Le différend belgo-congolais continue de plus belle


Déjà, au mois d'avril dernier, l'Obsac avait qualifié le différend actuel entre Kinshasa et Bruxelles de scène de ménage qui durait depuis l'indépendance. Loin de s'apaiser les relations déjà tendues entre les deux capitales se sont plutôt détériorées, allant jusqu'à la fermeture ordonnée par les autorités congolaises des deux consulats belges de Bukavu et de Lubumbashi, villes congolaises stratégiques s'il en est!

Comme on pouvait s'y attendre, la Belgique et une partie de l'opinion publique congolaise, particulièrement du côté du milieu des affaires, ont exprimé à la fois leur étonnement et leurs regrets par rapport à cette décision prise unilatéralement (et dans la précipitation) par le régime de Joseph Kabila. Faut-il vraiment rappeler ici que tous ces événements sont reliés aux critiques (peu diplomatiques) formulées par le ministre des Affaires étrangères de la Belgique, Karol De Gucht, lors de son dernier passage en RDC au mois d'avril 2008. Rappelons aussi que ce n'est pas la première fois, depuis que M. De Gucht a remplacé Louis Michel (papa leki ya Kabila, NDLR: l'oncle paternel et petit frère du père de Kabila) comme chef de la diplomatie belge, qu'il fait des vagues à Kinshasa lors qu'il y passe. Sans doute que son langage franc et direct heurte une longue tradition de non-dit et de sous-entendus feutrés bien établie entre Kinshasa et son ancienne métropole.

Si les reproches formulés par De Gucht concernent notamment la mauvaise gouvernance de l'État congolais, presque une marque déposée en fait de tous les régimes depuis Mobutu, le véritable fond de l'affaire tient au mégatroc conclu entre Pékin et Kinshasa, à savoir de grands travaux publics en RDC en contrepartie de l'accès sans limites (ou presque) aux richesses minières du Congo pour la Chine. Non seulement La Chine est-elle en train de damer le pion aux intérêts économiques occidentaux, mais aussi, et surtout il faut savoir que la seule chose qui intéressait encore la Belgique en RDC était justement certains gisements miniers du Katanga et du Kasaï, qui vont maintenant basculer dans l'escarcelle chinoise. Par exemple, le Groupe Forrest, représentant par excellence des intérêts miniers belges au Congo, a dû céder une partie de ses gisements de cuivre et de cobalts aux Chinois. On comprendra donc la colère des Nokos qui non seulement ont été parmi les gens les plus actifs au sein du lobby occidental qui a imposé Joseph Kabila à la tête du Congo, et qui versent plus de 200 millions d'euros par année en aide bilatérale directe. Plus concrètement, pour les Occidentaux et en particulier pour les Belges, cela s'apparente à une déloyauté qui n'est pas loin de la trahison.

Comme ce fut le cas avec Mobutu, lors de ses différentes scènes de ménage avec la Belgique, dans un premier temps Kinshasa a essayé de jouer sur le clivage communautaire entre Flamands et Wallons, en s'appuyant sur ces derniers qui sont toujours très sensibles aux sirènes congolaises. Le Soir de Bruxelles, le fils de Louis Michel (qui est l'actuel ministre de la Coopération) et bien d'autres encore, ont été mis à contribution pour tenter d'isoler Karol De Gucht au sein du gouvernement belge. Malheureusement, cette fois-ci les Congolais sont tombés sur un nouveau premier ministre belge issu du très nationaliste Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V) en la personne de Yves Leterme. Le nouveau gouvernement belge est une bête politique très différente de celle que les Congolais ont connue du temps du premier ministre Guy Verhofstadt qui était très accommodant vis-à-vis des Wallons et du gouvernement Kabila et de leurs "petites affaires conjointes". En fait, on peut dire clairement qu'avec l'arrivée au pouvoir d'Yves Leterme à la tête du gouvernement belge on parachève la rupture qui existait déjà depuis belle lurette entre la RDC et la Flandre. Depuis la désintégration progressive de la GÉCAMINES et, subséquemment, de la disparition de grandes usines de traitement de minerais congolais qui se trouvaient en Flandre, cette région de la Belgique a peu à peu perdu ses liens économiques et politiques avec l'ancienne colonie.

La question qui se pose maintenant est celle de savoir qui sortira gagnant de ce nouveau bras de fer belgo-congolais. Officiellement, le régime de Kinshasa prétend être intraitable (il a rappelé de son ambassadeur en Belgique et fermé deux consulats belges), mais officieusement il ne cesse de multiplier les visites d'envoyés spéciaux auprès des autorités belges. Les derniers missi domini en date sont la première dame Olive Lembe Kabila, le ministre du Plan, Olivier Kamitatu et Antoine Ghonda, un proche collaborateur du président Joseph Kabila. Du côté belge, le premier ministre Yves Leterme a tenté de résoudre le différend par un dialogue avec son collègue Gizenga, sans toutefois remettre en cause les déclarations de son ministre des Affaires étrangères Karol De Gucht. En termes clairs, ce dernier continu donc d'être fermement soutenu par son gouvernement et ce, en dépit du grenouillage procongolais de quelques ministres wallons de la coalition au pouvoir. 

Jusqu'ici, seule la Belgique, par devoir moral (comme disait De Gucht) a montré officiellement son irritation par rapport au mégatroc RDC-Chine, mais beaucoup d'autres pays occidentaux sont tout aussi mécontents. En d'autres termes, si la stratégie de Kabila était de faire comme Mobutu et de jouer les Occidentaux les uns contre les autres, il a très peu de chances de réussir tant que la Chine occupera une position trop dominante dans le secteur minier congolais. 

Rappelons que la survie du régime Kabila tient avant tout à la présence de la MONUC qui est la créature des États occidentaux. Contrairement au Soudan, le régime Kabila ne pourra pas être protégé par le seul "parapluie" chinois au CS de l'ONU. En RDC, il faut une présence militaire onusienne directe sur le terrain. Cela n'est possible que grâce au financement des puissances occidentales, qui pourraient bien décider un jour que le "rendement sur l'investissement" n'en vaut plus la chandelle. Cela sonnerait le glas du régime congolais actuel. Bref, Joseph Kabila est celui qui a le plus à perdre d'une détérioration de ses rapports avec le monde occidental, en commençant par l'ancienne métropole qui constitue maintenant le coeur de l'UE.

La rédaction


Posted: mercredi le 04 juin 2008 at 06:00 PM
       

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