Volume 11, Numéro 1 du 1er janvier au 31 mars 2008
GENOCIDE RWANDAIS

Un Suisse contredit Kouchner

Témoignage de
Luc Pillionnel – Savagnier - Suisse, le 28.01.2008

Kouchner au Rwanda. Démentis sous forme de témoignage.

Ce lundi 28 janvier 2008 plusieurs journaux font état de la visite du ministre des affaires français au Rwanda.  Bernard Kouchner parle de la <<faute politique>> de son pays. Je ne suis pas d'accord avec de point de vue. Voici pourquoi.

Le mardi 19 juillet 1994 de 8h30 à 10h30 je me trouvais sur  la  base militaire française de Kavumu (côté Zairois du lac Kivu). J'ai observé plusieurs rotations  d'hélicoptère Super Puma. En descendaient des commandos armés de pistolets-mitrailleurs Heckler & Kock équipé de modérateur de son (silencieux) et de fusils d'assaut (type M16 à canon lourd)  avec lunette (de la marque ACOG 1 x 4  ou d'une autre marque semblable)  et de lance-grenades de 40mm. Ces commandos, sans insignes,  qui rentraient avaient une barbe de 2 ou 3 jours, leurs cartouchières étaient en partie vide. Ils rentraient du combat.  D’autre commando pareillement équipé ont traversés - devant moi -   le tarmac au pas de gymnastique pour embarquer. Il partait au combat au Rwanda (vu la direction prise par les hélico.) 

Vers 10H00, je suis parti en compagnie de 3 de ces  commandos à bord d'un Super Puma. J'ai atterri environ 20mn plus tard sur la base de Kamembe au Rwanda (Zone Turquoise à côté de Cyangugu). J'ai attendu environ une  heure avant de quitter la base avec un détachement du 2ème REI (Légion étrangère) de 14 hommes commandé par le capitaine X . Alors que nous roulions  lentement le long de la piste d'aviation en plein coeur de cette base française entourée de barbelés, de nids de mitrailleuses, de positions de mortiers, etc... nous sommes passées a côté de six cadavres hommes, femmes, enfants. Le sang suintait encore de larges blessures, à la gorge notamment. Les flaques de sang par terre n'étaient pas sèches. Le petit convois dans lequel j'avais pris place (3 véhicules, je me trouvais à l'arrière d'une jeep P4), n'a pas ralenti, pas de remarques du chauffeur ou du capitaine X qui commandait le détachement et qui était assis devant moi.  Une fois en dehors de la base, à proximité  et plus loin aussi,  j'ai vu à plusieurs reprises des cadavres (frais ou en décomposition)  sur et en bordures de route. L'armée française avait accepté ''d'extraire'' des membres de ma belle famille qui se trouvait survivre à Nyarushishi (un camp). Nous ne sommes pas allés au  camp car le capitaine X m'a dit que ses véhicules armés de mitrailleuses (en calibre 7.62 mm et 12.7 mm)  devait aller en appui feu de militaires français en opération dans les environs.

Je conclus de ces faits, que j'ai personnellement vécu sur le terrain, que : Un mois après le déclenchement de la pseudo opération humanitaire Turquoise,  l'armée française menait de nombreuses opérations de commando à l'intérieur du Rwanda. Ces commandos étaient équipés d'armes de ''coup de main'' faites pour tuer discrètement des personnes. L'armée française tuait même à l'intérieur de sa base de Kamembe. (Vu la maigreur, la pauvreté et la saleté des cadavres encore chauds que j'ai vus, il s'agissait très certainement de Tutsi qui avait réussi à survivre, jusque là, à plusieurs mois de génocide). Des massacres se déroulaient à proximité de la base française de  Kamembe. Malgré les besoins criant je n'ai vu aucun  stock  d'approvisionnement pour des civils, ni moyen de transport, ni distribution de vivres ou d'autres approvisionnements humanitaires. 

Lors d'un voyage ultérieur dans la région je me suis trouvé dans l'avion avec un monsieur qui était colonel dans l'armée belge. Je luis ai demandé pourquoi l'armée française s'était impliquée en tuant directement de nombreux Tutsi? Il m'a répondu que le Rwanda était la première défaite de l'armée française en Afrique depuis la fin de la décolonisation et que pour ce qui concernait les massacres dont j'avais été témoins les Français passaient leurs ''nerfs'' (De nombreuses jeunes femmes rwandaises ont servi d'esclaves sexuelles aux soldats et officiers français de Turquoise. Peu ont survécu pour en témoigner (témoignage indirect).

Les affirmations du ministre des affaires étrangères français sont mensongères. L'armée française a commis de nombreux crimes au Rwanda. J'en été personnellement témoin sur le terrain en 1994. La France n'a pas commise une faute politique au Rwanda en 1994.  La France a mené au Rwanda de 1990 à 1994 une guerre très importante stratégiquement (Il y a au Rwanda, les sources du Nil et du Congo, du pétrole et du gaz (hydrocarbure présent également dans les pays voisins) des nappes d'eau fossile comme dans le Sahara, sans parler des véritables mines d'or et de divers autre minerais présent au Congo voisin. Ce petit pays est facilement contrôlable (bien plus que le Kenya). C'est une base stratégique de  première importance. L'armée francaise a  perdu cette guerre. Cette guerre c'est déroulée au vu, au su et au détriment de tout un peuple. Elle est faussement considérée comme secrète pour deux raisons. Car les officiels français ont toujours nié l'avoir menée, même quand elle se déroulait sur le terrain. Secondement, la presse ne fait pas son travail d'information et entretien un écran de fumée sur ces faits. (On peut légitimement ce demander si nous vivons encore sous le régime de la liberté des journalistes de publier et commenter la réalité de l'actualité. C'est plutôt un régime de liberté éditoriale. Editeurs qui sont tous peu ou prou lié au complexe militaro-industriel qui est le véritable commanditaire de cette guerre.)

Pour terminer il faut que je rapporte un autre témoignage (indirect celui-là). Avant ma déposition devant la commissions Mucyo, je suis retourné à Kamembe (aéroport de Cyangugu) avec des officiels rwandais.  Un autre témoin nous a montrés une sorte de piscine qui devait être initialement une réserve d'eau pour la défense incendie. Il nous dit que les français jetaient des Tutsi dans la sorte de piscine les mains attachées dans le dos (Elle était vide, sans eau). Après 24 ou 48 heures quant il y en avait trop, il les mettait dans un hélicoptère et allait les jeter dans le lac Kivu (Une fois la nuit tombée.). Il y avait des Rwandais occupant des fonctions officielles importantes, nous étions littéralement pétrifiés. Je n'ai absolument aucun doute quant à la véracité du témoignage.  D'autres faits semblables (des Tutsi jetés depuis des hélicoptères militaires français) m'ont également été rapporté lorsque je me trouvais au Rwanda en juin 2007. Ils se sont déroulés au dessus de la forêt de Nyungwe.

En rapport avec ces événements M. Kouchner dit : <<J’y étais>>. Il y était pour faire quoi ? Le général Dallaire, commandant des forces de l’ONU au Rwanda - dans son livre ‘’J’ai serré la main du diable’’ - nous apprends  que M. Kouchner n’avait rien compris à la situation. Qu’il se préoccupait d’obtenir un cessez-le-feu, ce qui aurait offert un champ encore plus large aux tueurs pour accomplir le génocide. Et ça ce n'est pas moi qui le dit mais le général Roméo Dallaire.