lundi le 16 février 2009
RDC - RWANDA
L'entente secrète continue à faire couler beaucoup d'encre
Les opérations militaires congolo-rwandaises conséquentes à l'entente secrète entre les deux pays continuent à faire à la fois des victimes dans les rangs des FDLR et à faire couler beaucoup d'encre du côté de ceux qui y sont opposés. Sans compter les ONG internationales, comme ICG et HRW qui doutent des résultats ou qui dénoncent le manque de protections des populations civiles qui continuent à être massacrées par les FDLR.
Comme l'Obsac l'avait déjà dit dans un article précédent consacré à ce sujet, en ce qui concerne Kinshasa, la très farouche opposition au retour des RDF au Kivu se concentre en ce moment au niveau de l'Assemblée nationale congolaise. Deux-cent-soixante-deux députés ont signé une pétition exigeant la convocation d'une session extraordinaire qui serait consacrée à l'examen de la présence des troupes rwandaises dans l'est du pays. Aux dernières nouvelles, les députés impliqués dans cette démarche attendaient le retour des États-Unis du président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe. Ce dernier, comme disent les Québécois aura à jongler "une patate chaude" dans ses mains lors de son retour à Kinshasa. Premièrement, le fait d'accepter cette pétition le mettrait à nouveau en porte à faux par rapport à la présidence qui lui aurait demandé de démissionner de son poste de président de l'Assemblée nationale. Deuxièmement, le fait de refuser d'acquiescer à une pétition signée par la majorité des députés impliquerait la violation de l'article 116 de la Constitution.
En guise de parade à la fronde des députés, Joseph Kabila a décidé de réunir samedi dernier autour de lui à Kinshasa, les chefs coutumiers du Nord et du Sud-Kivu. On rappellera que ces mêmes chefs coutumiers étaient, jusqu'à très récemment, adeptes de la thèse de l'agression du Congo par les trois pays voisins du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda. Au sortir de cette rencontre, certains d'entre eux, interrogés par les médias, n'on fait que louer l'intervention des troupes rwandaises pour démanteler les forces des rebelles FDLR. Un des chefs coutumiers est même allé jusqu'à préconiser un séjour indéterminé en sol congolais des Forces de Défense du Rwanda, ceci afin de véritablement éradiquer la menace des FDLR. On a bien du mal à reconnaître le discours des Mwami du Kivu dans ce genre de propos. On peut bien s'imaginer que, en plus des pressions politiques exercées par la présidence, que de grosses caisses de dollars américains ont été nécessaires pour convertir les grands Mwami à cette nouvelle fraternité rwando-congolaise.
Du côté de Kigali, l'ensemble des institutions politiques semble se réjouir du bon travail effectué par les "boys" au Congo voisin. Cependant, la grogne s'est tout de même installée chez les Tutsis congolais qui sont réfugiés au Rwanda, ainsi que dans l'ensemble de la communauté tutsie rwandaise (y compris chez les Baganda). Ceci, non seulement après l'arrestation et la détention arbitraire de Laurent Nkunda, mais aussi et surtout après la nouvelle annonçant sa future extradition vers Kinshasa. Pour preuve voici une lettre de protestation adressée à différents responsables politiques et militaires rwandais, dont entre autres, la ministre des Affaires étrangères, Rose Museminali, le chef d'état-major James Kabarebe, le ministre Charles Murigande, le conseiller en matière de sécurité à la présidence, le Dr. Ndahiro, et le général Charles Kayonga, etc., etc.
8 février 2009 (date de l'envoi par courriel aux autorités rwandaises de la lettre ci-dessous)
Réaction concernant la mise en place
du comité (Kinshasa Kigali)
d'extradition du Chairman du CNDP, le
Général Major Laurent Nkunda
Mihigo.
Nous, réfugiés
Congolais, au Rwanda suivons avec amertume et
indignation les
tractations entre Kinshasa et Kigali sur le sort du
CNDP et son
Chairman.
En effet, cela fait exactement 18 jours que notre
Héros, le Chairman
du CNDP a été arrêté et mis en résidence
surveillée d'une façon
arbitraire, illégale et
extrajudiciaire.
En effet, il n'a vu aucun Juge pour lui
signifier le pourquoi de sa
privation des libertés et encore
moins, l'assistance de son Avocat.
Le comble a été suivi sur
les antennes de Radio Rwanda par la mise sur
pied d'un comité
mixte Rwando-Congolais pour l'extradition du Chairman
du CNDP vers
Kinshasa.
Vous savez autant que nous que les bourreaux de
Kinshasa pratiquent
encore la peine de mort.
Les Autorités
Rwandaises se sont dotées d'une Loi dite de
Compétence
Universelle.
Pourquoi ne pas actionner ce
mécanisme au lieu d'extrader notre Chairman ?
Imaginez une
seule seconde (entre Oct. 1990 et Juillet 1994) si le
Président
Museveni et les Autorités Ougandaises auraient créé une
dissidence
au sein du FPR-Inkotanyi, mettre aux arrêts son Chairman et
vouloir
l'extrader vers le régime du Président Juvénal
Habyar'Imana
????????????????????????
De grâce, j'ose
croire qu'il existe encore des hommes/femmes intègres
(Inyangamugayo)
au Rwanda pour ne pas commettre l'innommable : rien ne
nous
échappe de toute cette alliance contre nature. Nous ne sommes
pas
dupe, vous savez. Même si, aujourd'hui nous sommes
impuissants devant
ce rouleau compresseur.
Le Rwanda
utilise le Général Paul Rwarakabije qui est FDRL-Intrahamwe
pur
et dur : Pendant combien de temps continuerez-vous à nous
humilier
après plus de 15 ans à cause de la présence de ces
interahamwe chez
nous en RDC ? Rien n'est linéaire ici bas
!!!!!!!!!!!!!!!!!
Nos frères et sœurs ont servi le FPR
Inkontanyi : Pendant la conquête
du Rwanda, pendant la guerre
d'AFDL, pendant la guerre du RCD, pendant
la guerre du CNDP :
Qu'est-ce que nous avons gagné en retour ?
Nothing….A part
l'humiliation, brimade etc.….
J. Mwesigwe, apatride.
Cette lettre de M. Mwesigwe résume bien les inquiétudes des Tutsis congolais réfugiés au Rwanda ou qui demeurent encore au Congo, par rapport à cette entente secrète conclue entre Kigali et Kinshasa et qui, comme on le voit, va à l'encontre de leurs intérêts. En effet, de plus en plus on commence à avoir accès aux détails de ce que Kabila aurait exigé et obtenu de Kigali en échange de l'autorisation du retour des RDF au Kivu pour y faire la traque des FDLR. Selon des sources bien informées, Kabila aurait exigé et obtenu la neutralisation militaire et politique, non seulement du CNDP au Nord-Kivu, mais également des FRF sur les hauts plateaux de l'Itombwe. Pour le CNDP on sait déjà où on en est : arrestation de son Chairman, intégration de ses militaires au sein des FARDC, perte de son fief territorial, maintenant entre les mains du gouvernement. Bref, pour le CNDP, son chien est mort! Mais pourtant le processus de normalisation, si tant est qu'il s'agit de cela se poursuit à la vitesse grand V. D'ailleurs, il suffit de lire les observations de l'Institut Pole pour se convaincre que tout n'as pas encore été dit sur cette entente secrète entre Kigali et Kinshasa.
Du côté du FRF, pour le moment les militaires rwandais ne sont pas encore intervenus au Sud-Kivu et ça prendra quelque temps avant qu'ils ne puissent rejoindre les hauts plateaux. Donc les FRF sont épargnés pour le moment à cause de leur isolement géographique. Mais il faut aussi reconnaître que la neutralisation des FRF ne pourra se faire sur le modèle du CNDP. Pour les RDF, dans leur cas il n'y aura que l'option militaire de disponible. On sait ce que ça a donné en 2002 quand James Kabarebe avait pensé neutraliser Masunzu et son groupe en moins d'une semaine d'opérations militaires. Ça n'avait pas marché, surtout à cause de l'appui populaire dont bénéficiaient les insurgés Banyamulenge et ce facteur demeure toujours d'actualité aujourd'hui pour les FRF.
Terminons en disant qu'en signant cette entente secrète Kigali et Kinshasa n'avaient pas prévu l'ampleur de la fronde politique générée par leur alliance des deux côtés de la frontière. Si pour le Congo, la chose était prévisible, il en allait tout autrement au pays des Milles collines où on s'imaginait que le fait d'aller traquer les Interahamwe l'emporterait largement comparativement à la réaction négative qui pouvait résulter de la neutralisation du CNDP chez les Tutsis congolais. Or, on constate que cette grogne ne se limite pas à ces derniers, mais s'étend également dans la communauté des Tutsi rwandais. Comme qui dirait, entre le pouvoir et le peuple il y a toujours un fossé qu'il est parfois difficile de combler une fois que les dégâts sont faits.
La rédaction
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