La conférence de Goma : après le show de M. Kamerhe, on regarde finalement la réalité en face


 La fameuse conférence de paix, de sécurité et de développement, qui était censée clôturer ses travaux aujourd'hui, après quinze jours de débats à Goma, vient finalement de se buter à la réalité du terrain. 


Hier, le très médiatique homme de main de Joseph Kabila, Vital Kamerhe, était aux anges devant les médias en affirmant qu'un compromis avait été trouvé au sujet du contenu du texte d'un "acte d'engagement" de tous les groupes armés actifs au Kivu pour une "cessation immédiate des hostilités". Or, aujourd'hui, on apprend que le blocage se situe justement à ce niveau. 

En effet, 
selon l'AFPle mouvement politico-militaire du chef rebelle Laurent Nkunda, acteur clef de la crise actuelle au Nord-Kivu, a posé de nouvelles conditions à son adhésion à un "acte d'engagement" collectif. Un huis clos a réuni presque toute la journée dans un hôtel de Goma des délégués du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkunda, des membres du bureau de la conférence et des médiateurs de la communauté internationale. Les discussions se sont terminées en début de soirée "en queue de poisson", a déclaré à l'AFP Séraphin Mirindi, porte-parole militaire du CNDP. (voir aussi le compte-rendu de Colette Braeckman)

Dans la même dépêche, on apprend que la réunion à huit-clos entre le CNDP et des membres du bureau de la conférence, ainsi que des médiateurs de la communauté internationale, a repris en début de soirée. Mais, il y a très peu de chances que le CNDP puisse changer de position quant à ses principales exigences.

Pour les observateurs avertis de la région des Grands Lacs africains, le blocaque actuel ne contitue en rien une surprise. En fait, le gouvernement du président Kabila, après sa très sérieuse débâcle militaire au Nord-Kivu, et son refus de négocier directement avec le mouvement rebelle de Laurent Nkunda, pensait pouvoir noyer le CNDP au sein des autres groupes armés locaux qui sont ses alliés ou qui sont fabriqués de toutes pièces par les FARDC. En procédant ainsi, le gouvernement pensait pouvoir éviter les négociations directes exigées par le CNDP, et tentait de ravaler l'organisation de Nkunda au même niveau que tous ces petits "groupes armés incontrôlés", comme dit le gouvernement lui-même (ex : les différentes et nombreuses milices Mayi-Mayi, le PARECO, etc). Cet acte d'engagement rédigé par le bureau de la conférence, s'il avait été signé par le CNDP, l'aurait carrément condamné à accepter le processus de brassage, auquel il s'oppose depuis le début, et aurait également rendu caduques ses revendications, à savoir le désarmement des FDLR et le retour des réfugiés tutsis.

De même, cet engagement exigeait le cantonnement de toutes les troupes des groupes armés et demandait à ces dernières de céder le contrôle de leurs territoire aux forces de la MONUC, avant le rétablissement subséquent de l'autorité de l'État. En termes clairs, cela veut dire que le CNDP devait abandonner ses positions, se cantoner et céder la place aux casques bleus de la MONUC qui sont les alliés objectifs des FARDC. Bref, il s'agit d'une manière détournée, pour les FARDC, de gagner la guerre sans tirer une balle. On sait que quand les forces gouvernementales en tirent une, elles en perdent tout un dépôt à l'ennemi - comme ce fut le cas à Mushake, Karuba, Nyanzale, etc.

Ce qui est qualifié de blocage en cours par certains, est en fait le signal du début de véritables négociations entre les deux belligérants, à savoir le gouvernement et le CNDP. Dans tous nos précédents articles sur le sujet, nous n'avons cessé de répéter que des négociations directes entre les deux protagonistes constituaient la seule voie de sortie du conflit armé en cours. Il ne sert à rien pour le gouvernement de continuer à se cacher derrière les travaux de cette conférence en espérant qu'une solution magique en sortira. Il est temps de regarder la réalité en face.


La rédaction

Posted: mardi le 22 janvier 2008 at 01:43 PM
       

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