Nkunda déclare un cessez-le-feu unilatéral


Selon les dernières informations qui nous sont parvenues de la région, le "chairman" Nkunda a déclaré un cessez-le-feu unilatéral alors que ses troupes se trouvent aux portes de Goma. Le général Nkunda évoque la panique qui s'est emparée de la ville pour justifier cette décision unilatérale.

Par ailleurs, diverses sources confirment la fuite de la soldatesque des FARDC qui se dirigeraient en direction de Sake, sur l'axe routier Goma-Bukavu. Évidemment, comme c'est la tradition dans cette armée, les soldats pillent les commerces et les civils qui se trouvent sur leur passage. Des correspondants occidentaux se sont fait voler leur 4x4 à la pointe des armes, des commerces ont reçu la visite des soldats fuyards qui ont tout emporté ce qu'il pouvait prendre et transporter, on vous passe les viols et autres actes criminels. D'ailleurs, dans un communiqué lancé sur les ondes de Radio Okapi, le commandant de la 8e région militaire a imploré ses troupes en fuite de revenir à Goma et surtout « Je demande particulièrement aux militaires de ne vraiment pas procéder au vol, au pillage de la population. Notre mission est de protéger la population et ses biens. » (Sic). Apparemment, sont message est tombé dans les oreilles d'une bande de sourds qui ont la peur au ventre. En effet, le lendemain (30 octobre 2008) Radio Okapi rapportait des tueries, des viols et des pillages commis par les militaires des FARDC dans la ville de Goma.

Au plan diplomatique international, la réunion du Conseil de sécurité convoquée d'urgence hier a décidé de ne rien décider! L'examen de la demande d'envoi de troupes supplémentaires fut renvoyé à la réunion qui est déjà prévue de longue date, dans deux mois, pour étudier la question du renouvellement périodique de la Mission des Nations Unies au Congo, la MONUC. Les États-Unis viennent de dépêcher dans la région la sous-secrétaire d'État chargée des Affaires africaines, Jendayi Frazer, alors que Louis Michel, grand commis voyageur pour la Belgique au sein de l'Union européenne se trouve déjà à Kinshasa et prévoit aussi des escales à Kigali et Goma.

Du côté de Kinshasa justement, le président Joseph Kabila a dépêché en mission ses deux nouveaux ministres chargés de la diplomatie. Alexis Tambwe Mwamba, maintenant ministre des Affaires étrangères est allé à Kigali et, Raymond Tshibanda, le ministre de la Coopération internationale et régionale, est allé lui, chez le bamukubwa Eduardo dos Santos demander de l'aide. Il faut dire que les Angolais sont déjà présents dans l'est du Congo où leurs conseillers militaires supervisent l'utilisation de l'artillerie de campagne, entre autres choses. Mais de là à y envoyer un contingent d'infanterie des FAA pour combattre en première ligne contre les troupes de Nkunda qui ont prouvé leur capacité militaire et qui, surtout, connaissent le terrain, il y aurait un pas très difficile à franchir pour Luanda.

Sur le terrain, la débandade a été totale au cours de la journée dans la ville de Goma. Tant la population civile que les troupes des FARDC ont pris la poudre d'escampette, comme en ont éloquemment témoigné les photos des agences de presse occidentale qui sont parues sur l'internet. Même la MONUC a dû abandonner son QG civil de Goma pour regrouper tout son personnel dans un endroit plus sûr, sans doute le camp militaire du contingent indien. Mentionnons aussi que le gouverneur de la province, Julien Paluku, a été parmi les premiers à fuir la ville de Goma. Certaines sources affirment qu'il se serait réfugié à Beni en compagnie d'un certain nombre de députés provinciaux. Bref, l'exemple vient de haut...

L'Obsac croit que cet arrêt de l'offensive de Nkunda aux portes de la ville de Goma serait la conséquence de pressions diplomatiques exercées par les grandes puissances occidentales. S'Il ne fait pas de doute que les chancelleries occidentales s'inquiètent des conséquences de ces mouvements massifs de population jetée sur les routes du Nord-Kivu, sans assistance humanitaire et dans des conditions sanitaires qui se détériorent d'heure en heure, on se doute bien que ces mêmes chancelleries sont tiraillées également entre leurs intérêts nationaux au Congo et le coût en matériel et en vies que pourrait leur coûter le sauvetage du régime de Kinshasa. On n'a pas vu des déplacements aussi massifs de population dans la région des Grands Lacs depuis l'exil de 3 millions de Hutus à l'été 1994, après le génocide des Tutsis rwandais et en 1996 lors du retour en masse de ces mêmes Hutus au Rwanda après le démantèlement des camps de réfugiés rwandais gérés par les extrémistes interahamwe et des ex-FAR au Nord et au Sud-Kivu. Mais, si Nkunda a acquiescé à un cessez-le-feu, cela suppose entre autres qu'on a dû lui faire des promesses, comme celle de convaincre le gouvernement Kabila d'engager des négociations directes avec le CNDP, et qui plus est sur un terrain neutre. 

La précipitation avec laquelle Kabila a expédié ses émissaires à Kigali surtout, est une façon pour lui de tenter d'internationaliser le conflit et ainsi éviter de négocier directement avec Nkunda. Mais la réponse de Kagame est on ne peut plus claire : le président rwandais aurait en effet apparemment répondu à l'émissaire de Joseph Kabila que le CNDP n'était pas un problème rwandais, mais bien un problème interne au Congo, que seuls les Congolais pouvaient résoudre entre eux. En d'autres termes, allez négocier directement avec Nkunda...

Finalement, il faut se poser la question du pourquoi de cette panique au sein de la population alors que le CNDP semble avoir une fiche comportementale meilleure que celle des FARDC dans les zones sous son contrôle. L'explication la plus plausible tient à la répétition de la pratique de la manipulation des masses telle qu'elle fut initiée et mise en place concrètement par le régime Habyarimana dans les années 1990, au cours de la lutte qui l'opposait au FPR. On retrouve encore ici l'influence des officiers français de la mission d'appui militaire au Rwanda (DAMI), qui reposait sur la théorie de la guerre révolutionnaire enseignée au collège de guerre de l'armée française et qui exige la mobilisation complète et l'endoctrinement de la population contre l'ennemi commun. On sait où tout ça a fini au Rwanda. 

À présent, ces mêmes pratiques extrêmes sont devenues le creuset de la haine et de la peur entre les différentes communautés. D'un côté, on retrouve une population qu'on a convaincue d'une pseudo appartenance à une identité de "gentils Bantous" (sic) et de l'autre les méchants, les diaboliques Tutsis (resic). Le régime de Kinshasa, à l'image de celui d'Habyarimana "brode" ici une fabulation qui lui explose maintenant au visage, pour la simple raison que la réalité est toujours plus complexe que la plus complexe des fictions qu'un gouvernement est capable d'inventer.

Ce matin (30 octobre 2008) des cassandres se font entendre en Belgique qui vont jusqu'à prédire un retour de flamme éventuellement mortel pour le régime rwandais, on affirme également, comme s'il s'agissait d'une vérité profonde que la guerre au Nord-Kivu s'explique avant tout par le désir de contrôler les richesses minérales de cette région. Commençons par dire comme Raymond F. DeVoe que l'économie (capitaliste) c'est la poursuite de la guerre par d'autres moyens et qu'à ce chapitre ce qui se passe en ce moment à l'échelle de la planète est très édifiant. Au Kivu la guerre est effectivement une guerre par procuration entre grandes puissances : Chine contre USA et USA contre la France, avec la petite Belgique et une myriade d'acteurs privés coincés et souvent piétinés quelque part entre les pattes de ces éléphants. 

La seule façon pour le Congo de tirer son épingle du jeu serait d'être un joueur fiable. Or le Congo à cause de ses élites prédatrices est ataviquement incapable d'être un partenaire fiable pour qui que ce soit. Que ce soit les milliards de la Banque Mondiale détournés par Mobutu, ou les manipulations et la navigation à vue relativement à l'octroi de contrats miniers par Mzee Kabila et ensuite son fils Joseph, tout le monde sait qu'on ne peut en ce pays, se fier à la parole donnée. Les politiques congolais sont comme des girouettes dans la tempête, ils changent de cap à chaque nouvelle bourrasque. Alors, si la confiance et les garanties juridiques sont inexistantes en RDC et ce n'est pas une façade électorale qui fait la démocratie et des institutions sérieuses capables d'un contrôle mutuel empêchant les dérapages des monopoles du pouvoir et des luttes de clans. Donc, il est évident que les grandes puissances prendront les moyens qu'il faut pour se garantir un accès aux ressources stratégiques de ce pays si richement doté. 

Ceux qui voient une guerre par procuration dans la présente version du conflit dans l'ouest du Congo ont raison. Là où elles et ils se bernent et bernent leurs lectrices et lecteurs, c'est quand elles et ils affirment que le Rwanda menace la souveraineté de l'État congolais. Comment peut-on menacer quelque chose qui n'existe pas? Un bateau sans capitaine fini toujours mal et le Congo n'a pas de capitaine, n'a pas de véritables alliés. Le Congo n'a que des parrains, ou des mabukubwa ou encore de petits nokos perpétuellement au chevet du malade et dont il tente d'obtenir des faveurs, alors qu'en fait le pays de Lumumba se meurt d'un cancer politique... Ce n'est pas comme ça qu'on se fait respecter par ses voisins, ce n'est pas comme ça qu'on arrive à se faire de véritables alliés.

Wait and see.

La rédaction


Posted: mercredi le 29 octobre 2008 at 05:48 PM
       

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