mardi le 18 mars 2008
Quid du désarmement forcé des FDLR dans l'est du Congo?
La semaine dernière, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution (1804) exigeant que les FDLR (et Compagnie) «déposent immédiatement les armes», «cessent immédiatement de recruter et d’utiliser des enfants, libèrent tous les enfants associés à eux et mettent fin aux actes de violence sexuelle et qu’ils se présentent «sans plus tarder et sans conditions préalables» aux autorités congolaises et à la Monuc. Et ce, en vue de leurs «désarmement, démobilisation, rapatriement, réinstallation et réintégration». Les auteurs du recrutement des enfants soldats devant être «traduits en justice» soulignait la résolution en question.
Rappelons que cette Nième résolution concernant les groupes armés rwandais opérant en RDC, intervient suite à l'échec du programme de sensibilisation mis de l'avant par le gouvernement congolais, afin d'amener les FDLR à adhérer volontairement au processus de désarmement et d'accepter leur rappatriement, conformément à l'accord de Nairobi, signé en novembre dernier entre Kinshasa et Kigali.
La nouvelle résolution du Conseil de sécurité et l'échec du processus de désarmement volontaire ne devraient surprendre personne, car ce n'est pas la première fois que l'ONU persiste et signe à offrir une "sortie" pacifique aux génocidaires rwandais. Déjà, en 2003 on demandait aux FDLR de rentrer chez eux. Très peu ont accepté et même parmi ceux-là la plupart avaient été acheminés au Rwanda par la force. Nous le savons, parce que nous en avons interviewé quelques uns dans le camp de réintégration de Mutobo. Ils nous ont carrément affirmé avoir été "kidnappés" par des militaires sud-africains de la MONUC et expédiés au Rwanda manu militari par avion.
Afin de procéder au désarmement forcé des FDLR, les FARDC sont en train de déployer de nouvelles troupes, dotées de gros moyens militaires, dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. La question qui se pose est celle de savoir, comment le gouvernement congolais a dû attendre la résolution du Conseil de sécurité pour enfin se résoudre à désarmer par la force les FDLR qui sont, en effet, depuis longtemps solidement implantés et très actifs au niveau des atrocités et des exactions commises contre la population congolaise. À preuve, selon Radio Okapi, en deux ans plus de 14.200 viols ont été recensés au Sud-Kivu, sans oublier le fait que des zones entières sont complètement contrôlées par les FDLR qui y règnent en roi et maître et qui y font règner la terreur. L'autre question qui se pose concerne les capacités réelles des FARDC de mener à bien une opération de désarment forcé contre les combattants FDLR qui sont bien plus aguérris et qui connaissent mieux (depuis le temps) le terrain du Kivu. Finalement, une troisième question est celle de savoir si l'alliance entre le premier cercle de Kabila et les FDLR est véritablement rompue. On en doute fort. On sait bien qu'il y a un processus occulte d'intégration d'un certain nombre d'éléments FDLR au sein des FARDC. Et quand quelqu'un comme Vital Kamerhe affirme publiquement que 25% des combattants FDLR sont, en fait, des Congolais, on se pose bien des questions...
C'est donc dans le cadre de la préparation de cette grande offensive annoncée par Kinshasa que les deux chefs d'état-major du Congo et du Rwanda se sont récemment réunis à Goma. Rappelons qu'il s'agissait-là de la première visite du général James Kabarebe en sol congolais depuis sont retour au bercail en 2002, suite au retrait de l'APR du Congo après la signature de l'accord de Pretoria entre Kigali et Kinshasa. La visite de l'homme qui a mis en déroute les FAZ de Mobutu en 1997 et qui faisait trembler les casernes des FAC de Mzee Kabila, entre 1998 et 2002, n'est pas passée inaperçue dans la presse congolaise.
Du côté des FDLR, ces derniers n'ont pas tardé à réagir en menaçant carrément de s'en prendre à la population congolaise et conditionnent leur désarmement volontaire à la mise en oeuvre des «mesures d’accompagnement» convenues avec la RDC aux négociations de Rome parrainées par la communauté catholique Sant’Egidio en 2005 et qui ont abouti à ce que l'on appelle Déclaration de Rome. On se rappelera qu'ils s’étaient engagés alors à s’abstenir de toute opération offensive contre le Rwanda et à transformer leur lutte en "combat politique". Au fur et à mesure de la mise en oeuvre des mesures d’accompagnement, ils accepteraient le désarmement volontaire et le retour pacifique de leurs forces au Rwanda. Seulement voilà, selon les observateurs les plus sérieux de l'évolution de ce groupe, celà n'était que de la poudre aux yeux. D'ailleurs, la déclaration de Rome avait même profondément divisée à cette époque les "jeunes politiques" en exil et les commandants militaires des FDLR sur le terrain.
Comme on peut le constater, si le Congo mobilise ses troupes et fait grand bruit dans la presse de leur déploiement en vue d'une grande opération de désarmement forcé contre le FDLR, la réalité sur le terrain et le contexte géopolitique de la région font en sorte que les FARDC ne sont pas à la hauteur de la tâche qu'elles se targuent de réaliser. Wait and see.
La rédaction
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Voir aussi
L'analyse d'Aloys Tegera du Pole Institute de Goma
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