La traque des FDLR : Kigali, Kinshasa, même combat! 

Avec de nouveaux détails sur l'arrestation de Laurent Nkunda


SUPPLÉMENTAIRE : un commentaire sur l'arrestation de Laurent Nkunda

25 janvier 2009

Les langues commencent à se délier trois jours après "l'arrestation" de Laurent Nkunda « en fuite sur le territoire rwandais ». L'Obsac avait dès le départ signalé son scepticisme quant à la véracité de la version officielle des faits véhiculée dans le communiqué du général, massacreurs de Kasaïens en 1991-92 au Katanga, John Numbi.

À  présent, le porte-parole de la branche politique du CNDP, restée fidèle au général Nkunda, vient de publier un communiqué qui décrit le contexte entourant l'arrestation de l'ancien Chairman du mouvement rebelle. En effet, contrairement à la version de John Numbi, Laurent Nkunda n'était pas en fuite sur le territoire rwandais, mais avait plutôt été invité par les autorités militaires rwandaises (lire James Kaberebe), à se rendre à Gisenyi pour discuter de la mise en application de la déclaration d’IHUSI/Goma sur la traque des FDLR. Dans le même communiqué du CNDP, on décrit l'itinéraire suivi par Nkunda et son escorte pour se rendre au Rwanda, à savoir la route JOMBA-RUTSHURU-KIBUMBA-KABUHANGA.

Pour celles et ceux qui connaissent la région où était situé le QG de Laurent Nkunda à Bunaganda (selon John Numbi), il était pratiquement impossible de fuir la menace de la coalition FARDC-RDF en direction du Rwanda, au lieu de simplement traverser en Ouganda, d'autant plus qu'il aurait "fui" les troupes rwandaises. Bref, la version des FARDC était complètement bidon.

Pendant que dans le premier cercle de Kabila ont se réjouit de la fin du "parcours" de Laurent Nkunda, deux autres questions se posent. Premièrement, la branche des « extrémistes de l'Est » a tellement pressé Joseph Kabila pour obtenir des détails sur la durée de la présence des troupes rwandaises au Kivu que ce dernier, dans la déclaration qui a été publiée à la suite de la rencontre interinstitutionnelle d'hier qui regroupait autour de Kabila, le premier ministre, ainsi que les présidents de la Chambre et du Sénat, a carrément annoncé une durée de séjour de 15 jours à peine en RDC pour les forces armées rwandaises, alors qu'on apprenait que la durée des opérations en sol congolais des troupes ougandaises serait de 21 jours... Cela ressemble presque à une insulte à l'intelligence des Congolais. Comment peut-on tenter de nous faire croire que 15 jours, ou même 21 jours suffisent pour organiser l'entrée des troupes rwandaises, l'organisation de la logistique de l'opération conjointe RDC-Rwanda, contre des forces armés constituées d'ex-FAR et  d'Interahamwe, dont le nombre est estimé entre 6.000 et 15.000 combattants aguerris. (voir aussi ici pour des statistiques complémentaires) Il n'y a que le petit Joseph qui peut vendre une salade comme celle-là à la population du Congo!

Deuxièmement, on peut se demander ce qui va se passer avec les négociations de Nairobi, entre le gouvernement congolais et le CNDP. Si on se fie aux dernières déclarations d'Obasanjo qui fait état d'un report des négociations à une date indéterminée, on a peut-être déjà un début de réponse, à savoir que Kinshasa refusera de retourner à la table de négociations, avec ce qui reste du CNDP, alors que les autorités congolaises ont déjà obtenu ce qu'elles cherchaient, comme le souligne d'ailleurs le professeur Philippe Biyoya.

En définitive, l'accord entre Kinshasa et Kigali aura mis beaucoup de monde au chômage, en commençant par Obasanjo, Mkapa et les différents négociateurs.

La rédaction


Une grande partie de l'opposition est outrée. Le Pprdiste Vital Kamerhe a initialement joué l'incrédulité de celui qui ne peut se permettre de critiquer ouvertement la présidence. On vous passe la réaction de la société civile de l'est du Congo. Les députés nationaux du Nord et du Sud-Kivu ont signé une déclaration qui condamne sans appel le retour des troupes rwandaises sur le territoire national. Tout cela semble s'expliquer par la rapidité des événements et par la nature insupportable de la présence rwandaise au Kivu, peu importe le bien-fondé de cette opération militaire conjointe entre les FARDC et les RDF.

Comment expliquer cette réaction? On sait que les FDLR sont responsables d'innombrables exactions, extorsions, meurtres et viols sans nombre sur la population de l'est du Congo, censée être représentée par ces mêmes députés nationaux qui s'opposent pourtant à cette opération conjointe. 

Pour les non-initiés de la situation géopolitique des Grands Lacs africains, il est impossible de comprendre le tollé soulevé par la participation active de troupes rwandaises dans la traque des FDLR, qui sont la dernière incarnation des miliciens et des militaires responsables du génocide des Tutsis du Rwanda en 1994. À vrai dire, le problème des gens du Kivu, par rapport au Rwanda, se résume à une chose : la haine viscérale du Tutsi. Pour preuve, personne n'a exprimé de réactions négatives face au retour des troupes ougandaises dans l'Ituri, où elles traquent les rebelles de la LRA de Joseph Kony, aux côtés des FARDC et des troupes soudanaises.

Revenons un peu sur la surprise générale causée par cette « coopération militaire » entre Kigali et Kinshasa. Il y a à peine deux mois le ton entre les deux capitales était presque glacial et laissait même planer une atmosphère de veillée d'armes. Mais il aura suffi d'un simple séjour de moins de 48 heures du chef d'état-major de l'armée rwandaise, le général James Kabarebe, pour changer complètement la donne politico-militaire entre les deux pays. On peut tout de même s'imaginer que tout ça n'est pas arrivé d'un simple coup de baguette magique et qu'il doit y avoir eu de fortes pressions exercées par les "grands" de ce monde pour exiger la mise en oeuvre par Kinshasa de l'Accord de Nairobi (et d'autres accords précédents), concernant le règlement de la très délicate question de la présence des interahamwe et ex-FAR installés au Congo depuis 1994. Il ne faut pas oublier la profondeur des liens qui s'étaient tissés entre le régime de Kinshasa et les Interahamwe et ex-FAR au moment de la Deuxième Guerre congolaise en 1998. En effet, Feu Mzee Kabila, avait recruté à tour de bras tous les combattants hutus rwandais dispersés en Centrafrique, au Congo-Brazzaville et même en Angola par le raz de marée de l'AFDL en 1996-1997.

Le fils de Mzee, Joseph Kabila, en dépit des fortes pressions internationales ne s'était pas, jusqu'ici, complètement désolidarisé de ces troupes de choc héritées du régime de son père. Finalement, ce sont les débâcles militaires à répétition face aux troupes du CNDP, les menaces de Kigali et les pressions internationales, qui auront finalement eu raison de la résistance du régime de Kinshasa. Mais notons qu'en échange Joseph Kabila a obtenu ce qu'il n'aurait pas pu récupérer sur le champ de bataille, à savoir la fin des hostilités avec le CNDP, et donc la reprise du contrôle par le gouvernement de l'ensemble du territoire qui était sous l'emprise de ce mouvement rebelle. 

S'il ne fait pas de doute que Kigali est le grand gagnant politique de ces derniers développements diplomatiques dans la région, on peut également affirmer que sur le plan interne Kinshasa et le CNDP semblent être les grands perdants. Pour Joseph Kabila, la branche extrémiste de la société civile du Kivu qui lui avait permis de gagner les élections présidentielles de 2006 a sérieusement commencé à « brasser la case » avec des déclarations incendiaires. Du côté du CNDP, la scission au niveau de la direction et la déclaration de fin des hostilités ont complètement sapé sa raison d'être en tant que mouvement politico-militaire. Qui plus est, au moment où nous publions cet article on apprenait que Laurent Nkunda venait d'être arrêté en territoire rwandais, où il aurait apparemment fuit devant l'avancée des forces congolo-rwandaises sur son QG. L'Obsac fait remarquer, en passant, que cette version des faits semble un peu alambiquée, ne serait-ce que parce que les voies de communication à partir du QG de Nkunda menaient davantage vers l'Ouganda plutôt que vers le Rwanda. Voir dans Le Monde et sur le site web du CNDP pour la version définitive de cette arrestation rocambolesque.

La question qui se pose maintenant est double : premièrement, combien de temps cette collaboration militaire entre Kinshasa et Kigali va durer et, deuxièmement, on peut légitimement se demander si ces opérations militaires conjointes vont finalement réussir à apporter une solution politique permanente au litige qui empoisonne les rapports entre les deux pays depuis 1994. 

Wait and See

La rédaction



Posted: jeudi le 22 janvier 2009 at 06:51 PM
       

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