lundi le 27 octobre 2008
Nouveau gouvernement à Kin et nouveaux combats au Nord-Kivu :
tous les indicateurs sont au rouge
Après plus de deux semaines de tractations de couloirs à Kinshasa, la fumée blanche annonçant la nouvelle équipe gouvernementale est sortie tard hier soir alors que tout le monde était déjà au lit. Quelques heures plus tôt, le "chairman" Nkunda faisait tomber la foudre sur la grande base de Rumangabo, occupée une première fois par ses troupes il y une dizaine jours et dont il s'était retiré sous conditions, après des négociations avec la MONUC. On remarquera justement que les conditions auxquelles les FARDC s'étaient engagées n'ayant pas été respectées par ces dernières, les troupes du CNDP son revenus en force à Rumangabo et avancent à présent vers Goma.
Mais revenons pour un moment sur la nouvelle équipe gouvernementale, dont la liste des membres a été publiée dimanche soir (26 octobre 2008) à Kinshasa. Disons d'emblée que la présente mouture gouvernementale semble vouée à l'échec comme la précédente, et ce, pour plusieurs raisons : premièrement, on se retrouve dangereusement proche d'une formule 1 +4, comme lors de la transition entre 2003 et 2006, sauf que cette fois ce sera 1+ 1+ 3. Si mathématiquement le total est le même, il y cependant une différence d'échelle. Pendant la transition, on a retrouvé la formule du partage de dupes au niveau présidentiel, alors que maintenant le tout se passe au niveau de la primature.
Plus concrètement, on retrouve un premier ministre secondé de trois vice-premiers ministres qui n'ont pas de portefeuilles précis. Ce qui revient à dire qu'ils devront se contenter d'être à la tête de commissions bidon comme ce fut le cas avec les quatre vice-présidents de la transition. Deuxièmement, les trois vice-premiers ministres en question ne sont pas issus du premier cercle du pouvoir kabiliste, et n'auront, par conséquent aucun poids auprès des ministres issus des différentes composantes de l'Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) siégeant dans leurs commissions respectives; comme ce fut le cas pour les vice-présidents de la transition. Mentionnons que seul Nzanga Mobutu est chef d'une composante. En fait, le principe qui semble avoir présidé au choix de ces trois vice-premiers ministres est celui de la géopolitique nationale : un vient de l'Équateur, un deuxième du Kasaï Oriental et le dernier de la ville de Kinshasa.
Troisièmement, comme le premier ministre n'est pas non plus issu du premier cercle du pouvoir, le gouvernement aura beaucoup de mal à gérer une telle équipe ministérielle très disparate dont les membres n'auront de comptes à rendre qu'à leur chef de parti respectif ou à Kabila auquel ils doivent leur promotion. Bref, le poids du pouvoir parallèle sera encore plus lourd dans une équipe ministérielle aussi hétérogène.
Les changements majeurs à souligner dans la nouvelle équipe, par rapport à l'ancienne, sont les suivants :
1— le départ de deux grosses pointures proches de Joseph Kabila, à savoir les ministres de l'Intérieur, Denis Kalume, et de la Défense Tshikez Diemu. Leur mise à l'écart doit être dû, pour le premier à l'insécurité grandissante dans toutes les grandes villes du Congo, sans oublier la mauvaise gestion de l'affaire Kahembe; pour le second, c'est la débâcle des FARDC face aux hommes de Nkunda, sans oublier aussi les histoires de détournement de fonds destinés aux troupes envoyées aux combats dans l'est du pays;
2— deux nouveaux visages font leur apparition au niveau de la diplomatie, qui a été scindée en deux. On assiste ici au retour du très vagabond politicien Alexis Thambwe Mwamba, comme ministre des Affaires étrangères, et de Raymond Tshibanda, un ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila, qui devient ministre de la Coopération internationale et régionale;
En ce qui concerne la répartition géographique des postes ministériels, on a retenu le principe de 4 ministères par provinces, mais du point de vue des postes de souveraineté on peut retenir essentiellement ce qui suit : le Katanga occupe les deux postes clés de la Défense et de l'Intérieur et le Maniema obtient celui des Affaires étrangères; le Nord-Kivu, pour sa part, celui de la Décentralisation. Pour ce qui est du ministère des Finances, l'Obsac n'a pas d'information sur l'origine provinciale de son titulaire, sauf pour dire qu'il semble être de l'ouest du pays.
En plus des faiblesses déjà énumérées, la nouvelle équipe n'aura pas la vie facile avec les combats qui s'intensifient au Nord-Kivu. Déjà, les troupes du CNDP sont signalées à une trentaine de kilomètres au nord de Goma et elles feraient route en direction de cette capitale provinciale. La MONUC, qui dans un premier temps n'est pas intervenue, s'est finalement résolue à dépêcher des troupes après de violentes émeutes devant ses bureaux à Goma et l'annonce de la démission du commandant de la force militaire.
Yahoo France affirme que, le général espagnol Vicente Diaz de Villegas avait pris la tête de la MONUC, la plus importante mission onusienne de maintien de la paix avec plus de 17.000 hommes, il y a deux mois à peine, en septembre.
"Le général a effectivement remis sa lettre de démission. C'est une grande surprise pour tout le monde", a déclaré le porte-parole de la MONUC, Michel Bonnardeaux, cité par "La Croix", qui annonce la démission dans son édition de mardi.
Les raisons du départ prématuré du général n'ont pas été précisées.
Deux sources onusienne et diplomatique à Kinshasa parlant au journal sous le couvert de l'anonymat ont suggéré que le chef de la MONUC pourrait s'être "senti bridé en termes de moyens et de règles d'engagement" ou avoir "donné des ordres qui n'ont pas été exécutés par certains contingents, sous pression de leurs autorités nationales".
Selon les informations qui circulent, il semble donc y avoir deux versions des faits. Quelle que soit la vraie version, on comprendra qu'il y a d'importantes divergences d'opinions au sein de la MONUC en ce qui concerne la gestion du présent conflit armé entre les FARDC et le CNDP. (voir aussi Radio Okapi)
À Bruxelles la journaliste Colette Braeckman du quotidien francophone Le Soir lançait ce matin (28 octobre 2008) un cri du coeur : en échos aux propos de l'Obsac, l'éditorial de Colette Braeckman commence par demander « À quoi sert cette mission qui absorbe un milliard de dollars par an? Deux bataillons supplémentaires amélioreront-ils quelque chose? » Mais elle s'engage ensuite en faveur d'une solution à la mode du côté des politiciens francophones belges lorsqu'elle poursuit en demandant : « Ne faudrait-il pas imaginer, d'urgence, un relais à la MONUC, une force européenne de dissuasion, ou, au minimum, une force de police composée d'observateurs neutres et crédibles ? En ces temps de mensonge ou d'hypocrisie, la vérité ferait plus d'effet que de nouveaux contingents… » Et l'éditorial de conclure, Les Américains sont en ce moment aux abonnés absents, et d'aucuns en profitent pour faire monter les enchères. Et les Européens, et les Belges? Le sauvetage du système bancaire n'est pas la seule urgence du moment.
La crise financière mondiale aidant en effet, les prochains jours seront déterminants. Il est dommage que l'éditorialiste du Soir n'ait pas encore saisi que la présente crise économique est la plus grave depuis la dépression de 1929-1932 qui n'a vraiment pris fin qu'avec la victoire des Alliés sur les régimes fascistes de l'Axe. Selon des experts comme Peter Gibson, les gouvernements du G-20 ont entre 60 à 70 % de chance de sauver le système capitaliste dans une forme plus ou moins intacte, ce qui nous laisse tout de même 30 % de chance d'un effondrement total, inévitablement suivi d'une très longue période d'instabilité politique planétaire. Sauf le respect que nous devons à notre collègue de Bruxelles, nous aimerions lui rappeler que ce n'est pas seulement de faillites bancaires dont il s'agit, mais du sort de milliards d'individus qui existent dans l'économie réelle et non pas dans les circuits numériques virtuels de l'économie casino de la finance internationale. Pour un tableau complet on pourra consulter la dernière conférence de M. Gibson en date du 21 octobre 2008 (présentation PPT en PDF).
Déjà, en Europe les fabricants automobiles font des mises à pied à cause de stocks de voitures et de camions invendus. Aux États-Unis, la faillite appréhendée de General Motors et de Chrysler fait rêver la Chine qui pourrait ainsi se doter à vil prix d'une participation stratégique dans les fleurons de l'industrie automobile américaine. L'Afrique n'échappe pas aux calculs et aux manoeuvres stratégiques des grandes puissances qui manoeuvrent pour s'assurer un accès sûr aux richesses naturelles du Congo. Chine, États-Unis, Royaume-Uni, France, même la petite Belgique ont tous des marrons dans le feu congolais. Ce n'est donc avec pas le recours à une stratégie pseudobolchévique d'agit-prop d'opérette, menée sur le terrain par des fonctionnaires-agitateurs, que le régime de Kinshasa mettra la MONUC à sa main. Il est facile de chauffer à blanc des foules de sans domicile fixe qu'on a contribué à créer (voir le rapport de l'Institut Pole), pour ensuite les retourner en bloc contre la MONUC à Goma, mais le résultat, à terme, pourrait bien être le contraire de celui escompté par le régime. La MONUC n'est pas un supplétif des forces gouvernementales, l'ONU n'est pas un gouvernement mondial, l'ONU c'est souvent le "Machin" évoqué par De Gaulle qui sert les intérêts des grandes puissances, une vitrine où l'on affiche de jolies choses qui la plupart du temps ne sont pas disponibles en "vente libre". Si, en d'autres mots, la liberté, n'est pas une marchandise, la démocratie elle, se vend ou s'achète parfois; comme on a tenté de le faire au Congo en injectant des centaines de millions dans des élections trop chères que ne pourront plus se payer les Congolais dans un avenir prévisible. La solution n'est pas de suivre un pouvoir manipulateur, la solution consiste à se tenir debout et à réfléchir à qui profite le crime. Et le crime profite ici à beaucoup, beaucoup de personnes et elles ne sont pas toutes du même côté de la barricade. C'est comme ça, la réalité est toujours plus complexe que la fiction.
Si certains au sein de l'appareil politique de la MONUC sont tout à fait acquis(-es) aux thèses manipulatrices et ethnistes des extrémistes du régime, il n'en va pas de même au sein des contingents militaires onusiens qui possèdent leurs propres services de renseignement sur le terrain. Le contingent indien a refusé d'intervenir contre le CNDP à Mushake en décembre 2007, pas parce qu'il craignait de perdre des hélicos de combats, mais parce qu'il savait que des contingents FDLR étaient présents dans les rangs des troupes gouvernementales congolaises. Et le général Vicente Diaz de Villegas a de toute évidence des raisons beaucoup plus fondamentales pour justifier sa démission que les soi-disant " raisons personnelles" (sic) évoquées par des sources onusiennes anonymes (ça pue le "spin", la manipulation des médias).
Donc, sans trop de risques de ce tromper, nous réaffirmons que, en ce qui concerne la MONUC, il ne fait plus de doute que ou ça passe ou ça casse au cours des prochaines semaines... Wait and see!
La rédaction
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Pour celles et ceux que ça intéresse, voici la liste des membres du nouveau gouvernement éléphantesque de 54 membres qui, entre nous, est assis sur un budget aléatoire, sinon quasi inexistant :
Vice-premier ministre chargé des besoins sociaux de base : François Joseph Mobutu Nzanga ;
Vice-premier ministre chargé de la reconstruction : Emile Bongeli Yeikolo ya Ato ;
Vice-premier ministre chargé de la sécurité et défense : Mutombo Bakafwa Nsenda
Ministre de l’Intérieur et sécurité : Célestin Mbuyu Kabanga ;
Ministre de la Défense nationale et des anciens combattants : Charles Mwando Nsimba ;
Ministre des Affaires étrangères : Alexis Thambwe Mwamba ;
Ministre des la Décentralisation et aménagement du territoire : Antipas Mbusa Nyamwisi ;
Ministre de la Coopération internationale et régionale : Raymond Tshibanda Ntunga Mulongo ;
Ministre de la Justice : Luzolo Bambi Lessa ;
Ministre des Relations avec le Parlement : Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu ;
Ministres des Infrastructures, travaux publics et reconstruction : Pierre Lumbi Okongo ;
Ministres des Finances : Athanase Matenda Kyelu ;
Ministre du Plan : Olivier Kamitatu Etsu ;
Ministre du Budget : Michel Lokola Elemba ;
Ministre de l’Environnement, conservation de la nature et tourisme : José Endundu Bononge ;
Ministre de l’Economie nationale et du commerce : André Philippe Futa ;
Ministre du Portefeuille : Jeannine Mabunda Lioko ;
Ministre de l’Agriculture : Norbert Basengezi Katitima ;
Ministre des Transports et voies de communication : Matthieu Pita ;
Ministre des Mines : Martin Kabwelulu L. ;
Ministre de l’Energie : Laurent Muzangisa Mutalamu ;
Ministre des Hydrocarbures : René Isekemanga Nkeka ;
Ministre des PTT : Louise Munga Mesozi ;
Ministre de l’Industrie : Simon Mboso Kiamputu ;
Ministre de la Communication et des médias : Lambert Mende Omalanga ;
Ministre de la Santé publique : Auguste Mupipi Mukulumania ;
Ministre de l’EPSP : Maker Mwangu Famba ;
Ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire : Léonard Mashako Mamba ;
Ministre des Affaires foncières : Kisimba Ngoy Mage ;
Ministre de l’Urbanisme et habitat : Générose Loshiku Muya ;
Ministre de l’Emploi, travail et prévoyance sociale : Ferdinand Kambere Kalumbi ;
Ministre de la Fonction publique : Michel Botoro Bodias ;
Ministre de la Culture et des arts : Esdras Kambale Bahekwa ;
Ministre du Développement rural : Safi Adiki ;
Ministre de la Jeunesse et sports : Patrick Sulubika Matchembera ;
Ministre des Petites et moyennes entreprises : Claude Basibuhe Nyamulabu ;
Ministre de la recherche scientifique : Joseph Lititiyo Apata ;
Ministre des Droits humains : Upio Kakura ;
Ministre du Genre, de la famille et de l’enfant : Marie-Ange Lukiana Mufwankol ;
Ministre des Affaires sociales, action humanitaire et solidarité nationale : Barthélemy Botswali Lengomo
Vice-ministre de l’Intérieur : Zéphyrin Mungongo ;
Vice-ministre de la Défense et des anciens combattants : Oscar Masamba Matemo ;
Vice-ministre des Affaires étrangères : Ignace Gata Mavita wa Lufuta ;
Vice-ministre des Congolais de l’étranger : Colette Tshomba Ntundu ;
Vice-ministre de la Justice : Musonda Kalusambi ;
Vice-ministre des Travaux publics : Gervais Ntirumenyerwa Kimonyo ;
Vice-ministre des Finances : César Lubamba wa Ngimbi ;
Vice ministre du Budget : Alain Lubamba wa Lubamba ;
Vice-ministre de l’Agriculture : Kibibi Kamanzi ;
Vice-ministre des Mines : Victor Kasongo Shomari ;
Vice-ministre des Hydrocarbures : Gustave Beya Siku ;
Vice-ministre de l’Enseignement professionnel : Arthur Sedea Zabuso ;
Vice-ministre de l’Enseignement supérieur : Bokele Djema ;
Vice-ministre du Développement rural : Willy Mubobo Nzamba.
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