De Kabila à Gnassingbé


Radio France Internationale n'émet plus au Togo. Panne technique a-t-on dit dans un premier temps, avant d'avouer qu'on avait coupé l'émetteur "compte tenu du ton adopté par cette radio" (sic). Il faut dire que l'ascension sur le trône de Faure Gnassingbé équivaut à un coup d'État institutionnel. Le parlement presque entièrement composé d'Éyadémistes a démis le président du parlement et amendé la constitution pour rallonger la période de transition de 2 mois à 3 ans (jusqu'en 2008).

Si la France, comme à peu près tout le monde, a dénoncé du bout des lèvres les événements qui viennent de se dérouler au Togo, le président Chirac a tout de même rendu hommage "à un ami de la France" et "à un ami personnel". Il faut dire qu'il y en a d'autres qui loge à la même enseigne, comme Omar Bongo, Denis Sassou Ngesso, Idris Déby et j'en passe. Dans tous ces cas la France parle de démocratie et on appui la démocrature. Les États-Unis d'Amérique font aussi la même chose, mais à un niveau, disons, plus élevé... Il n'est pas moins hallucinant de parler de grande victoire pour la liberté en Iraq, suite aux élections tenus là-bas le 31 janvier 2004. Quand on aura compris la véritable signification du vote de la population Shiite, il sera trop tard et on racontera une autre histoire permettant de fuir encore un peu plus en avant.
L'Union Africaine a, elle aussi, par la voie du président du Nigeria, Olesegun Obasanjo, appellé à rejeter la nomination de Faure Gnassingbé. Le président en exercice de l'UA demandait également à la communauté internationale d'aider à l'organisation d'élections transparentes. Si c'est le cas, on devrait demander à la France et aux États-Unis de s'abstenir...

Cette tendance à la succession biologique au sommet des États africains devrait nous interpeler. Quand Laurent-Désiré Kabila tombe sous les balles d'un assassin le 16 janvier 2001, c'est son fils que les fidèles de Mzee feront monter sur le trône pour éviter les luttes intestines entre les différentes factions politiques fragilement fédérées autour du président LDK. La mise en place par l'armée togolaise de Faure Gnassingbé sur le trône mafieux érigé par son père répond au même genre de préoccupations.

Pour assurer la survie du système de pouvoir personnel de Kabila ou d'Éyadéma, on a besoin d'une personne capable d'assurer la pérénité symbolique du pouvoir en question, mais qui ne soit pas dangeureux pour les barons qui en constituent la base. Pour le reste on fera ce qu'il faut auprès des amis africains et internationaux pour faire du neuf avec du vieux.
La dynamique qui s'enclenche au Togo risque d'épouser les méandres de la transition congolaise. La communauté internationale peut exiger des élections, mais elle ne trouve pas les fonds pour assurer la tenue de ces dernières avec un minimum de conditions favorables. À la sortie du séminaire inter-institutionnel le patron de la MONUC, l'Américain William Lacy Swing et d'autres participants ont annoncé que les préparatifs iraient de l'avant, que de nouveaux montants d'argent seraient donnés par la communauté internationale, mais jamais il n'a confirmé leur tenu en juin prochain, se gardant aussi d'évoquer leur report. 

Bref, on aura organisé une belle conférence simplement pour neutraliser la grogne populaire. La fuite en avant peut maintenant se poursuivre.

Originally Posted: Lun. - Février 7, 2005 at 08:50 AM

Posted: jeudi le 17 février 2005 at 08:30 AM
       

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