Quarante-huit ans plus tard, l'agent Larry Devlin de la CIA se souvient de Lumumba



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Vient de paraître dans le New York Times un article sur Larry Devlin, le responsable de la CIA à Kinshasa qui en 1960 avait reçu l'ordre d'assassiner Patrice Lumumba. Ce qu'on sait moins, enfin s'il faut se fier aux mémoires dudit Larry Devlin c'est qu'il affirme avoir refusé d'exécuter cet ordre. Selon l'intéressé qui est maintenant agé de 85 ans et qui souffre d'emphizème, ce qui l'oblige à utiliser de l'oxygène en permanence, il se serait tout simplement traîné les pieds.

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Larry Devlin est maintenant un vieillard de 85 ans à la santé fragile, mais en 1960 ou 1961 il était plus jeune et autrement plus redoutable.

Devlin affirme qu'il estimait que cet ordre était une erreur monumentale. Je fut totalement renversé. Il se rappelle avoir dit un gros mot et d'avoir demandé à celui qui lui avait été présenté comme Joe de Paris, et qui avait transporté les paquets de poison et le tube dentifrice toxique avec lesquels il aurait du "éliminer" Lumumba, est-ce que tout ça n'est pas un peu inhabituel ?.

Le "Joe de Paris" en question s'appelait en fait Sidney Gottlieb, l'expert en poisons au pied bot de la CIA. Pour donner une idée du personnage en question, mentionnons simplement que Sidney Gottlieb s'est illustré, à peu près à la même époque, par son implication dans le projet MK-ULTRA, un projet de la CIA visant à manipuler mentalement certaines personnes par l'injestion de substances psychotropes, aux États-Unis, mais aussi à l'extérieur, entre autres à l'institut Alan Memorial de Montréal au Canada (Voir Wikipedia). Gottlieb affirma donc à l'époque, mais fut incapable de prouver, à Larry Devlin que le président Eisenhower avait personnellement autorisé l'assassinat du charismatique dirigeant congolais. Il lui expliqua aussi que les poisons avaient été choisis pour faire en sorte que la mort de Lumumba paraisse "naturelle" (sic).

Larry Devlin jugea l'ordre morallement injustifiable. J'ai pensé que c'était très dangeux. Si jamais je me gourrais et que j'impliquais la mauvaise personne et qu'on finisse par apprendre que les États-Unis avait fait ça, j'imaginais que même les Africains qui n'aimaient pas Lumumba élimineraient tous les Blancs qu'ils pourraient trouver. Cela aurait pu coûter la vie à des centaines de personnes.

Larry Devlin explique qu'à l'époque il n'avait pas de problème à faire usage de techniques de corruption, du chantage et d'autres méthodes peu recommandables du même genre. Cela faisait, comme il le dit si bien dans l'article du New York Times, partie des règles du jeux qui l'opposait à ses homologues de l'URSS, dans le contexte d'une guerre froide qui laissait planer la menace d'une épée de damoclès nucléaire terminale au dessus de la tête de la civilization. À ce moment, comme maintenant d'ailleur, le trophé que cherchait à se réserver pour elles seules les deux super-puissances étaient, et demeurent, les ressources naturelles du Congo. «Mondialement, (l'assassinat de Lumumba) aurait été un désastre,» dit-il.

Éventuellement, ce sont les Belges et Mobutu qui assassinèrent Patrice Lumumba.

Le reste de l'article du journaliste Scott Shane dans le New ork Times tente de faire un parralèle entre cette époque trouble de la guerre froide et la guerre contre le "terrorisme" dans laquelle se sont engagés les États-Unis au lendemain du 11 septembre 2001. La justification de l'utilisation de la torture mise de l'avant par l'administration du président George W. Bush ne tient pas plus la route aujourd'hui que l'assassinat de Lumumba en 1960, mais les États-nis d'Amérique ont aujourd'hui encore beaucoup de mal à réconcilier les valeurs des pères fondateurs, avec leur insatiable appétit pour le pétrole et pour les autres ressources naturelles de la planète, dont ils aimeraient pouvoir disposer à leur guise, afin d'assurer leur position hégémonique dans le paysage politique et économique mondial. Comme cela est impossible, il est tout à fait évident que nous sommes déjà entrée de plein pied dans une époque charactérisée par une grande instabilité au niveau mondial.  

Nos lectrices et lecteurs peuvent allez lire le reste de l'article à partir du lien en début d'article. Pour notre part nous croyons que la présente situation de grande similitude et des risques de dérappage plus important que la période de la guerre froide. La Chine tient mantenant le rôle de l'URSS comme grand concurrent des États-Unis, mais il y a une pléthore d'autres concurrents occidentaux qui cherchent aussi à s'accaparer les ressources du Congo de Lumumba et qui ne sont plus, ceendant, au même diapason que Washington.

À la lecture de cet article du New York Times on comprend donc assez bien que rien n'a véritablement changé dans le monde. C'est toujours la loi du plus fort et des accusations-condamnations pour crimes de guerre imposées aux perdants qui constituent la norme. Les gagnants, les puissants, continuent à bénéficier, eux, de l'impunité, alors que les perdants sont traînés devant la CPI, dont ne veulent rien savoir les Américains... On les comprend. Depuis les procès de Nuremberg, ils ont toujours été du côté des procureurs de l'accusation, ils se voient donc très mal sur le banc des accusés; là où pourtant le reste du monde, et en particulier les peuples opprimés aimeraient bien les voir.

Pierre Bigras


Posted: mercredi le 27 février 2008 at 06:03 PM
       

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