêcher (ou de décourager) le retour des réfugiés banyamulenge au Congo. Les manifestations hostiles, organisées à Uvira par les autorités politico-administratives et militaires nationales, provinciales et locales, envers les rapatriés banyamulenge sont encore une preuve probable de l’implication des forces congolaises dans les événements sanglants de Gatumba. Il faut reconnaître que, dans le présent contexte, le retour d’une partie des réfugiés banyamulenge qui étaient basés au Burundi représente un échec politique pour Kabila et ses alliés extrémistes de l’est du Congo. Pour le moment, les leaders banyamulenge ayant aidé et encadré ce retour sont devenus personna non gratta à Uvira, surtout que certains d’entre eux sont signataires du document « Réactions des Banyamulenge face au rapport de Human Rights Watch sur le génocide de Gatumba » publiés dans les pages web de l'Obsac le 19 septembre 2004. Pour rappel, ce document a étalé sur la place publique des informations (de sources fiables) impliquant directement les autorités militaires provinciales et locales dans l’attaque du camp de Gatumba et dénonçant une certaine complaisance de l'ONG américaine HRW vis-à-vis du gouvernement de Kinshasa.


Le Sud-Kivu ingérable

Depuis le mois de juin dernier, le RCD a été évincé complètement du paysage politique et militaire du Sud-Kivu. Mais à l’allure où vont les choses le parti présidentiel (PPRD) est aussi en train d’y perdre le contrôle. D'ailleurs, ce parti ne s’est jamais politiquement implanté dans cette province, c’est plutôt la haine ethnique qui lui sert de base dubitative dans l’est du Congo.

Au niveau du gouvernorat, les postes sont réparties entre l’opposition politique (le gouverneur titulaire), la société civile (le vice-gouverneur chargé de l’administration) et le RCD (le vice-gouverneur chargé des finances). Quant au commandement de la 10e région militaire, la répartition est la suivante : commandant (PPRD), commandant adjoint (RCD), le MLC occupant le troisième rang dans la hiérarchie militaire régionale.


Sur papier, la gestion administrative et militaire de cette province devait être faite par les différentes autorités énumérées ci-dessus, mais la réalité semble tout autre sur le terrain. À vrai dire, la présence massive des troupes issues de plusieurs groupes armés rend quasiment impossible le contrôle administratif et militaire du Sud-Kivu. À titre d’exemple, la partie sud du Sud-Kivu (notamment les territoires de Fizi, de Minembwe et une partie d’Uvira) échappe complètement au contrôle du gouvernorat. Et, au plan militaire, le commandant (proche de Joseph Kabila) de la 10e région n’a plus aucun contrôle effectif sur les différentes milices Mai-Mai des communautés bashi, bafulero et babembe.


À Uvira, le commandant de cette ville, le lieutenant-colonel Mutupeke (très proche de Kabila), qui est Mubembe, est en conflit ouvert avec le chef Mai-Mai Mufulero, le colonel Nakabaka. Lors des opérations de rapatriement des réfugiés banyamulenge, ces deux officiers, qui étaient au départ opposés à ce mouvement de retour, n’ont cessé de se disputer le premier rôle en ce qui concerne la couverture sécuritaire qui devait être assurée.


Mais au-delà des problèmes déjà mentionnés, il faut aussi ajouter celui de l’insubordination dirigée contre les différentes délégations gouvernementales qui viennent en mission au Sud-Kivu de la part des autorités administratives et militaires provinciales et locales qui sont censées assurer la mise en oeuvre de la stratégie politique et militaire des structures parallèles du pouvoir. Le cas le plus récent est celui de la délégation gouvernementale conduite par le vice-ministre de l’Intérieur, Paul Musafiri, venue spécialement de Kinshasa pour faciliter le retour du deuxième groupe de quelques 1 600 réfugiés congolais qui étaient bloqués depuis cinq jours dans la zone tampon entre le Burundi et le Congo (NDLR Obsac : il faut dire que la présence d'observateurs de la MONUC et de casques bleus uruguayens signifiait qu'il était politiquement difficile de prolonger le blocage à la frontière de ce deuxième groupe).


Après avoir rencontré les autorités burundaises, et visité les réfugiés dans la zone tampon, cette délégation se rend à Kavimvira afin de préparer l’accueil des réfugiés. Dès la frontière, les militaires congolais qui y sont déployés demandent à la délégation de ne pas avancer et d’attendre les instructions du commandant de la ville, un lieutenant-colonel des FARDC. Mais le vice-ministre Musafiri, originaire du Sud-Kivu et qui se décrit souvent comme un ancien étudiant agitateur, s’y oppose et ordonne à toute sa délégation de foncer vers le camp militaire uruguayen (MONUC) où une réunion devait se tenir afin d’arrêter les modalités pratiques d’accueil des réfugiés. Après débat, et compte tenu de l’insécurité, tout le monde (MONUC et délégation gouvernementale) décide d’accueillir les rapatriés dans un site proche de la frontière congolaise.


Après la visite de ce site et au moment où les techniciens chinois de la MONUC allaient commencer les travaux, le gouverneur Bulaima, le lieutenant-colonel Mutupeke et l’administrateur du territoire d’Uvira se détachent de la délégation gouvernementale et se mettent à suggérer à la population de s’opposer à l’installation des rapatriés sur ce site. En moins d’une heure, des barricades sont érigées sur la route vers Bujumbura et ce, en présence des éléments de la police congolaise et de l’armée sans aucune réaction de leur part. Avec cette tournure malheureuse des événements, la MONUC décide de ramener la délégation gouvernementale et l’équipe des humanitaires venue de Kinshasa dans son quartier administratif de Kavimvira, et les deux groupes y resteront bloqués pendant plus de 48 heures. Pendant ce temps, le gouverneur, Bulaima, et son adjoint, Kaningi, abandonnent leur chef hiérarchique, le vice-ministre de l’Intérieur, dans l’enclos de la MONUC sans lui dire un mot pendant 12 heures.


Bref, cet épisode montre à quel point l’absence de l’autorité de l’État pose un sérieux problème dans la province du Sud-Kivu. Même Kabila qui croyait l’avoir récupéré politiquement et militairement ne contrôle pas la province. Pour preuve supplémentaire, il n’a pas osé s’y rendre après sa visite triomphale de la semaine dernière à Kisangani (NDLR Obsac : soulignons tout de même que la GSSP avait désarmé tous les militaires et officiers jugés trop proches du RCD et cantonné ces derniers à l'extérieur de la ville. Le RCD a donc protesté et exige maintenant une réunion d'urgence portant sur le processus d'intégration des troupes issues des différentes composantes). Il y a donc urgence pour un profond changement à la tête de cette province et au niveau local, sinon cette dernière restera toujours ingouvernable.


Le Nord-Kivu dans la mire de Kabila

Au Nord-Kivu, la situation demeure aussi confuse, surtout après la reconquête de Kalehe et Minova par les troupes de la 10e région militaire, avec comme conséquence immédiate la fuite de la population rwandophone habitant ces zones. Il y a eu une contre-offensive au terme de laquelle les hommes du général dissident Nkunda ont récupéré quelques localités, notamment celle de Minova, mais cela n’assure pas le retour des déplacés internes (notamment les rwandophones). L’administration parallèle de Kinshasa envisage toujours de reconquérir militairement et politiquement le Nord-Kivu, comme elle l'a déjà fait avec le Sud-Kivu. Ce qui, en réalité, revient à dire que les affrontements militaires entre les forces loyales au président Kabila et les hommes du général dissident Laurent Nkunda demeurent toujours possibles.


De plus, il existe, au Nord-Kivu, une nouvelle stratégie montée par Kinshasa pour diviser les Hutu et les Tutsi. Les Hutu qualifiés d’extrémistes (entre autres le sénateur Nyabirungu et le député Sekimonyo) qui sont membres du PPRD auraient été mis à contribution afin de convaincre leurs frères de se désolidariser avec les Tutsi. De même, le dernier séjour (en mission officielle) à Goma du général Sylvain Buki a suscité beaucoup d’interrogations au sein de la communauté tutsie. En termes clairs, il a été carrément accusé d’être aussi venu semer la division entre Hutu et Tutsi.


Par ailleurs, le clivage entre le Nord et Sud-Kivu ne fait que s’aggraver, et ce, à deux niveaux :


Entre les Banyarwandas et les Bashi, notamment les membres de ce groupe ethnique qui habitent Goma ;

Entre les Banyarwandas et les Banyamulenges. Cet antagonisme remonte à l’époque de l’AFDL et s’est accentué durant le règne du RCD : les Banyarwandas ont toujours accusé les Banyamulenges d’occuper tous les postes importants réservés à la communauté tutsi, alors que la capitale de ces deux mouvements rebelles a été toujours basée dans leur fief de Goma au Nord-Kivu. 


Avec la mise en place des institutions de la transition, les Banyamulenges accepteront de se rendre à Kinshasa et d’occuper leurs postes, ce qui n’est pas nécessairement le cas avec les parlementaires Banyarwanda. Ces derniers vont jusqu’à accuser les Banyamulenges d’avoir composé avec Joseph Kabila et ses alliés extrémistes de l’est du Congo. En réponse, les Banyamulenges, en dépit de leurs profondes divisions internes, estiment qu’ils ont toujours une position très claire dans les affaires congolaises, contrairement aux Banyarwandas qui se regardent d’abord dans le miroir rwandais avant d’exprimer un quelconque point de vue sur un sujet.


En conclusion

La forte concentration dans l’est du pays de troupes loyales au président Kabila, avec, comme facteur aggravant, une importante présence d’Interahamwe, ex-FAR et FNL, pose un double problème : d'une part, ils sont une source d'insécurité pour les minorités ethniques et, d'autre part, ces forces constituent un acte de menace (ou de provocation) pour les pays voisins (Burundi et Rwanda). 


Plus concrètement, on se retrouve dans une situation similaire à celle ayant conduit au déclenchement de la première guerre en septembre 1996, avec tous les risques d'une nouvelle conflagration régionale que cela implique. 


D’autre part, cette présence massive de forces issues de différents groupes armés et ne répondant pas à une hiérarchie commune (ou unique) rend de plus en plus ingérable (ou ingouvernable) la province du Sud-Kivu. Le PPRD, qui croyait avoir ainsi récupéré politiquement et militairement l’est du pays des mains de son rival RDC, est maintenant en train de perdre le contrôle sur la dynamique qu’il a enclenchée. 


Dans ce jeu de politiciens en mal de positionnement, le grand perdant demeure toujours la population locale et l'unité nationale du Congo-Kinshasa. En termes clairs, la double stratégie de déstabilisation du Kivu ne profite à personne, elle compromet plutôt la paix au Congo et dans la région des Grands Lacs.


La rédaction

Originally Posted: Mar. - Octobre 19, 2004 at 07:40 AM

Posted: mardi le 19 octobre 2004 at 08:32 AM
       

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