La Françafrique sauve les meubles d'Idriss Déby


La semaine qui vient de s'achever a été très riche en événements politiques sanglants dans la capitale tchadienne. Tout commence par des combats entre les troupes gouvernementales et une coalition rebelle où on retrouve des neveus du président Idriss Déby, à Massaguet à 50 km au nord-est de N’Djamena. Au cour de ces combats, l'Armée nationale tchadienne (Ant), sous la supervision directe du président Déby, sera contrainte de céder du terrain et de se replier sur la capitale, après avoir encaissé de nombreuses pertes (dont bon nombre sous forme de désertions de combattants appartenant à l'ethnie du président, ainsi que la mort du chef d'état major de l'Ant).

Encouragés par ce succès initial, les rebelles se voyaient déjà au pouvoir à N'Djamena. C'est ainsi qu'ils ont poursuivi leur offensive sur la capitale jusqu'aux portes du palais présidentiel... où les attendaient des chars T-55 et des hélicoptères de combats Mi-24 (pilotés par des mercenaires). Disons aussi que les rebelles ont été bernés par l'attitude ambigüe de la France. Officiellement, Paris a commencé par affirmer sa neutralité, allant jusqu'à "offrir" d'exfiltrer le président Idriss Déby après la déroute de l'Ant à Massaguet. Mais tout ça semble avoir été du verbiage pour endormir les rebelles et leur tendre un guet-apens. Ces derniers, loin de leur base logistique, furent rapidement à court de munitions et de carburant.

Le renversement de la situation s'est donc produit lors des combats dans les rues de la capitale. Plusieurs pensaient qu'Idriss Déby était réduit à un dernier baroud d'honneur derrière les murs du palais présidentiel. Mais peu de gens savaient, à ce moment là, comme le fait remarquer le journalLa Croix, que le Détachement d’assistance militaire et d’intervention (Dami) de l'Armée française, arrivé quelques semaines plus tôt, allait lancer des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français dans les combats de N’Djamena; avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à court de munitions. Grâce à leur moyens technologiques (des drones équipés de caméras thermiques), les Français ont en effet pu jouer au chat et à la souris avec les forces rebelles.

On peut évidemment spéculer sur l'évolution de l'attitude française au cours de ces événements. Premièrement, remarquons que Nicolas Sarkozy, dit "Pchitt" (dixit le Nouvel Obs) n'a pas agi au grand jour comme l'avait fait son prédécesseur Jacques Chirac, qui lui, n'avait pas hésité à faire bombarder une colonne rebelle par des chasseurs-bombardiers mirages du dispositif Épervier basé à N'Djamena depuis les années 1980. Deuxièmement, on peut aussi imaginer que Paris n'a pas voulu prendre position officiellement en faveur de Déby afin de ne pas mettre en danger ses ressortissants présents dans la capitale et ailleurs au Tchad. Troisièmement, et c'est ce qui semble s'affirmer, on aurait d'abord laissé Déby frapper un mur (sa défaite à Massaguet et l'entrée triomphale des rebelles dans la capitale) pour bien lui montrer que sa survie politique ne tenait que grâce au parapluie tricolore.

Justement, Idriss Déby devra payer ce sauvetage in extremis par Paris en accordant la grâce présidentielle aux "négriers" de l'Arche de Zoé. Quelle coïncidence!
Tout comme il se met maintenant à quatre pattes pour demander le déploiement rapide de la force militaire de l'Eufor, alors qu'il s'y opposait farouchement il y a encore quelques semaines à peine et qu'il tenait également tête à Sarko dans l'histoire de l'Arche de Zoé. Comme on sait, l'Eufor doit déployer des troupes dans le cadre de la mission des Nations unies au Tchad et en Centrafrique, pour y assurer la sécurité des réfugiés soudanais installés le long des frontières. Évidemment, les deux tiers de ces militaires seront Français.

Ragaillardi par le renouveau de l'appui français qui a garantie la défaite des rebelles à N'Djamena, Idriss Déby s'est ensuite lancé dans la chasse aux opposants politiques à son régime, avec notamment des défenseurs des droits de l’Homme ont été menacés et pour certains sont obligés de se cacher pour assurer leur sécurité. Certains opposants politiques au régime du président Déby seraient actuellement détenus au secret et risqueraient de ce fait d’être torturés et/ou de disparaître (voir le communiqué d'un collectif d'organisme français des droits de l'homme sur le site web de Survie).

Bref, malgré les promesses de réforme des relents coloniaux qu'on nous promettait, la Françafrique semble se porter à merveille, comme au bon vieux temps du lendemain des indépendances (piégées par le réseau Foccart). Et pour confirmer l'appui sans réserve de Paris, le ministre de la Défense de la France, Hervé Morin, a rendu visite au dictateur tchadien à peine deux jours après la fin des combats de rues de N'Djamena.

La rédaction


Posted: samedi le 09 février 2008 at 11:26 AM
       

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