Kabila entre par la petite porte chez 
les juges et les magistrats


 Après avoir raté son coup l'an dernier en tentant de se faire nommer par le parlement "préfet de discipline" du Haut conseil de la magistrature, Kabila n'a trouvé qu'une solution : se débarrasser de tous les juges de la Cour suprême et  de tous les magistrats du parquet général. Les juges et les magistrats remerciés ont été mis à la retraite de force par une ordonnance présidentielle. En termes on ne peut plus clairs, à défaut de surveiller de l'intérieur le Conseil supérieur de la magistrature, Joseph Kabila fera dorénavant fonctionner ce dernier par l'entremise de ses pions qui ont été nommés aux postes clés, notamment le président de la cour suprême et le procureur général, tous les deux originaires, comme par hasard, de l'est du pays : le premier en provenance de l'Ituri, alors que le second est un Mushi natif du Sud-Kivu, comme Vital Kamerhe.


Cette intrusion présidentielle dans le fonctionnement du conseil supérieur de la magistrature, en violation flagrante de la constitution (Voir minimalement les articles 82, 150 et 152 de la constitution congolaise), a mis l'ensemble de l'appareil judiciaire en émoi, tout comme les partis d'opposition qui se sont élevés contre cet abus de pouvoir présidentiel. D'ailleurs, à Kinshasa et à Lubumbashi 
une grève d'une semaine qui a été lancée par le syndicat des magistrats (SYNAMAG) est présentement en cours. Ce même syndicat a sollicité une audience auprès du président Kabila, pour protester contre ces nominations et mises à la retraite arbitraires décidées par la présidence. Ironiquement, comme le rapportait l'Agence de presse africaine En 1998, feu Mzee Laurent Désiré Kabila, président de la RDC, avait, par ordonnance, révoqué 315 magistrats pour cause de corruption. En 2003, l’actuel chef de l’Etat les avait réhabilités dans leurs fonctions et grades. Pour les redémettre à nouveau?!

Du côté de la mouvance présidentielle, la seule explication qui a été mise de l'avant pour justifier cette entorse à la constitution est celle qui consiste à accuser le système judiciaire d'être corrompu. Mais remarquons tout de même deux choses.  Premièrement, si ce système est véritablement corrompu pourquoi alors avoir nommé des nouveaux juges et magistrats appartenant au même système "corrompu"? Deuxièmement, en ce qui concerne la corruption, les dirigeants actuels de la troisième république n'ont pas de leçons à donner aux autres : il n'y a qu'à voir les contrats léonins dans le secteur minier, les détournements des fonds  en provenance de la Banque Mondiale, etc., etc.

Avant même que la tension ne retombe concernant cette affaire de nomination de nouveaux juges et magistrats, voilà que le corsaire de la république, le général Mbuja Mabe, fait encore parler de lui. Selon plusieurs témoignages dans les médias internationaux et nationaux, des affrontements armés ont opposé sur la base militaire de Kamina (Nord-Katanga) des éléments des FARDC à des troupes non-brassées en provenance des rangs du CNDP du général Nkunda. Certains médias ont présenté la chose comme une "mutinerie", alors que d'autres analystes penchent plutôt pour la thèse du nettoyage ethnique contre les militaires rwandophones en instance de brassage dans cette base militaire placée sous le commandement du général Mbuja Mabe (NDLR Obsac : 
selon Radio Okapi, aux dernières nouvelles le général Mabe a été remplacé par un "commandant intérimaire".

Il est important de souligner que ce n'est pas la première, ni la deuxième fois, que cet officier supérieur de l'armée congolaise est impliqué dans des agressions armées contre des éléments tutsis congolais de l'armée nationale. Au lieu d'être jugé pour ces crimes passés, le général Mbuja Mabe a plutôt, jusqu'ici, bénéficié de promotions dans le rang et il continu à ce jour ses œuvres basses. À titre chronologique, Mbuja Mabe était commandant de la 10e région militaire (Sud-Kivu) au moment où des affrontements armés ont eu lieu à Bukavu en mai-juin 2004. Avant d'être chassé de cette ville par son propre adjoint, le colonel Jules Mutebutsi, il avait ordonné l'assassinat des civils Banyamulenge qui habitaient dans cette ville. Pendant sa fuite en direction du territoire de Walungu, il a fait exécuter tous les militaires Banyamulenge dans les différentes unités des FARDC déployées à l'extérieur de la ville de Bukavu. Au début de 2006, pendant qu'il était commandant de la base militaire de Kitona, une opération de lynchage fut organisée contre les militaires Banyamulenge du MLC qui étaient en brassage dans la base militaire de Kitona. On se rappellera que la MONUC avait dû intervenir pour faire condamner les auteurs de cette opération de lynchage, mais, bizarrement, le général Mbuja, qui était le responsable #1 de la base, n'a jamais été inquiété.

Finalement, les derniers événements à caractère ethniste signalés à Kamina, surviennent encore une fois dans un centre de brassage placé sous le commandement du même général Mbuja Mabe. Difficile pour un analyste de ne pas constater qu'il y a une conséquence logique : depuis 2004, partout où ce général est affecté, partout où il passe, on relève des agressions armées contre des militaires Tutsis de l'armée nationale congolaise. La question est maintenant de savoir s'il agit à son propre compte, où s'il s'agit d'une consigne en provenance des échelons supérieurs. Dans tous les cas de figure, l'officier en question devra répondre devant la justice de ses actes.

Soulignons, en terminant, qu'il y a de la grogne dans les rues et dans les pages des journaux de Kinshasa, à propos de l'évitement du pays parle président George Bush lors de ce qui est considéré comme son dernier périple africain, avant de passer le flambeau, on l'espère bien, à un ou à une démocrate. George Bush a passé la journée de mardi (19 février 2007) à Kigali, en compagnie de Afande Paul Kagame, après trois jours de visite en Tanzanie. Bref, le président américain n'aura vu le Congo que du haut des airs à travers le hublot d'Air Force One, à l'aller comme au retour. Comme quoi, il ne suffit pas d'avoir du diamant et de l'or en abondance pour figurer parmi les interlocuteurs privilégiés de l'actuel locataire de la Maison Blanche.

La rédaction

Posted: mardi le 19 février 2008 at 11:19 AM
       

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