Insécurité à Kinshasa : autour du palais de marbre, un petit air de Bagdad!


Aucune nuit ne se passe dans la grande métropole congolaise sans son lot de nouvelles victimes de meurtres, de viols et de vols. Dans beaucoup de grandes villes africaines, le banditisme règne aussi, mais ce qui est différent à Kinshasa, c'est que cette insécurité est principalement causée par la garde prétorienne de Joseph Kabila. Ce dernier, réélu ou imposé, ça dépend du point de vue, par les parrains occidentaux du régime qui ont investi à perte pour ce faire un demi-milliard de dollars américains, sans oublier d'autres millions qui sont actuellement engloutis dans la réforme du secteur de la sécurité (armée, police, etc.); dont justement fait partie, la très délinquante garde présidentielle. On peut donc se demander si l'argent des contribuables occidentaux ne finance pas la formation des principaux responsables de l'insécurité à Kinshasa, et ailleurs au pays. D'ailleurs, certains journaux de Kinshasa ne se gênent pas pour pointer du doigt l'échec de la réforme du secteur de la sécurité qui avait été décidé lors du dialogue intercongolais en Afrique du Sud. Mais ce n'est pas seulement la situation sécuritaire qui ne va pas, selon Le Potentiel : le gouvernement est à bout de souffle devant la réticence des partenaires extérieurs qui rechignent d’apporter des appuis budgétaires, en réaction à la mauvaise exécution du Budget 2008. Que la RDC soit chaque fois recalée, mise dans l’impossibilité d’atteindre le point d’achèvement (PPTE), c’est que les choses ne tournent pas.

Prenons aussi comme exemple l'EUSEC. Il s'agit du programme de l'Union européenne d'assistance à la réforme du secteur de la sécurité. Européen peut-être, mais piloté, pour ne pas dire dominé par la France. En effet, un général français remplaçait récemment un autre général français à la tête de l'EUSEC à Kinshasa. Lancée le 8 juin 2005, cette mission de conseil et d'assistance pour la réforme du secteur de la sécurité devait fonctionner au départ durant 12 mois. Elle a donc été prolongée et s'est vue confier davantage de responsabilités (Défense Nationale, octobre 2005. 119-120). Entre autres, c'est l'EUSEC qui gère le recensement des effectifs et la paye des militaires congolais, dont celle de la garde présidentielle. Cela n'est pas très surprenant quand on sait que le détournement des soldes des militaires était la raison la plus évidente de la délinquance au sein des troupes. Il s'agit là d'un seul exemple concernant l'Union européenne, mais les États-Unis s'impliquent également à hauteur de 77 millions de dollars pour l'aide au développement et la réforme du secteur de la sécurité (en 2007), sans compter les programmes bilatéraux entre les différents pays de l'Union avec la RDC, France, Belgique, Royaume-Uni, Pays-Bas, etc., qui s'impliquent directement auprès de la RDC dans la fameuse réforme du secteur de la sécurité. Une véritable industrie dont les résultats les plus probants jusqu'ici à consister à enrichir les hauts gradés français et congolais. Pour ce qui est de la diminution de l'insécurité, les résultats ne sont pas encore évidents; il suffit de parcourir Radio Okapi et les autres médias congolais pour s'en rendre compte.

Pour revenir à l'insécurité qui règne autour du Palais de marbre, une des résidences du président congolais, rappelons qu'il y a quelques mois déjà, deux autres personnalités de "l'opposition parlementaire", ont failli perdre la vie lors d'un guet-apens tendu par des éléments de la garde présidentielle. Les députés Matadi Nenga et Adolphe Onosumba du RCD ont essuyé des tirs sans aucune provocation. Onosumba fut atteint à une jambe et dut être évacué pour recevoir des soins appropriés en Afrique du Sud. Et pas plus tard qu'avant-hier, ce fut le tour du vice-président de l'Assemblée provinciale de Kinshasa, le député Daniel Botethi (ou Boteti), membre bien en vue du MLC, d'être assassiné dans des circonstances assez troublantes : parmi les présumés assassins, à part Junior Susungu qui est poursuivi pour recel, tous les autres font partie du bataillon AGRL de la garde républicaine. Confrontés à ce dernier meurtre, le MLC, l'ODR et le RCD ont suspendu leur participation au niveau des travaux l'Assemblée nationale et du Sénat; il en va de même pour l'Assemblée provinciale.

Le gouvernement propose comme solution la mise en place d'un poste de police non loin des lieux du crime aux abords du Palais de marbre. On peut se demander comment de simples policiers vont faire pour faire régner l'ordre contre des éléments de la garde prétorienne du président Kabila, armés jusqu'aux dents et n'obéissant qu'aux ordres directs de son chef (le président de la République). Bref, tout ça, c'est de la distraction et l'opposition parlementaire a raison de continuer à s'inquiéter, ainsi que la population en générale lorsqu'elle croise le chemin de ces militaires-là. La situation est la même partout, la police est impuissante et c'est seulement lors de cas de force majeure que les autorités militaires choisissent des coupables au sein de la troupe pour faire un spectacle afin de détourner l'attention.

Pendant qu'à Kinshasa les membres du MLC vivent avec la peur au ventre, leur chef, l'ex-chairman Bemba, vient d'être transféré dans une proprette cellule hollandaise de la CPI à La Haye. Sa première comparution a eu lieu vendredi dernier et la deuxième est prévue pour le 4 novembre 2008. Tout ça pour dire en fait que Jean-Pierre Bemba devra compter au moins deux ans à passer dans les geôles de la CPI avant que le procès "politique" contre lui puisse avoir lieu. On peut se demander si le MLC pourra survivre en tant que mouvement politique après la déchéance de son "président fondateur" et de l'éventuel débauchage de certains de ses membres clés par le PPRD de Joseph Kabila.

Wait and see

La rédaction


Posted: mardi le 08 juillet 2008 at 04:38 PM
       

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