Volume 11, Numéro 1 du 1er janvier au 31 mars 2008
RDC
5,4 millions de morts depuis 1998
30 janvier 2008


Entre 1998 et 2002 le International Refugee Committee (IRC) avait estimé la mortalité excédentaire causé par le conflit congolais à 3,5 millions de morts. Entre 2002 et 2007, c'est à dire que près de cinq ans après la signature de l'accord de paix de Pretoria en décembre 2002, le taux de surmortalité demeure exceptionnellement élevé en RDC, à plus de 45.000 personnes par mois, la moitiés de ces victimes étant des enfants de moins de cinq ans.

Le rapport de l'IRC (disponible ici) souligne que moins de 10 pourcent de tous les décès sont reliés à la violence, la plupart des décès sont en effet attribuable à des maladies facilement évitables ou traitable comme la malaria, la diarrhée, la pneumonie et la malnutrition; grâce, soit grâce à un accès minimal à des soins de santé là où ceux-ci existent et lorsque la population a accès à une nouriture saine et nutritive. Sur le site web de Radio Okapi, Pascal Ngoy Lema, directeur /santé a.i. de l'IRC en RDC, (affirme que) les décès dus directement à la violence pour la même période,(...) sont estimés dans le rapport de (l')IRC à 0.4%, et sont principalement concentrés dans l’Est du pays.

Malheureusement, au Congo-Kinshasa les priorités des élites dirigeantes concernent avant tout leurs propres conditions d'existence dans la capitale et dans les autres grands centres urbains, c'est le règne du chacun pour soi et du "tout m'est dû" du libéralisme économique qui est en train d'achever le pays. Même en milieu urbain, une proportion de plus en plus grande de la population souffre de malnutrition croissante, sans parler de son incapacité de payer les études de leurs enfants et les soins de santé de tous les membres de la famille.

Pour expliquer plus avant ce triste état des lieux on doit mentionner aussi le carcan financier imposé par les grandes institutions financières internationales au gouvernement congolais : le budget de ce pays de plus de 60 millions d'habitants est moins élevé que celui de la ville de Montréal, qui compte elle, un peu moins d'un million d'habitants.

Un autre élément révélateur de ce rapport concerne l'évolution de la situation entre l'est et le centre du pays. Dans l'est, malgré la poursuite sporadiques des hostilités depuis 2003, le taux de mortalité qui y demeure tout de même signitivement plus élevé que dans l'Ouest du pays a tout de même légèrement diminuée, alors que dans le centre du pays qui est pourtant pacifié et entièrement sous le contrôle du gouvernement, le taux de mortalité a récemment augmenté. L'IRC pense que cela est dû à la concentration des moyens disponibles pour faire face à la situation catastrophique dans l'est du pays.

En se basant sur les résultats des cinq études que l'IRC a mené en RDC, l'organisation estime maintenant à 5,4 million le nombre de morts excédentaires entre août 1998 et avril 2007. Depuis la fin officiel de la guerre en 2002, l'IRC le nombre de morts excédentaires se chiffre à plus de 2,1 million de décès. Le taux de mortalité pays de 2.2 décès par 1.000 habtitants par mois est supérieur de 57 pourcent au taux moyen de mortalité en Afrique sub-saharienne. Ce taux de mortalité est demeuré inchangé depuis depuis la dernière étude de l'IRC en 2004. Ces résultats indiquent que la RDC demeure confrontée à une crise humanitaire majeure. En d'autres mots, depuis la fin de la guerre de 1998-2003, le gouvernement congolais a été incapable d'une part de rétablir les infrastructures de communication qui permettraient une reprise de la vie économique et on aurait, dans les faits, déshabillé Paul pour habiller Pierre. D'autre part, de remettre sur pied le système de santé nationale qui demeure toujours presque entièrement dépendant de l'aide interntionale sous une forme ou une autre.

Cette situation perdure évidemment depuis la fin de l'époque Mobutu, lorsque ce dernier perdit presques tous ses appuis internationaux et en particulier l'aide bilatérale de l'ancienne puissance coloniale belge. On peut se permettre de penser qu'une étude similaire entreprise à la fin du règne du dictateur Mobutu, avant le déclenchement de la première grande guerre congolaise (1996-1997), aurait sans doute déjà fait état d'une surmortalité congolaise par rapport au reste de l'Afrique sub-saharienne.

La signature de l'Acte d'engagement par les différents groupes armés qui s'affrontaient dans l'est du Congo, lors de la clôture de la conférence de paix de Goma, va sans doute permettre une amélioration ponctuelle de la situation au Nord et au Sud-Kivu. Pourtant, le principal obstacle à la paix et à la reprise des activités économiques dans ces deux provinces demeure les FDLR (ex-FAR et Interahamwe) qui ne vont pas manquer de poser leur conditions avant d'accepter de quitter le Congo pour retourner sur leurs collines dans le Rwanda voisin.

En d'autres mots, le retour à la normal pour les populations du Kivu passe non seulement par le départ des forces négatives venues du Rwanda à la suite du génocide de 1994, mais aussi par un retour à la normal de l'activité économique locale et régionale. Par la "normalisation", entendez la réglementation et l'encadrement surtout du secteur minier artisanal qui constitue l'assise des milices Mayi Mayi et des autres groupes armés.

P. B.