jeudi le 06 mars 2008
Victor Bout derrière les barreaux en Thaïlande
Victor Bout, le marchand de canons qui a fourni davantage d'armes à plus de protagonistes impliqués dans des conflits en Afrique que quiconque au cours des 20 dernières années, vient d'être arrêté par la police thaïlandaise et leurs collègues de la DEA américaine, et il pourrait être traduit devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone. Mais auparavant il devra un petit détour par New York où il vient d'être inculpé aujourd'hui de complot pour vendre des armes d'un montant de plusieurs millions de dollars aux FARC. En fait Bout vient de bêtement tomber dans le panneau d'une opération montée de toute pièce par la DEA dont les agents se faisaient passer pour des représentants des FARC.

M. Bout, qui a pris du poids depuis l'époque de son copinage avec Charles Taylor et Jonas Savimbi (sans oublier Blaise Compaoré et tant d'autres dictateurs africains), semble avoir été arrêté sur la base d'un mandat d'arrêt américain émis par la DEA (Drug Enforcement Agency). En fait, il semblerait que ce sont des agents américains de la DEA qui l'ont cueilli dans le Sofitel de Bangkok. Il y avait aussi plusieurs autres mandats d'arrestation internationaux, dont un émanant de Belgique qui lui pendait au bout du nez. Les États-Unis avaient déjà demandé son extradition de Russie il y a quelques années, ce que le gouvernement russe avait refusé. Victor Bout n'a fait aucun commentaire au moment où il fut paradé devant les journalistes au quartier général de la police thaïlandaise (photo ci-dessus). On pourra, pour se rafraichir un peu la mémoire, consulter le dossier de la revue Vif que nous avions mis en ligne en 2001.
Selon l'agence Reuters, le trafiquant d'arme russe surnommé le "marchant de la mort", aurait été arrêté jeudi dans un hôtel cinq-étoiles de la capitale thaïlandaise. Il serait arrivé en Thaïlande le 29 février (d'autres sources mentionnent le mois de janvier) et tentait d'acheter des armes pour les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). On voit difficilement comment la Thaïlande pourrait être une source d'AK-47, mais c'est ce qu'affirme Reuters.
L'implication de Bout dans la vente d'armes au FARC explique l'intérêt et les efforts de la DEA pour le faire arrêter. En effet, il semblerait que Bout se faisait payer ses cargaisons d'arme sous la forme de cocaïne que ses avions transportaient ensuite en Afrique. À partir de là, la poudre blanche prenait le chemin de l'Europe. Les avions de Bout arrêtaient sans doute en Guinée Bissau pour décharger leur cargaison de drogue et pour faire le plein, avant de reprendre le chemin des Émirats Arabes Unis, où plusieurs de ses compagnies aériennes étaient basées.
Lors de son époque africaine, Victor Bout préférait vendre ses armes en échange de diamants. C'est ce qu'il faisait avec Jonas Savimbi, Charles Taylor et un certain Blaise Compaoré... Suite à la "dette" contractée envers Jonas Savimbi par l'APR, après l'échec de la prise de Kinshasa
En 2005 le Département du Trésor des États-Unis avait dressé une liste de 30 entreprises et de 4 personnes qui étaient reliées aux opérations illicites de cet ancien officier de l'armée de l'air soviétique qui parle six langues. Plusieurs de ces entreprises furent mentionnées dans le rapport des experts des Nations Unies sur le pillage des ressources de la RDC.
Le New York Times affirme qu'en 2002 Victor Bout avait des résidences en Russie, au Rwanda et dans les Émirats Arabes Unis, ainsi qu'à Johannesbourg.
Pierre Bigras
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