Le retrait des troupes rwandaises du Nord-Kivu : et après?


La ville de Goma a vécu hier une journée de liesse ponctuée par une parade militaire des troupes congolaises et rwandaises qui célébraient la fin de l'opération Umoja Wetu (ce qui veut dire "notre unité" en swahili). Toutes ces activités ont eu lieu en présence des ministres de la Défense du Congo et des Affaires étrangères du Rwanda. Les deux ministres étaient entourés des chefs d'état-major de leur pays respectif, sans oublier la présence du commandant de l'opération Umoja Wetu, le général congolais John Numbi.

Si la classe politique et une partie de la population congolaise se réjouissaient du "retour officiel" au bercail des Afande de Kigali, les paysans qui habitent les zones où se sont déroulées ces opérations militaires sont, eux, à présent un peu plus inquiets qu'avant et ce, pour deux raisons. 

Premièrement, avec le retrait des troupes rwandaises il est évident que les FDLR qui ont échappé à la traque vont être tentées de revenir dans ces territoires qu'ils avaient fui, avec tout ce que ça implique comme possibilité de règlements de compte contre la population civile que les milices rwandaises vont suspecter d'avoir fraternisé avec "l'ennemi". Deuxièmement, les FARDC qui étaient déjà suspectées d'être les alliés des FDLR, et dont on connaît la faiblesse militaire notoire, ne seront pas en mesure à la fois de maintenir le contrôle des zones libérées pendant l'opération Umoja Wetu, ni de poursuivre seule le travail de traque et de neutralisation des FDLR, en grande partie effectué par les seules forces armées rwandaises (RDF en sigle anglais). Évidemment, tout cela est démenti en bloc par les généraux Kabarebe et Numbi...

Lors de ce défilé militaire à Goma les différentes autorités rwandaises et congolaises se sont vantées à de nombreuses reprises en affirmant que l'opération Umoja Wetu avait été un succès total. Mais un simple coup d'oeil au bilan, soit 153 tués du côté des FDLR, montre à quel point la moisson est maigrichonne, sinon insignifiante. Tout le monde sait que les combattants FDLR ont tout fait pour éviter le contact direct avec les troupes de la coalition, choisissant plutôt de s'enfoncer à l'intérieur du pays pendant le passage de l'orage qui menaçait de les emporter. C'est ainsi qu'on rapporte la présence d'environ 10 000 FDLR à Shabunda, au Sud-Kivu. 

À partir de cet état des lieux, on peut légitimement se poser les questions suivantes. La première est celle qui concerne l'objectif poursuivi et les gains réalisés par Kigali au cours de cette courte opération militaire qui s'est uniquement déroulée au Nord-Kivu; alors que le gros des combattants FDLR est concentré au Sud-Kivu. La deuxième question reeprésente en quelque sorte l'envers de la médaille de la première. À quoi aura servi cette opération d'entrée des troupes rwandaises au Nord-Kivu pour Kinshasa, si la population civile des zones libérées passe à nouveau sous le contrôle par les FDLR et que, de plus, cela génère des turbulences politiques à Kinshasa pour le régime Kabila? Déjà, la démission de membres du bureau de l'Assemblée nationale a été annoncée et l'on attend incessamment celle du président de cette institution, Vital Kamerhe. 

Il s'agit-là de l'éjection d'une partie conséquente du dispositif politique du régime. Vital Kamerhe était en effet, jusqu'à ce jour, une des pièces maîtresses du régime pour élaborer et maintenir une stratégie politique gagnante basée sur l'appui massif de la population du Kivu. Il ne fait pas de doute que Joseph Kabila tentera de noyer un peu le poisson en faisant valoir le précieux cadeau que lui a apporté Kigali sur un plateau d'argent dans cet échange de bon procédé, à savoir le démantèlement du CNDP de Laurent Nkunda, dont le sort aux mains des autorités de Kigali demeure toujours incertain. Bien qu'il semble de plus en plus probable qu'on aille jusqu'à la conclusion logique en offrant Nkunda sur l'hôtel du sacrifice... On verra.

Bref, pour le moment la seule conclusion qui s'impose vraiment, tient au fait que ce qui est visible dans tout ça ne représente que la partie émergée de l'iceberg politico-militaire rwando-congolais. Par ailleurs, les changements qui s'annoncent au niveau du Bureau de l'Assemblée nationale laissent entendre qu'une nouvelle dynamique politique reposant sur la recherche de la paix au Kivu va entraîner la mise à l'écart des ténors du courant extrémiste, qui tenaient le haut du pavé depuis longtemps auprès de Kabila. Reste à voir ce que seront  les conséquences  de l’abandon de la stratégie kivutienne lors des prochaines échéances électorales présidentielle et législative. Mais bon, tout ça est bien éloigné encore, non seulement dans le temps, mais aussi en termes de capacités financières; on voit mal comment l'Occident pourra au plus profond de la présente tourmente économique engloutir un autre demi-milliard de dollars ou d'euros dans une nouvelle "super production démocratique" en RDC.

Wait and see... et Inch Allah!

La rédaction


 


Posted: jeudi le 26 février 2009 at 03:07 PM
       

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