jeudi le 03 janvier 2008
Dans l'est du Congo, violence et viol vont de pair
L'agence Reuters rapporte aujourd'hui que les combats intenses entre les FARDC et les différentes milices armées ont contribué directement à l'augmentation massive des viols par tous les combattants.
Une maman congolaise de 45, Francoise Mwamasirika témoigne : "Je venais de quitter le marché quand je suis tombée sur des FDLR sur la route. Il m'ont tout dérobé et ensuite quatre d'entre eux m'ont violé." Encore sous le choc et presque incapable de parler Mwamasirika s'est présentée dans un hôpital de Minova au Sud-Kivu.
Elle affirme qu'elle ne retournera plus jamais là-bas.
Le niveau des violences sexuelles a dramatiquement augmenté alors que des centaine de milliers de personnes ont été forcées de fuir la sécurité de leur foyer - environ 400.000 personnes ont été déplacées depuis le mois d'août 2007, lorsque le général Laurent Nkunda est revenu sur sa participation à un accord de paix, ce qui fait qu'il y a maintenant plus de 800.000 déplacés.
Le gouvernement congolais a convoqué une conférence de paix qui devrait commencer ce dimanche (6 janvier), mais très peu pensent que cela mettra fin à la violence chronique qui prévaut au Nord-Kivu.
Christophe Kimona, un chirurgien de l'hôpital Heal Africa de Goma répare les organes génitaux déchirés et endommagés des victimes de viols. « Le nombre de femmes que nous voyons ici qui ont été victimes de viol est à la hausse. Nous voyons en moyenne trois ou quatre cas de viol par jour » affirme le Dr. Kimona « ce ne sont que celles qui arrivent jusqu'à nous, nous ne savons pas combien il y en a qui ont trop honte pour venir à l'hôpital. »
La plupart des victimes de viols affirment que les gens qui les ont attaqué appartenaient à des groupes armés de rebelles ou de soldats gouvernementaux. Mais le Dr. Kimona affirme que le viol est maintenant si commun dans les zones de conflits que les civils commencent eux aussi à commettre des viols et que souvent les victimes sont des enfants.
Faura Ngabu Noela tient sa fille de 11 mois, Chauce biens serré dans ses bras. Selon Noela, des villageois ont retrouvé Chaunce recouverte d'herbes, de terre et de sang après qu'elle eut été violé par un homme de 22 ans dans son village. « Je l'ai amené à l'hôpital local pour la faire opérer pour réparer son vagin déchiré, mais elle a fait une infection et j'ai dû l'amener à Goma pour une autre opération et pour guérir son infection. »
À présent Noela affirme avoir hâte de retourner chez elle. « Je veux simplement retourner auprès de mes autres enfants parce que avec la guerre, je ne suis pas certaine qu'ils soient en sécurité, » dit-elle.
Selon Marie-Antoinette Okimba, cadre supérieur de l'agence des réfugiés de l'ONU (UNHCR) y a bien des lois contre le viol, mais les victimes ont très peu confiance dans le système judiciaire. « Plusieurs croient qu'il n'y a rien à faire, particulièrement lorsqu'elles sont violées par des militaires, » affirme Okimba. Elle ajoute que parfois les femmes sont violées à la périphérie des camps de réfugiés lorsqu'elles vont chercher du bois de chauffe.
Le Dr Kimona affirme que bien qu'il peut soigner physiquement de nombreuses femmes, aussi longtemps que la guerre se poursuivra toutes les femmes demeureront vulnérables.
« Nous nous occupons d'elles, mais ensuite elles nous quittent et sont violées de nouveau parce que l'insécurité est total, » selon le médecin.
Pillage contre cacahuètes
Dans une dépêche de l'AFP le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterre affirme lui, dans une rare montée de lait, que les pays développés pillent les ressources de la République démocratique du Congo mais ne font pas assez d'efforts pour aider le pays à sortir d'une grave crise humanitaire.
L'aide des pays occidentaux n'est pas suffisante pour permettre aux Congolais de sortir de la pauvreté, d'améliorer la situation sanitaire ou pour faire cesser les violences, dont des pillages et viols au Nord-Kivu (est), souligne l'ancien Premier ministre portugais aujourd'hui à la tête du HCR, dans une interview au Financial Times publiée jeudi.
"Même si nous faisons face à un désastre humanitaire, comme au Nord-Kivu, où il y a eu une augmentation dramatique de la violence, personne à l'étranger ne se sent menacé, et la communauté internationale n'accorde pas vraiment d'attention à la RDC", explique-t-il.
L'aide accordée à ce pays de quelque 60 millions d'habitants manquant cruellement d'infrastructures est insuffisante par rapport aux besoins, souligne-t-il.
La situation peut mettre en péril la démocratie dans le pays, poursuit-il, car les habitants n'ont pas vu leur vie s'améliorer depuis des élections supervisées par l'Onu en 2006, les premières depuis l'indépendance du pays en 1960, et après trois ans d'une guerre civile qui a fait quelque trois millions de morts.
L'Onu estime à 800.000 le nombre de déplacés au Nord-Kivu, après des années de violence entre forces gouvernementales et insurgés.
"Pensez aux ressources qui ont été prélevées dans le pays", ajoute-t-il. "De nombreuses entreprises exploitent la RDC, prenant ses ressources, et dans beaucoup de cas, sans respect minimum des règles", accuse-t-il encore. "La communauté internationale a pillé systématiquement la RDC, nous ne devons pas l'oublier", conclut-il.
Sans doute que M. Guterres devrait rajouter à sa liste de pillards, les membres de l'élite politique congolaise qui sont davantage intéressés par le per diem qui accompagne leur participation à la prochaine conférence de paix et de développement de Goma, que par le bien être de leur concitoyennes et concitoyens du Grand Kivu.
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