La conférence de Goma : le retour du vieux démon de la haine ethnique 


Annoncée comme un lieu de rencontre et de réconciliation entre les filles et les fils du Kivu, la conférence de paix Goma s'est plutôt transformée en une foire et empoigne pour les vieux démons de la haine ethnique, qui sont justement responsables des conflits à répétition qui affligent cette région du pays.

Après les exposés des représentants de 
différentes communautés et des groupes armés, les participants du Nord et du Sud-Kivu se sont respectivement réunis dans le cadre d'ateliers régionaux dans lesquels seront traités les thèmes qui figurent à l'ordre du jour de la conférence. En d'autres termes, on aborde maintenant ce qui passe pour le fond du sujet, mais qui, comme nous l'avons souligné dans un précédent article, ne sont que des sujets vagues qui ne vont pas du tout au coeur des problèmes actuels, à savoir la guerre en cours entre le gouvernement, le CNDP au Nord-Kivu et les dissidents Banyamulenge des Hauts Plateaux au Sud-Kivu, sans mentionner l'occultation du plan de désarmement des groupes armés étrangers.

Au sujet de l'organisation même de cette conférence, on peut constater une perte totale de contrôle (et c'est peut-être voulu) en ce concerne le nombre de participants qui, des 500 à 600 prévus au début, est maintenant passés à presque 1.400 personnes. Les plénières se sont déroulées dans trois salles reliées entre elles par des écrans géants, alors que toutes les fenêtres étaient également occupées par des "participants" n'ayant pas trouvé place à l'intérieur. Cette inflation du nombre de participants est un autre signe qui ne trompe pas en ce qui concerne le manque de sérieux dans le chef des organisateurs et des commanditaires de cette conférence.

Contrairement à ce que plusieurs personnes avaient souhaité, en ce qui concerne la nomination d'un  médiateur neutre pour diriger cette conférence, en date du 3 janvier, le président Kabila a, par l'ordonnance No08/001, a confirmé ses hommes liges à tous les postes clés de cette conférence, tant au niveau du Bureau, du Comité des sages, du Panel des modérateurs ainsi que du Secrétariat technique. À titre d'exemple, l'abbé Malu Malu occupe le poste de président du Bureau de la conférence, alors que Vital Kamerhe est à la fois président du Bureau du comité des sage et porte-parole de la conférence. Comme nous l'avions dit, la conférence de paix de Goma est complètement verrouillée et ce qui en résultera sera exactement ce qui est souhaité par le régime et rien d'autre.

D'autre part, on peut constater que 
la stratégie du régime de Joseph Kabilaconsiste essentiellement à transformer les anciens idéologues de la haine ethnique, comme Vital Kamerhe, en "modérés", tout en laissant les Mayi Mayi et le PARECO arroser le plancher de la plénière avec un discours ethnique incendiaire à l'égard de leurs compatriotes Tutsis du Nord-Kivu et les Banyamulenge du Sud-Kivu; sans compter les Mayi Mayi du Sud-Kivu qui voudraient chasser les Hutus et les Tutsis qui sont venus du Rwanda en 1959 et en 1962. Bref, le vrai problème, ici comme au Rwanda et au Burundi voisins, n'est pas celui de la nationalité, mais bien celui de la "morphologie", cette politique du "facies" qui empoisonne toute la région des Grands Lacs africains depuis 1959, au moment des indépendances. Le nouveau représentant du secrétaire général des Nations Unies, M. Alan Doss a, à ce propos, diplomatiquement fait remarquer : «il est nécessaire de se dire toutes les vérités, sans pour autant tomber dans le piège du populisme et de la haine interethnique» (sic)

Parmi tout ce beau monde qui a envahi la ville de Goma, on peut retenir seulement deux groupes. Tout d'abord il y a le camp présidentiel, représenté par Malu Malu, Kamerhe, les mayi Mayi et compagnie. Ensuite, il y a le CNDP et les dissidents Banyamulenge des Hauts Plateaux (présent à la conférence en tant que FRF). Les autres représentants des sociétés civiles, communautés ethniques, groupes de femmes et autres sont alignés sur l'un ou l'autre des deux camps précités. En bout de ligne, comme l'Obsac l'a affirmé, cette conférence aurait dû se résumer à des négociations directes entre les deux camps belligérants, c'est d'ailleurs ce que les deux groupes armés (CNDP et FRF) exigent comme conditions pour le retour de la paix au Kivu. Pour le moment, on est loin du compte.

Sûrement que le camp présidentiel, après sa défaite militaire humiliante face aux deux groupes armés, espère tout simplement noyer le poisson dans ce marché de dupes de 1.400 personnes. Il y a très peu de chances que cette stratégie fonctionne, dans la mesure où les représentants du CNDP et du FRF ne pourront pas prendre des engagements qui remettraient en cause la raison d'être de ces deux mouvements politico-militaires. Il est certain que le gouvernement reviendra à la charge avec sa proposition qui consiste à offrir un choix aux dissidents qui se limite au désarmement ou bien au brassage. Cela demeurera inacceptable pour les deux groupes en question, en  tout cas dans le contexte actuel.

L'autre sujet d'actualité en ce moment, c'est l'arrivée à Goma à l'aube de Joseph Kabila qui ne fut reçu à l'aéroport par personne sauf par un détachement de sa garde prétorienne. 
Selon Radio Okapi, Kabila est en effet arrivé très tôt le matin aux environs de 6 h30 (heure locale). Si on considère qu'il y a une différence de fuseau horaire d'une heure entre Kinshasa et Goma et que le trajet exige 2 heures de vol, cela veut dire que Joseph Kabila a quitté la capitale en pleine nuit à 3 h30. Ce qui ce cache derrière tous ces déplacements présidentiels en catimini est, de toute évidence, relié à une hantise sécuritaire exacerbée depuis la débâcle militaire des FARDC dans le Nord-Kivu. Plusieurs publications évitent de faire allusion à cet aspect des choses et se perdent plutôt dans des spéculations concernant d'hypothétiques impacts positifs de sa simple présence sur les travaux de la conférence de Goma. On peut tout de même se demander comment un président déjà insécurisé pourrait ramener la sécurité dans une zone où règnent d'aussi fortes turbulences. De toutes manières ce dernier a refusé d'inviter le chef du CNDP à des discussions directes à Goma, ce qui n'a fait que jetter de l'huile sur le feu. 

Wait and see

La rédaction


Posted: mercredi le 16 janvier 2008 at 01:46 PM
       

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